Compter sur les femmes pour vivre les crises à venir

Le savoir-faire et le savoir-être dont ont fait preuve en 2020 les dirigeantes occupant diverses responsabilités peuvent inspirer les entreprises qui vont devoir redéfinir leur fonctionnement pour faire face aux chocs à venir, sanitaires et climatiques.

Le savoir-faire et le savoir-être dont ont fait preuve en 2020 les dirigeantes occupant diverses responsabilités peuvent inspirer les entreprises qui vont devoir redéfinir leur fonctionnement pour faire face aux chocs à venir, sanitaires et climatiques.

La crise sanitaire mondiale et ses conséquences humaines, économiques et sociales a brutalement placé les gouvernants et les dirigeants d’entreprises dans l’obligation de gérer l’imprévu, de prendre des décisions pour lesquelles ils n’étaient pas préparés. Tous n’ont pas réussi avec le même bonheur ce test de leadership hors du commun et il peut être instructif d’étudier les moyens déployés par celles et ceux qui ont réussi à limiter les dégâts. Parce que l’onde de choc provoquée par la pandémie poursuit sa course et aussi parce que d’autres crises sont en vue, notamment d’ordre climatique, et qu’il appartient aux dirigeants de s’y préparer comme le suggère le rapport de McKinsey « Anticiper la crise d’après ».

Au nombre des chefs d’État qui ont su trouver les réponses adaptées pour composer avec la crise, on compte un certain nombre de femmes, note le magazine Forbes avant de citer Angela Merkel en Allemagne qui a su investir massivement, et au bon moment, dans les tests puis dans la vaccination, ou encore Jacinda Ardern en Nouvelle Zélande, Tsai Ing-wen à Taïwan qui n’ont pas tergiversé sur la question des masques et du confinement. En Islande Katrín Jakobsdóttir misait elle aussi sur le dépistage massif de la population tandis qu’en Norvège et au Danemark les premières ministres, Erna Solberg et Mette Frederiksen se distinguaient par leur communication empathique avec les plus jeunes. Très loin de ce pragmatisme, de cette humanité et de cette capacité à prendre des décisions franches et rapides, les prises de position bravaches des présidents de grandes nations minimisant cette « petite grippe » ont accentué les dégâts causés par le virus.

Des compétences maitrisées par les femmes

Il ne s’agit pas d’opposer ici les hommes aux femmes pour tresser des lauriers à ces dernières, et encore moins d’expliquer leurs actions par des qualités qui seraient liées au genre féminin. Elles ont fait montre de compétences qui peuvent être partagées par les hommes -et qui le sont dans certains cas- note Isabelle Lange, vice-présidente de PWN Paris et cofondatrice de « The Board Network », un mouvement qui œuvre pour plus de diversité dans les conseils d’administration.

Ce qui est intéressant estime une autre dirigeante du mouvement, c’est de regarder quelles qualités les femmes ont mobilisées avec succès durant la crise de 2020. Le tableau qui se dégagera d’une telle étude pourrait inspirer les dirigeants, hommes et femmes, pour aborder les prochaines crises sur le bon axe, avec les meilleures conditions de résilience et d’efficacité.

La place donnée à l’empathie, au soin, à la prise en compte de toutes les parties prenantes de la société est l’une des conditions du pilotage de crise, comme l’ont montré les premières ministres citées mais aussi, en France, les soignantes dans les hôpitaux et les ehpads ou les télétravailleuses jonglant avec l’écran et les enfants. Cette « humanité » de la femme s’explique par la culture et non par la nature, souligne dans l’Express une responsable du réseau féministe Ruptures : « si les femmes possèdent des « compétences plus humaines », c’est parce qu’elles ont été exclues par les hommes des sphères du pouvoir et cantonnées aux activités domestiques ».

La capacité à gérer de façon très pragmatique des situations d’organisation complexe, comme les facultés d’adaptation et l’aptitude à la résilience sont également des compétences très utiles dans une crise comme celle que nous traversons. Là aussi les femmes sont préparées, ayant dû développer ces compétences pour des raisons qui tiennent à leur place dans la société indique Isabelle Lange : « on a l’habitude de carrières beaucoup moins linéaires que les hommes et on a dû développer des qualités pour se faire une place ». « Quand on suit son mari à l’étranger et qu’on doit retrouver du travail sur place, poursuit-elle, on acquiert la capacité à faire face à des situations inconnues, à l’imprévu ».

Prendre en compte tout l’écosystème

L’une des questions cardinales posées par une crise sans précédent est celle de l’appréciation du risque. Là encore, les dirigeantes sont souvent créditées d’une moindre appétence pour le risque que leurs homologues masculins. Face aux risques majeurs que sont une pandémie sanitaire et un emballement climatique, cette prudence, si elle était avérée, serait bienvenue. Mais Isabelle Lange conteste cette approche en revendiquant la prise de risque calculée, celle qui prend en compte le temps long et l’ensemble des parties prenantes. Les échéances qui nous attendent, notamment climatiques, plaident pour cette approche. « Les femmes prennent davantage en compte le temps que les hommes » s’amuse une dirigeante membre de Board Network tout en soulignant que certains secteurs ont déjà dû revoir leur rapport au risque dans le temps, comme les assureurs contraints de prendre en compte la globalité des facteurs : « avec deux degrés de plus que prévu, ils ne peuvent plus rien assurer ».

Cette prise en compte de la globalité d’un problème est essentielle pour comprendre et apporter des solutions durables plaide Isabelle Lange en mettant l’accent sur la concertation à mettre impérativement en place : « ce qui paraît invivable dans ce contexte, ce sont les décisions prises sans concertation avec les parties prenantes. C’est une question de survie que de prendre en compte tout l’écosystème de l’entreprise, y compris l’écosystème planète. » Par aversion au risque, par prudence, interroge-t-elle, ou bien pour la bonne compréhension du monde qui nous entoure ?

Ce souci d’une approche globale se traduit aussi dans un management basé sur une relation de coopération, orienté vers la construction de communautés. Là aussi les femmes qui recherchent la construction du consensus s’en sortent généralement mieux que les dirigeants imposant autoritairement leurs décisions. La solidarité, l’éthique et la responsabilité sociétale font partie des atouts du jeu des dirigeants et dirigeantes qui vont devoir affronter les crises à venir.

De ce point de vue, les choix de gestion de la crise sanitaire par Donald Trump, Jair Bolsonaro, Viktor Orban, Vladimir Poutine ou Benjamin Netanyahu font figure de contre-exemple éclairant.

Page LinkedIn des femmes de The Board Network

Nos valeurs
Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

Notre ambition, au travers de nos publications, est d’affirmer avec conviction que ces valeurs sont le véritable patrimoine de l’entreprise, la réelle valeur ajoutée et surtout la meilleure protection contre les dérives actuelles que sont la standardisation, la vision court-termiste et le nivellement par le bas des logiques d’entreprise.