Fracture numérique

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Le numérique est un “pharmakon”

Si la crise liée à la pandémie du Covid-19 place le monde face à un mur d’incertitudes, elle a aussi acté en certitude absolue la fonction motrice essentielle d’Internet dans l’ensemble des pans de nos sociétés. Organisation des entreprises et du travail, modèles marchands, échanges culturels, médecine, administration : rien n’échappe à la déferlante numérique, jusque dans nos usages les plus quotidiens.

Mais il aura sans doute fallu attendre la mise en place à l’échelle de tout le territoire d’une l’école à distance pour qu’apparaissent au grand jour les limites d’une numérisation longtemps vendue par la sphère médiatique et par la puissance publique comme une promesse de démocratisation des connaissances, d’émulation de la capacité d’innovation, de transparence des processus citoyens et de liberté d’entreprendre.

Familles mal équipées ou pas équipées du tout en matériel numérique, foyers privés d’une connexion, parents et/ou élèves démunis face à l’utilisation d’Internet… En révélant au grand jour une importante fracture numérique, la continuité pédagogique légitimement souhaitée par les pouvoirs publics est venue nuancer la vision émancipatrice du numérique, substrat de la fameuse “startup nation”.

Pour décrire ce qui peut être à la fois remède et poison, Platon parlait de “pharmakon”. Le numérique est un pharmakon. Il affaiblit autant qu’il renforce. Plus il profite aux uns, plus il exclut les autres. Et si cette violente crise qui nous ébranle de tous bords pouvait, au moins, nous aider à le faire pencher plus franchement du côté de l’inclusion, de la solidarité, de la révélation de nouvelles compétences ?