L’avenir du travail

Dès 1995, l’essayiste et prospectiviste américain Jeremy Rifkin entrevoit, dans un futur à moyen terme, un déclin du travail à venir, une théorie selon laquelle les travailleurs seraient dépossédés de leurs missions

Dès 1995, l’essayiste et prospectiviste américain Jeremy Rifkin entrevoit, dans un futur à moyen terme, un déclin du travail à venir, une théorie selon laquelle les travailleurs seraient dépossédés de leurs missions, seuls ceux s’étant orientés vers les domaines technologiques ou les métiers “intellectuels” auraient alors une porte de salut. De nos jours, l’économiste Gilles Saint-Paul s’intéresse lui aussi à l’automatisation des tâches et à son impact. De ses recherches, il tire la conclusion que si nous n’utilisons pas les machines pour décupler notre productivité alors celles-ci seront amenées à nous remplacer, le travail n’étant alors plus un moyen de subsistance, le système économique et social s’en trouvera totalement bouleversé.  Aujourd’hui déjà, de nombreuses tâches qui, il y a quelques années encore, étaient effectuées par des hommes sont maintenant effectués par des machines chaperonnées par l’Intelligence Artificielle, allant jusqu’à émuler l’intelligence humaine. C’est le cas par exemple des voitures sans chauffeur ou encore des robots manutentionnaires au sein d’usines, et ce n’est là que le début, la recherche investissant sans relâche ce secteur.

La durée du travail diminue, la proportion d’actifs également et les “bulls shits jobs” deviennent une véritable problématique, alors qu’en face, certainement en réponse à ces constats, la quête de sens se fait de plus en plus vive. De nombreux professionnels investissent leurs vies privées comme jamais auparavant, avec le nouvel objectif de trouver un équilibre qu’ils n’arrivent pas à atteindre par le seul biais de leurs vies professionnelles, cherchant à pallier cette absence de sens à laquelle ils sont confrontés.

Pourtant, bien que le travail ne se suffise plus à lui seul, nous sommes encore dans une société érigeant sa valeur comme centrale. Permettant de nous construire, mais aussi de trouver notre place, son absence est pour la plupart d’entre nous une réelle souffrance. Pour faire évoluer cette relation d’assujettissement, l’article de Welcome to the Jungle propose “un changement de paradigme radical : accepter que la valeur ajoutée dans la société ne se résume pas à un emploi ou un contrat de travail”. Scénario d’évolution du système qui n’est pas de l’ordre de l’impossible pour Gilles Saint-Paul, le travail n’étant pas un invariant anthropologique pour l’économiste, les aristocrates et rentiers n’ayant jamais eu de difficultés à trouver leur place au sein de la société, et ce sans avoir à exercer de profession. Le commun des mortels n’ayant pas forcément les fonds propres pour subvenir à une vie sans rémunération, la question du revenu universel vient de nouveau se poser, remettant en cause notre modèle économique. Un remodelage de celui-ci pourrait permettre de développer le travail “plaisir”, le travail “créateur”, celui qui ne remplit pas qu’une fonction rémunératrice et qui serait donc “libre”.

Complexe, la situation actuelle est propice à toutes les spéculations, hypothèses sur lesquelles se penchent de nombreux prospectivistes, dont Gilles Saint-Paul qui en a tiré 6 synopsis pour le XXIIème siècle, que nous vous invitons à découvrir en détail dans l’article de Welcome to the Jungle, “Demain un monde sans travail”.