Transparence de la rémunération

Il n’est pas dans notre culture de parler d’argent. Évoquer son salaire dans la sphère privée serait faire preuve de suffisance, de prétention voire même grossièreté.

Bien que les mœurs évoluent, il n’est pas dans notre culture de parler d’argent. Évoquer son salaire dans la sphère privée serait faire preuve de suffisance, de prétention voire même grossièreté. En entreprise, évoquer son salaire ou négocier une augmentation demeure encore un tabou et peut être source de frustration. Les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot accusent ce tabou d’être aussi une façon détournée de « maintenir l’ordre établi » sous couvert de discrétion. En effet, maintenir une certaine opacité dans ce domaine n’est pas favorable au débat.

Déjà en 2018 le Top Employer Institute, organisme de certification RH, avait fait de la transparence des rémunérations une des tendances RH à suivre car elle générerait un climat de confiance dans l’entreprise. Le média L’ADN a mis en lumière des entreprises ayant fait le pari de la transparence en termes de rémunération :

 Ainsi, au sein de Lucca, entreprise d’édition de logiciels RH, après 3 ans d’ancienneté, le collaborateur propose en réunion ce qu’il estime être son juste salaire. Le principe : demander ce qu’on pense valoir sur le marché et le patron n’a pas le dernier mot. Tous les salariés peuvent remettre en question les prétentions salariales de leurs paires calculées selon des critères de performance au cours de l’année. Les salaires sont ensuite partagés et accessibles à tous via une application.

Aux États-Unis, pays où, culturellement, il n’est pas tabou de parler d’argent, l’entreprise Buffer va plus loin en publiant directement sur Internet les salaires de ses employés. Dans un souci d’objectivité, ceux-ci sont d’ailleurs calculés selon une formule mathématique prenant en compte les différents facteurs, tels que le titre du poste, l’expérience, etc. Ce procédé a de quoi surprendre en France. Il a pourtant le mérite de faire preuve d’une totale transparence et d’une absence de discrimination des salaires à l’embauche sous réserve que des biais ne soient pas insérés dans l’algorithme.

Les entreprises interrogées par L’ADN ont fait part d’un retour positif de leurs collaborateurs quant à la mise en place d’une politique de transparence salariale. Quelle que soit la méthode choisie, il est peut-être temps de lever un peu l’opacité qui demeure sur les rémunérations en entreprise.

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