Pourquoi faut-il cultiver l’art d’échouer

Ne pas entreprendre quelque chose par peur de ne pas parvenir à un résultat satisfaisant est une erreur. Les meilleurs d’entre nous ne réussissent pour ainsi dire jamais du premier coup. Même les génies n’échappent pas à cette loi.

Ne pas entreprendre quelque chose par peur de ne pas parvenir à un résultat satisfaisant est une erreur. Les meilleurs d’entre nous ne réussissent pour ainsi dire jamais du premier coup. Même les génies n’échappent pas à cette loi. Il est préférable de se jeter à l’eau le plus tôt possible et d’accepter de réessayer sans relâche.

Les plus grands génies eux-mêmes se trompent, échouent, s’égarent constamment. Picasso avait parfois besoin de réaliser près de trente fois un même dessin, aussi simple soit-il, pour le réussir. Mozart a maintes fois jeté au feu des œuvres qui ne le satisfaisaient pas. Le photographe Robert Doisneau prenait certains jours plusieurs centaines de photos sans qu’une seule ne mérite d’être développée et tirée sur papier.

Le monde des affaires n’échappe pas à cette règle et fournit de multiples exemples. Il y a quelques années à peine, deux jeunes garçons faillirent se décourager plus d’une fois en présentant leur projet de création d’un nouveau moteur de recherche sur Internet à des investisseurs potentiels plus de deux cent fois avant que l’un d’entre eux aie l’audace de comprendre que Yahoo! pouvait être détrôné. Ils s’appelaient Sergey Brin et Larry Page, leur projet : Google.

Par-delà les nombreuses tentatives avortées auxquelles il faut s’attendre lorsque l’on entreprend ou que l’on tente simplement quelque chose, même la plus simple, il est impératif de se lancer tôt. Car il semblerait que le monde compte deux types d’hommes. Ceux qui atteignent leur meilleur niveau très tôt dans leur vie. Cette catégorie se scinde elle-même entre les hommes qui parviennent ensuite à maintenir ce niveau élevé dans le temps, comme Steve Jobs, David Bowie, Amélie Nothomb, Steven Spielberg, Ridley Scott, Nietzsche, Flaubert, Caravage, Jules Vernes… et ceux qui peinent à rester un tel niveau comme Charlie Chaplin, pour qui l’arrivée du cinéma parlant sonnera la fin de l’apogée ou Paul Verlaine dont l’œuvre poétique semble vouloir irrémédiablement se dégrader d’un recueil de poèmes à l’autre, d’un poème à l’autre et parfois même d’une strophe à l’autre.

Que l’on appartienne à la première ou la seconde de ces deux sous-catégories, il serait dommage de ne pas avoir entrepris tôt. Les fondateurs de Google en savent quelque chose. Si leur moteur de recherche est une réussite sensationnelle, la firme de Moutain View peine à exceller dans d’autres domaines dans lesquels elle ne manque pourtant pas de s’aventurer à coup d’investissements colossaux. Qui se souvient d’iGoogle, de Desktop, Notebook, Sidewiki, Knol, Health ou encore de Reader, autant de tentatives mort-nées de Google.

Le deuxième type d’hommes réunit ceux qui ont besoin de temps, souvent d’une vie, pour progresser et s’élever au plus haut point. Marcel Proust, qui finalisa son chef d’œuvre A la recherche du temps perdu sur son lit de mort; Gandhi, qui fut d’abord un avocat sans envergure puis un piètre orateur doublé d’un politicien malhabile, avant de réussir son rendez-vous avec l’histoire; Kant, qui fut un philosophe tardif; Jésus, qui, s’il exista, se consacra à convertir les hommes à la religion seulement les trois dernières années de sa vie. Dans ce cas, il convient là encore de commencer tôt pour maximiser le temps nécessaire à la progression et capitaliser sur le fait qu’on apprend d’autant plus aisément qu’on est jeune. Les réussites précoces ou tardives émanent toutes d’hommes qui n’ont pas seulement tenté au moins une fois leur chance, mais l’ont constamment retentée. Comme au poker, la vie nous distribue des cartes, nous permet quelque fois d’en obtenir de nouvelles, mais impose tôt ou tard de miser pour voir.