Alexandra Fleury : "la question du sens attire de nombreuses candidatures très qualitatives de profils venant de très grandes entreprises"

Responsable de la Politique RSE REALITES

En janvier 2021, le groupe REALITES devient une entreprise à mission, ce qui en fait le premier maitre d’ouvrage en France à acquérir ce statut. Alexandra Fleury, responsable de la politique RSE raconte la genèse et les enjeux de ce choix.

Rencontre avec Alexandra Fleury, Responsable de la Politique RSE REALITES

« Devenir entreprise à mission n’a pas été un changement, plutôt une démarche de reconnaissance de notre positionnement conciliant but lucratif et intérêt général« 

En janvier 2021, le groupe REALITES devient une entreprise à mission, ce qui en fait le premier maitre d’ouvrage en France à acquérir ce statut. Alexandra Fleury, responsable de la politique RSE raconte la genèse et les enjeux de ce choix.

Dans quel contexte REALITES a-t-elle choisie de devenir une entreprise à mission?

Pour REALITES devenir entreprise à mission n’a pas été un  changement mais plutôt une démarche de reconnaissance de notre positionnement conciliant but lucratif et intérêt général.

Si l’on nous place souvent dans la catégorie des promoteurs immobiliers puisque cela représente une part importante de notre chiffre d’affaires et reste notre métier historique, nos relais de croissance et développement sont liés à l’accompagnement des territoires dans leurs aménagements, à l’échelle de quartiers ou de métropoles, et l’exploitation de services destinés à répondre au besoin des habitants. Au quotidien notre métier consiste à coordonner tous les acteurs, à aligner les intérêts de toutes les parties pour que les projets que l’on porte répondent aux attentes des commanditaires, des financeurs et des habitants.

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Quelles ont été les différentes étapes ?

Nous avons travaillé main dans la main, avec le cabinet de conseil rennais, Déclic, lui-même entreprise à mission. Avec une particularité tout de même : nous considérons que la RSE et le statut d’entreprise à mission sont complémentaires. On ne peut apporter quelque chose de positif à la société que si l’on réussit à gérer les impacts négatifs et que l’on maximise les impacts positifs.

Nous avons commencé par utiliser les méthodes et outils de la RSE pour définir nos enjeux prioritaires. En parallèle nous avons sélectionné 9 objectifs prioritaires parmi les 17 objectifs de développement durable de l’ONU, afin de définir nos domaines prioritaires de contribution à la société. Pour construire notre raison d’être nous avons organisé des ateliers avec une soixantaine de personnes en interne : des collaborateurs, dirigeants, mandataires et administrateurs et nous avons proposé à l’ensemble de nos collaborateurs de répondre à un questionnaire. Nous avons aussi été confronter notre vision à dix parties prenantes externes, par le biais d’interviews qualitatives pour comprendre ce qu’ils attendaient, percevaient de nous et les pistes d’amélioration possibles. Et enfin, un questionnaire quantitatif a été envoyé à plus de 1000 parties prenantes du groupe.

Fixer les objectifs a été assez consensuel. En revanche, la définition de la raison d’être a pris un peu plus de temps. Il s’agissait que chaque activité du groupe s’identifie dans cette mission, tout en soulignant la singularité de notre groupe.

Vous avez fait le choix de vous doter d’un comité de mission composé en majorité de personnalités extérieures à l’entreprise, qu’en attendez-vous ?

Nous sommes allés chercher des experts externes dans chacun des domaines d’activité du groupe afin qu’ils nous conseillent sur des trajectoires, nous guident, nous ouvrent leur réseau au-delà de ce que la loi exige à savoir vérifier que nous sommes sur le bon chemin pour atteindre notre mission.

Quelles sont les avantages de devenir une entreprise à mission ?

Le premier avantage c’est de travailler sur des indicateurs consolidés à l’échelle du groupe. Jusqu’à présent nous avions des indicateurs différents en fonction de nos activités. Grâce à ces référentiels communs nous allons pouvoir démontrer, preuves et chiffres à l’appui, ce que l’on apporte à la société.

En matière de recrutement, même si le statut d’entreprise à mission n’est pas le seul paramètre, on se rend compte que la question du sens attire de nombreuses candidatures très qualitatives de profils venant de très grandes entreprises.

Et bien sûr, un autre avantage c’est de créer de la cohésion en interne. La mission est venue enrichir les projections et les objectifs stratégiques de l’entreprise.

Avez-vous dû faire face à des obstacles ?

Si nous n’avons pas véritablement rencontré d’obstacles, il y a des pré-requis pour se lancer. Ce n’est pas un processus couteux financièrement, en revanche il nécessite du temps et il est difficile de mener cet exercice sans avoir une personne dédiée.

Le deuxième point de vigilance concernerait les entreprises qui n’entreprendraient pas la démarche sincèrement, qui voudraient « verdir » leur image. Elles risqueraient de la ternir. Tout le monde peut saisir le tribunal de commerce et remettre en cause le statut d’entreprise à mission !

Quel impact cela a-t-il sur le business ?

Nous travaillons avec les collectivités locales et les territoires, particulièrement sensibles à cette démarche. Cela peut faire la différence entre deux dossiers même s’il est difficile de mesurer l’impact de l’entreprise à mission seule. Les fonds liés à l’investissement responsable, à la finance verte, exigent un reporting sur les indicateurs sociétaux, des indicateurs sur lesquels nous travaillons dans le cadre de la mission. Pour REALITES ouvrir le champ de ces investissements ne nécessitera pas de travail supplémentaire, ce sera donc plus rapide.