Que souligne l’appétence pour l’entrepreneuriat ?

Le modèle traditionnel du salariat n'attire plus autant, laissant la place à la soif de maitrise de sa carrière, d'émancipation, de recherche de sens et d'autonomie : ce succès traduirait-il une crise profonde du salariat ?

Le succès de l’entrepreneuriat ne se dément pas sur notre territoire, ce type d’activité cristallise tous les désirs de la jeune génération, et même au-delà. Le modèle traditionnel du salariat n’attire plus autant, laissant la place à la soif de maitrise de sa carrière, d’émancipation, de recherche de sens et d’autonomie : ce succès traduirait-il une crise profonde du salariat ?

Entrepreneuriat : les raisons du succès

Dans une interview accordée à Usbek et Rica, Olivia Chambard, auteur du livre , Business Model (La Découverte, 2020), revient sur l’histoire de cet esprit d’entreprise en France. Dès le début des années 2000, en parallèle d’un mouvement néo libéraliste de plus en plus important, la rhétorique de “l’esprit d’entreprendre” se met en place, l’école et l’université sont dès lors vus comme des vecteurs de ce mouvement. Au milieu des années 2000, la Commission européenne fait de ce même “esprit d’entreprendre” une compétence devant être acquise à la fin de la scolarité.

Toutefois, le moteur principal de cette appétence pour l’entrepreneuriat va surgir au début des années 2010, avec un mouvement contestataire d’insatisfaction au travail. Ce phénomène, porté par une jeunesse insatisfaite des conditions du salariat couplé à une situation sur le marché de l’emploi de plus en plus tendue, va faire émerger l’idée que créer sa propre activité correspondrait davantage aux aspirations de chacun.

Lire aussi : L’histoire du salariat en France mérite d’être étudiée et nous vous conseillons de regarder ce reportage diffusé par France 5 : “Il était une fois le salariat”.

L’entrepreneuriat est devenu dans l’inconscient collectif, une alternative au système traditionnel du salariat, surfant à la fois sur la promotion qui en est fait par les Universités, les Écoles et surtout par les entrepreneurs à succès qui communiquent à outrance sur leurs succès et des médias qui relayent ces informations…

Entreprendre” catalyse une forme de rébellion contre le modèle établi mais aussi une solution face à un chômage de masse et des entreprises incapables de répondre efficacement aux titulaires de diplômes jugés sans “excellence”. Il répond également à la quête de sens dans le travail à laquelle aspire de plus en plus de travailleurs. Aujourd’hui, ce mouvement s’étend même aux diplômés de grandes écoles qui refusent d’entrer dans des logiques de voies toutes tracées dans des grands groupes et qui aspirent à maitriser leurs destins.

Les grandes aspirations de cette jeunesse expliquant ce désir d’accomplissement professionnel en dehors des schémas classiques sont :

  • La flexibilité en premier lieu, flexibilité sur le temps dévolu au travail, sur l’espace où exercer son activité, sur les domaines dans lesquels travailler, sur le choix de ses clients… ce mot synthétise le désir d’autonomie, de liberté qui domine l’esprit des entrepreneurs.
  • Le sens revêt également une importance primordiale. Ce critère supplante de plus en plus la notion d’argent et le remplace comme vecteur d’obtention de satisfaction personnelle. Les secteurs de l’écologie, du bien-être, de l’engagement social sont des domaines privilégiés pour nombre d’entrepreneurs.

L’entrepreneuriat comme vecteur de transformation du salariat ?

Au lieu d’y voir une dichotomie franche, ne serait-il pas envisageable de concilier l’appétence pour la liberté et l’autonomie au sein même de l’entreprise ? 

Beaucoup d’auteurs s’accordent pour dire que les nouvelles formes de travail indépendant peuvent être conciliables avec les entreprises considérées comme “traditionnelles”.

La possibilité de s’épanouir dans le travail ne peut-elle seulement s’entendre en dehors du salariat ? Pour l’Observatoire OCM, la réponse est évidente : les entreprises doivent s’adapter et offrir à leurs salariés le sens auquel leurs collaborateurs aspirent et cela par une transformation profonde de leur fonctionnement, de leur recrutement et de leur management.

L’autonomie est un critère sur lequel les entreprises peuvent le plus aisément travailler. La période que nous venons de traverser avec le confinement a montré que le télétravail, quand il est encadré et volontaire, engendre une satisfaction positive pour le salarié. L’équilibre vie privé/vie professionnel s’améliore pour le salarié et le gain de temps de déplacement est un critère également important. De plus en plus de grandes et petites entreprises semblent enclines à faire perdurer ce mode de fonctionnement.

La Qualité de Vie au Travail (QVT) s’est, d’autre part, depuis plusieurs années, imposée comme un élément majeur au sein de l’entreprise traduisant la volonté des organisations d’envisager le lieu de travail comme un lieu de vie à part entière où le bien-être devient un élément primordial. Autrefois circonscrit à des domaines futiles, la notion même de QVT a su évoluer et apporter aux salariés de vraies améliorations des conditions de travail.

Lire aussi : Des salariés heureux peuvent être rentables pour l’entreprise

Enfin, promouvoir et encourager la volonté, pour certains salariés, à exercer une activité entrepreneuriale connexe, est une notion qui, peu à peu, devient une réalité dans certaines entreprises par le biais de l’intrapreneuriat. Ce concept ayant pour objet de promouvoir dans nombre de grandes entreprises, la créativité des salariés, est désormais encouragée et accompagnée. Certaines structures n’hésitent pas à financer de plus en plus de projets en interne et, pour nombre de candidats au recrutement, ce critère est devenu déterminant dans leurs choix.

Lire aussi : L’intrapreneuriat fait des émules

Réinventer la façon de travailler au sein de l’entreprise est donc l’avenir de l’entreprise. Si les organisations réussissent à transformer véritablement et profondément leur manière d’envisager le salariat de manière moins rigide, la fuite des travailleurs vers le secteur indépendant ne sera plus une fatalité. Nombre de structures n’hésitent plus désormais à embaucher d’anciens indépendants, considérant leur expérience, non plus comme un “défaut”, mais comme une force, une compétence, un atout majeur preuve d’autonomie, de persévérance et de motivation. Elles comptent désormais sur ces éléments pour apporter leurs qualités au sein de leurs équipes et engendrer une émulation positive. Loin de devoir opposer deux visions du travail, nous devons fusionner les forces et les compétences afin de faire disparaitre la “rigidité” du salariat historique. 

Lire aussi : Découvrez nos portraits d’intrapreneurs

Nos valeurs
Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

Notre ambition, au travers de nos publications, est d’affirmer avec conviction que ces valeurs sont le véritable patrimoine de l’entreprise, la réelle valeur ajoutée et surtout la meilleure protection contre les dérives actuelles que sont la standardisation, la vision court-termiste et le nivellement par le bas des logiques d’entreprise.