Loi de Parkinson : l’étalement du travail dans le temps

"Tout travail s’étale de façon à occuper le temps disponible pour sa réalisation." Voilà qui résume la loi de Parkinson. Faut-il dès lors réduire au maximum les délais associés à une mission ?

« Tout travail s’étale de façon à occuper le temps disponible pour sa réalisation. » Voilà qui résume la loi de Parkinson. Faut-il dès lors réduire au maximum les délais associés à une mission ?

En premier lieu, dissipons tout malentendu : la loi de Parkinson n’a rien à voir avec la maladie du même nom. Si cette dernière a été ainsi nommée en l’honneur du médecin britannique James Parkinson, qui a été le premier à la décrire en 1817, la règle qui nous intéresse ici a été élaborée par un homonyme : Cyril Northcote Parkinson. Écrivain et historien britannique, celui-ci a développé sa théorie dans un article de la revue The Economist, publié en 1955.

Qu’est-ce que la loi de Parkinson ?

Si on résume souvent la loi de Parkinson à l’aphorisme « tout travail s’étale de façon à occuper le temps disponible pour sa réalisation », l’étude de l’auteur anglais est en réalité plus précise. Ce dernier s’est en effet appuyé sur son expérience dans l’administration britannique afin de décrire l’augmentation annuelle des effectifs via une formule mathématique, dépendant du nombre de nouvelles promotions au sein d’un service, du temps nécessaire à répondre aux notes internes, de l’âge de la retraite, etc. Selon lui, cette croissance serait toujours située aux alentours de 6 %, et ce, indépendamment de la quantité de travail à accomplir. Ce phénomène s’expliquerait notamment par la propension des fonctionnaires à « multiplier les subordonnés » et à « se créer mutuellement du travail ».

À partir de ces observations, Cyril Northcote Parkinson en a donc déduit qu’au sein de l’administration, la durée d’une tâche correspond au temps accordé à sa réalisation, indépendamment de sa complexité. Par exemple, si un employé a une semaine pour rendre un rapport, il prendra une semaine. S’il dispose d’un mois pour la même mission, il mettra un mois. Il s’agit, en quelque sorte, d’une extrapolation du principe de diffusion des gaz, qui se répartissent dans tout l’espace qui leur est disponible.

Une généralisation simpliste

Il convient toutefois de considérer la loi de Parkinson avec le recul nécessaire. Premièrement, parce que cette « loi » n’en est pas véritablement une. Il ne s’agit que d’une règle empirique et faussement mathématique, qui vise à tourner en dérision la lourdeur du système administratif. Ce n’est donc pas une vérité absolue qui s’applique à toutes les entreprises, ni même à l’ensemble de la fonction publique.

L’exemple du ministère français des Anciens Combattants est souvent donné pour illustrer la loi de Parkinson. En effet, ses effectifs resteraient stables alors que le nombre d’anciens combattants diminuerait chaque année. Un symbole parfait de l’inutile complexité administrative ?

Une telle conclusion semble néanmoins hâtive. D’une part, depuis 1995, il n’y a plus de ministère de plein exercice consacré seulement aux anciens combattants. Il est donc dorénavant difficile de connaître son nombre d’employés exact, l’information étant généralement diluée dans le chiffre de son ministère de tutelle (de la Défense ou des Armées). D’autre part, rien ne permet d’affirmer que les effectifs considérés à un instant t suffisaient pour l’ensemble du travail à accomplir. Par exemple, le gouvernement canadien prévoyait dernièrement d’embaucher de nouveaux collaborateurs au ministère des Anciens Combattants, afin notamment de répondre aux demandes non traitées. Ainsi, il paraît simpliste de lier le nombre de collaborateurs d’une administration uniquement à celui des bénéficiaires qui en dépendent.

Juste à temps

De même, la maxime résumant la loi de Parkinson ne doit pas être prise au pied de la lettre. Car si le travail semble résolument extensible, le temps, lui, n’est pas compressible à l’infini. Il ne suffit donc pas de dire : « De combien de temps as-tu besoin afin de réaliser cet audit ? Deux semaines ? D’accord, alors je te donne cinq jours », pour que la durée nécessaire s’amenuise comme par enchantement. Dans certains cas, la mission pourra être menée à bien, mais rarement sans conséquence sur la qualité du travail. En définitive, l’enseignement principal de la loi de Parkinson réside dans la difficulté à évaluer le temps d’une mission. Et tout le monde n’a pas la même approche à ce sujet. Certains préfèrent annoncer des délais contraints, quitte à devoir travailler dans l’urgence, tandis que d’autres choisissent la prudence, afin de se laisser la possibilité de chasser le moindre défaut ou de rendre le livrable attendu en avance. Pour obtenir une estimation réaliste, un manager a donc tout intérêt à s’appuyer sur son équipe, mais aussi sur une véritable expérience du terrain. Tout en gardant à l’esprit que raccourcir sensiblement les délais augmente les risques de recevoir un travail bâclé.

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