Des salariés heureux peuvent être rentables pour l’entreprise

Le salarié se demande s'il est, ou non, le maître de sa vie au travail. La question pour lui est de savoir s'il jouit d'une véritable initiative

Le travail sur le bonheur des collaborateurs dans l’entreprise est un sujet d’actualité. D’autant que les résultats et les performances peuvent en tirer profit. Pour peu que l’on s’entende sur ce qu’est ce bonheur.

Le bonheur des salariés d’une entreprise fait-il le bonheur des actionnaires ? Plus crûment exprimé, une entreprise augmente-t-elle ses profits en rendant heureux ses collaborateurs ? “Oui, d’une certaine façon” car le mot “bonheur” n’est pas forcément le bon, répond Amélie Motte de La fabrique Spinoza. Sur une telle question, la déléguée générale adjointe du “Think-tank du bonheur citoyen”, comme se définit la Fabrique, a besoin de préciser les termes et les enjeux.
Le mot Bonheur fait peur, il est lié à notre culture du pessimisme” estime-t-elle. “On note une réticence des salariés confrontés à une forme “d’injonction aubonheur”. Pourtant le développement de cet axe d’action dans l’entreprise est une réalité : des chercheurs, des psychologues travaillent sur le sujet. “Il n’est plus question de se contenter de soigner les affects négatifs”, note Amélie Motte, il s’agit aujourd’hui, quand on travaille sur l’outil-bonheur “d’étudier les conditions de fonctionnement optimal des humains”. Les entreprises ne peuvent pas y échapper, car oui, “elles peuvent en tirer profit, si elles savent en comprendre le sens pour pouvoir l’intégrer dans leur organisation.”

La question du sens

Pour dépasser ce mot encombrant de “bonheur” et voir dans quelles conditions il peut participer aux résultats des entreprises, Amélie Motte reprend la définition donnée par l’OCDE pour expliquer les trois dimensions que doit prendre en compte une entreprise : une facette hédoniste, une facette cognitive et enfin une facette aspirationnelle.
La facette hédoniste et émotionnelle met en jeu les affects. Pour assurer le bien-être des collaborateurs, il faut maximiser les affects positifs et minimiser les négatifs. Dans la dimension cognitive, il va s’agir d’évaluer la satisfaction du salarié. Cette évaluation relève de la mission des ressources humaines, des encadrants et du Chief Happiness Officer (CHO) quand il existe.

La 3e facette, aspirationnelle, est peut-être la plus importante, indique Amélie Motte : elle pose la question du sens. Le salarié se demande s’il est, ou non, le maître de sa vie au travail. La question pour lui est de savoir s’il jouit d’une véritable initiative.

En fait, c’est bien de sens dont il faut parler au travail, et non de “bonheur” dit Amélie Motte. D’autant, précise-t-elle, que si les générations post “baby-boom” attendent un statut et la garantie de l’emploi, la jeune génération, elle, attend avant tout de pouvoir s’épanouir dans un travail où elle trouve du sens. Et c’est bien cette génération-là qu’il s’agit de choyer aujourd’hui.

Des moyens pour réussir

Johan Carelli, un CHO convaincu du “véritable rôle stratégique” de sa fonction n’aime pas non plus mettre en avant le bonheur dans la mesure où le terme ne permet pas de justifier les retombées très positives pour l’entreprise qui a fait du bien-être des salariés un de ses axes de développement.

A l’appui de ses convictions, il cite une des études publiées sur le sujet, celle de l’iOpener Institute, basé à Oxford. Pour les responsables de ce travail, il ne fait pas de doute que le “happiness” a un impact sur les performances et sur les résultats financiers de l’entreprise.

“On sous-estime trop souvent cet aspect” avertissent les auteurs de l’étude qui ont mené une enquête sur plusieurs années, à partir de 2005, intitulée “the Science of Happiness at Work™.”

Par “happiness“, les rédacteurs ne se réfèrent pas au “bonheur” au sens philosophique. Il faut le définir, estiment-ils, comme “un état d’esprit qui permet d’optimiser les performances et d’atteindre les objectifs”.

Une définition franche, proche de celle de Johan Carelli qui affirme que ce n’est pas le bien-être qui se traduit par des résultats financiers : “il s’agit de mettre l’employé dans les meilleures conditions pour qu’il réussisse à travailler son projet dans les temps, on améliore les outils, les process, et on lui donne ainsi des moyens pour réussir.

Moins d’absence, plus de motivation

Un collaborateur qui se sent bien dans l’entreprise, affirme l’étude d’Oxford, “présente un haut niveau de performance“. En synthèse résume l’institut, “ce travailleur prend dix fois moins de congés maladie par an que ses collègues moins heureux, il est six fois plus motivé et impliqué, deux fois plus productif et il demeure aussi deux fois plus longtemps dans la société,”ce qui se traduit par des économies de recrutement non négligeables.

Dans le détail, l’iOpener Institute affirme qu’un collaborateur heureux de son sort va travailler environ 80 % de son temps, quand l’employé insatisfait ne travaillera réellement que 40 % de son temps. Une perte conséquente pour l’entreprise que l’étude chiffre à 3,5 mois de perdus par an et par salarié désinvesti.

L’étude estime que ce sont les gens qui produisent les résultats, et “non un programme de bonheur ou des émotions positives”. C’est pour cette raison que l’objectif à définir pour l’entreprise qui s’engage dans “le bonheur” est de créer les conditions pour un changement durable d’état d’esprit de ses collaborateurs. Travailler sur l’engagement ne suffit pas : les auteurs soulignent que le bonheur et l’implication sont deux choses différentes. Ils notent dans ce registre que les responsables et dirigeants d’entreprises sont souvent très engagés, et pas heureux.

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Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

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