La grande démission, la réponse aux bullshit jobs et au mal être professionnel

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La grande démission, la réponse aux bullshit jobs et au mal être professionnel

19 avril 2022

Aux Etats-Unis, la vague de la grande démission, « The big resignation » semble déferler sur les entreprises avec une amplitude inattendue. En France, ce mouvement est encore un épiphénomène. Seulement aux USA ou en Europe, les salariés ne cachent plus leur volonté de travailler moins et dans des conditions plus favorables à leur épanouissement personnel. La grande démission est-elle si surprenante que cela au regard des nouvelles interrogations des travailleurs ? Quelles sont les pistes des entreprises pour valoriser leurs conditions de travail et donner une nouvelle dynamique au recrutement ?

En novembre 2021, 4,5 millions d’employés américains démissionnent en seulement un mois et selon une étude Cengage Group, en 2021, ils seraient 38 millions à avoir raccroché sans peur du lendemain. Malgré tout habités par une certaine instabilité qui plane depuis la crise du Covid, ils ont tout de même franchi le pas avec pour raison essentielle le désir d’être mieux payés pour 91 % d’entre eux, toujours selon Cengage.

La crise sanitaire : l’opportunité de raccrocher avec une vie professionnelle énergivore

Certes, la crise sanitaire a accéléré le mouvement mais dès 2018, la lassitude des bullshit jobs planait déjà. Un tiers des Français disait son mal-être au travail à travers cette expression qui a enthousiasmé bon nombre de salariés en quête de sens. L’anthropologue américain David Graeber, à l’origine de l’expression estimait en 2013, que 40 % de ces “boulots à la con” étaient exercés dans nos sociétés. Finalement, la concrétisation du fantasme de la démission est-elle si surprenante ? Périodes de chômage partiel, démotivation sans appui de leur direction, recentrage des intérêts personnels, les confinements successifs ont permis aux travailleurs de découvrir qu’une journée pouvait être autrement remplie que de réunions, de mails intempestifs, de livrables avec des délais toujours plus compressés pendant que certains sauvaient littéralement des vies quand d’autres encore étaient les travailleurs de première ligne. Suite à la reconsidération de leurs priorités et déterminés à faire valoir ce fameux équilibre entre vie pro et vie perso, les salariés sont revenus en présentiel avec des revendications et une envie de négocier une nouvelle organisation de leur travail : hybridation des modèles avec le télétravail partiel, des rémunérations réévaluées suite à leur mobilisation pour leur entreprise dans cette période inédite, fragmentation du temps de travail etc. En conséquence de quoi, le salarié hésite beaucoup moins à tourner le dos à son employeur s’il n’est pas entendu.

Un fort besoin d’émancipation

Si la France n’est pas particulièrement touchée par la grande démission comparée à ses voisins européens, certaines entreprises reconnaissent en être victimes. Comme l’explique Sophie Fay dans sa chronique « Histoires économiques » sur France Inter, c’est le cas de Cap Gemini France qui a perdu 23,1 % de ses salariés en l’espace d’une année. Un quart des consultants a quitté le navire et pourtant l’entreprise fait des bénéfices records en 2021. Si le cabinet de conseil en services informatiques n’est donc pas en péril, un tiers de ses effectifs a désormais moins d’un an d’ancienneté. Pour retenir ses salariés, l’entreprise fait savoir qu’elle équipe ses employés en matériel informatique pour travailler à distance ou verse une indemnité journalière en guise de participation aux factures.

N’est-ce pas un pré-requis déjà attendu ? Et surtout est-ce vraiment le fond du problème quand on sait que les ingénieurs en informatique n’ont aucun mal à trouver un emploi dans le marché mondial du mondial et que la distance n’est absolument pas un frein à leur exercice ?

Travailler avec un emploi du temps flexible, aménager son temps de travail dans des conditions sur-mesure pourtant sans les garanties et le confort qu’offre un CDI en entreprise… Entre 2009 et 2019, le nombre d’indépendants a augmenté d’un million pour atteindre 3,9 millions d’(auto)entrepreneurs. En juin 2012, l’Urssaf enregistrait 2,2 millions d'auto-entrepreneurs administrativement actifs soit une augmentation de plus de 17 % en un an.

L’introspection des entreprises pour séduire à nouveau leurs collaborateurs

Alors pour pallier ces difficultés de recrutement et redorer l’image du travail en entreprise, les sociétés repensent leur attractivité : semaines de 4 jours (payées 5), congés illimités, journées de 5 heures etc. Plusieurs (petites) entreprises testent différentes formules. Des nouvelles organisations qui ont un coût et un remaniement structurel qui nécessite de nombreux efforts pour les équipes RH sans garantie de résultats. Toujours est-il que la Dares (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques qui dépend du ministère du Travail) conclut son étude sur la relation entre difficultés de recrutement malgré un taux de chômage important par le fait que ces difficultés sont liées à un problème d’attractivité dans une trentaine de métiers qui pourrait être résolu par l’amélioration des conditions de travail et/ou par une revalorisation des salaires de certains de ces métiers. Une alerte qui permettra peut-être de freiner les pratiques telles que le ghosting qui consiste pour le candidat à ne plus donner de réponse alors que son process de recrutement est en cours ou à ne pas se présenter le jour de sa prise de poste. Abandonner avant d’avoir commencé, l’autre alternative tout aussi radicale à la grande démission.

Sources :

https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/quelle-relation-entre-difficultes-de-recrutement-et-taux-de-chomage

https://www.franceinter.fr/emissions/histoires-economiques/histoires-economiques-du-lundi-21-fevrier-2022https://cengage.widen.net/s/78hrkqgfj7/cg-great-resigners-research-report-final