Vendredi Lecture : Ce que nous apprennent les singes sur la bonne manière de télétravailler

Avec la pandémie, le monde a basculé tant bien que mal dans le télétravail généralisé. Le paléoanthropologue Pascal Picq se base sur l’observation des primates pour expliquer à quelles conditions ce retour du travail à domicile peut réussir.

Avec la pandémie, le monde a basculé tant bien que mal dans le télétravail généralisé. Le paléoanthropologue Pascal Picq se base sur l’observation des primates pour expliquer à quelles conditions ce retour du travail à domicile peut réussir.

Dans son dernier essai, Pascal Picq, maître de conférences au Collège de France, rappelle que depuis la nuit des temps, les hommes vivaient et travaillaient au même endroit, surtout les femmes, les hommes pratiquant la chasse et la guerre. La Révolution industrielle a bousculé ce modèle, sa version contemporaine étant le fameux « métro, boulot, dodo ».

Le recours massif au télétravail, conséquence de la brutalité du confinement, a mis en évidence de nouveaux risques, comme la dilution de la culture d’entreprise, la perte d’informations et l’isolement des salariés, avec parfois des conséquences sur leur santé mentale.

Les leçons de l’éthologie

Heureusement, Pascal Picq, a noté chez les singes des comportements, dont nous pourrions nous inspirer.

Les chimpanzés arrivent à conjuguer activités de groupe et activités individuelles selon un « modèle de fusion/fission ».

Selon l’auteur, « cela signifie que les individus se regroupent et se séparent au sein de leur communauté et de leur territoire au gré de leurs besoins, de leurs affects et de leurs relations et intrigues sociales« .

Autre particularité : les femelles chimpanzés ont aussi développé une vraie habilité technique dans le maniement de divers outils, ce que les mâles respectent.

A l’opposé, la structure sociale adoptée par les macaques est totalement Top Bottom. Le comportement de chaque membre de la tribu est scruté par des dominants, prêts à sanctionner tout écart.

Une logique darwinienne

Pour Pascal Picq, les gagnants des dernières évolutions anthropologiques seront les entreprises qui, à l’instar des chimpanzés, vont :

  • Choisir les meilleures pratiques de télétravail, métier par métier, et en inventer d’autres, dans un fonctionnement de type sélection naturelle.
  • Adopter une organisation agile, avec un management acquis à l’idée de faire évoluer leurs pratiques et valoriser les compétences.
  • Veiller à ce que les moments de fusion soient hautement qualitatifs ou récréatifs.

Interview réalisée sur France Inter

D’un côté, les organisations qui sont déjà engagées dans leur transformation numérique et dans la RSE, partent avec une longueur d’avance. Comme chez les chimpanzés, ce sont elles qui savent le mieux créer un climat de confiance, favoriser l’autonomie et attribuer les récompenses.

De l’autre, les entités de type « macaques » se caractérisent par une culture de tradition plus administrative, avec des salariés ayant tous les mêmes diplômes.

La cohésion sociale        

Pour Pascal Picq, le télétravail n’est pas un retour pur et simple en arrière. Il compare le déploiement du numérique à la conquête du feu par nos ancêtres. A ce titre, on ne perçoit aujourd’hui qu’à peine les conséquences des nouvelles formes de travail sur la vie privée, les transports et la ville, même si ces évolutions étaient déjà en germe avant la pandémie.

Il exprime aussi l’espoir que cette (r)évolution anthropologique parviendra à embarquer le plus grand nombre, notamment ceux et celles qui étaient en première ligne pendant le confinement.

« Les Chimpanzés et le télétravail. Vers une (r)évolution anthropologique », de Pascal Picq. Eyrolles, 256 pages, 18 euros.

Un extrait du début de l’ouvrage