Stéphane Riot : "La meilleure solution consiste à ralentir même si c’est contre intuitif"

Fondateur de NoveTerra

Stéphane Riot, fondateur de NoveTerra, un écosystème de chercheurs travaillant sur les modèles de management et d’organisation de demain, revient sur l’importance de l’intuition en entreprise dans un monde complexe et incertain.

Stéphane Riot, fondateur de NoveTerra, un écosystème de chercheurs travaillant sur les modèles de management et d’organisation de demain, revient sur l’importance de l’intuition en entreprise dans un monde complexe et incertain.

Vous vous présentez comme un alchimiste des organisations. Comment l’entreprise peut-elle se réinventer face aux défis de plus en plus complexes qu’elle doit relever ?

Les alchimistes partent d’une matière première, difficile à appréhender, passent par un processus extérieur et intérieur pour trouver la pierre philosophale, le graal.  C’est ce que les entreprises doivent trouver en ce moment. Il s’agit d’abandonner le processus de jugement, de croyance, d’opposition, de résistance (aux changements, aux habitudes, aux traditions) pour aller vers un espace plus subtil, à l’intérieur de l’organisation, un espace non exploré où se trouve une forme d’intelligence disponible. Le défi consiste à faire le deuil de l’ancien, à accepter la fin d’un modèle de pensée pour en accueillir un autre.

Ainsi on s’ouvre à d’autres intelligences, intangibles, comme celles des personnes aux idées atypiques (les hauts potentiels, les « zèbres »), en contact avec un autre niveau de conscience. Elles voient le monde d’une autre perspective, non linéaire, ont accès à une pensée systémique et à des manières d’envisager le leadership, le produit, les services, le business différentes.

Peut-on parler d’intuition en entreprise ?

Je connais plein de patrons intuitifs, la plupart de ceux avec qui je travaille, de la PME au CAC 40, partent d’une intuition. Ils me racontent leur fulgurance, qui commence dans un espace ouvert, créatif voir contemplatif et qui crée un champ intuitif. Cela peut venir en naviguant sur un bateau, dans la nature, sous la douche, en méditant ou en priant !

Qu’apporte cette intelligence intuitive ?

Lorsque l’on parle de crise, de pertes de part de marché, de grèves, de limitations de la masse salariale, le cerveau reptilien s’active. Il nous fait entrer en état de survie mais ne permet pas de trouver des solutions. Lorsque l’on accède à un état de conscience élargi, on a recours au cerveau limbique, voire au néocortex. C’est le seul en capacité de gérer la pensée complexe, eco-systémique. Or les solutions qui doivent apparaître d’urgence doivent être holistiques car nous sommes face à une crise systémique.

Comment la met-on en marche dans les organisations ?

La meilleure solution consiste à ralentir même si c’est contre intuitif. On nous demande de répondre rapidement, de trouver un nouveau mode de fonctionnement en quelques années alors que ceux qui ont changé des paradigmes économiques comme Uber, Amazon ou Tesla, sont partis d’une fulgurance, d’une page blanche avec une équipe très réduite, souvent dans un garage!

Il faut revenir à l’essentiel. Quand on observe de grandes traditions ancestrales, notamment au Japon ou en Chine, les empereurs s’éloignaient plusieurs semaines pour avoir accès à leur intuition avant de revenir s’occuper du peuple dont ils avaient la charge. Biologiquement entre une inspiration et une expiration, il y a un moment que le cerveau reconnait, où le système est à l’arrêt, c’est ce qui permet d’activer un nouveau mouvement.

Vous faites une corrélation entre les 4 éléments de la nature et l’équilibre que lon peut retrouver dans les organisations. Qu’est-ce que cela apporte ?

L’avantage de passer par les quatre éléments c’est que l’on adopte une lecture universelle de la nature, tout organisme vivant est basé sur les quatre éléments. En utilisant cette allégorie, je propose un décalage disruptif, cognitif aux salariés et aux dirigeants. Ces quatre éléments ou énergies, il faut les comprendre, les interroger, les expérimenter, les mettre en équilibre. Pour donner un exemple, en période de crise, on va adopter un mode « survie », développer plus de business, pour acquérir des parts de marché, on va suractiver l’énergie du feu, à savoir l’action. Si l’on n’active que le feu, cela mène au burnout, à l’épuisement des équipes ou à des démissions en cascade. On peut aussi choisir de s’interroger uniquement sur ce que l’on peut conserver pour maintenir notre avantage concurrentiel et survivre. On alimente l’élément terre, ce que l’on connait, les traditions, la structure, ce sur quoi l’on a bâti l’entreprise. Or la terre a elle aussi besoin de se réinventer, de se régénérer. Pour faire respirer les écosystèmes la terre a besoin d’air, d’eau pour rester malléable. L’eau pourrait s’incarner dans les échanges, les cercles de parole, les moments d’intelligence collective au cours desquels on fluidifie les idées, les positionnements, les structures de pensée. 

Comment imaginez-vous l’entreprise de demain ?

Comme une entreprise organique, non pyramidale et non hiérarchique, basée sur l’intelligence collective et dont la taille favorise l’agilité. La logique de création de valeur s’inscrira dans une perspective restaurative pour la planète, c’est à dire qu’elle ira au-delà du circulaire. Cette économie régénérative, encore embryonnaire dans de nombreuses entreprises, parait dans les réflexions stratégiques de mes clients en ce moment.

Il s’agit de régénérer le lien au vivant, à l’autre, à soi pour retrouver une organisation vivante et suffisamment résiliente pour répondre aux enjeux du demain.