Le défi du numérique responsable se joue entre data centers et usagers

La facture environnementale du numérique atteint celle des transports et représenterait 10% des GES dès 2030. Comment réduire l’empreinte carbone du Numérique ?

La facture environnementale du numérique atteint celle des transports et représenterait 10% des GES dès 2030. Comment réduire l’empreinte carbone du Numérique ? Surfer sur Lilo ou Ecosia, supprimer vidéo, images, emails inutiles sera-t-il suffisant ? Voici un rappel des faits et des bonnes pratiques à suivre…


Data center : entre réduction des coûts et progrès en marche

Evalués à une petite centaine en France, les data centers « fermes du 21e siècle » stockent et traitent les pages web, les photos, les films de vacances dans ce qu’on appelle le « Cloud ».

Pour Orange, la gestion des données consomme une énergie de 4,5 térawattheures tous les ans. Une consommation proche de la ville de Marseille et ses 850 000 habitants. Si les installations des data centers restent invisibles, elles sont énergivores et notre usage collectif l’est encore plus. Certes, les serveurs fonctionnent 24h/24 et 7/7 et sur 2 kilo-watt heures consommés par un usager, le premier alimente le serveur, le second la climatisation.

Pour réduire la consommation d’énergie est apparu le Free-cooling : l’air chaud produit par l’activité des serveurs est refroidit par l’air frais puisé dehors. En Normandie la climatisation du plus gros data Center français d’Orange fonctionne 20% du temps grâce à cette technique. Le free-cooling associé aux énergies renouvelables est utilisé par Facebook (énergie hydroélectrique), Google, Amazon. Si les Data centers cherchent les moyens de réduire leur GES c’est par intérêt.

Jonathan Schaeffer, membre du groupe éco info du CNRS spécialiste des Data Center durables affirme que « la contrainte de l’énergie est prise en compte dans la construction de nouvelles infrastructures, même si cela est plutôt dû aux raisons économiques. » Frédéric Bordage, expert français, fondateur de l’Alliance GreenIT, confirme « tous les géants du web font du stockage et du traitement de la donnée avec le moins de kilo watts heures possible car cela touche leur modèle économique. Entre la réduction des coûts d’un côté, la facture environnementale liée à la fabrication des objets et à l’usage intensif de l’autre, le solde n’est pas positif car la demande est trop exponentielle » nuance-t-il.

Cependant, des initiatives écologiques voient le jour :

  • Dans trois sites d’Orange des armoires refroidissent une salle serveurs via un circuit d’eau froide, idem chez Jaguar Networks.
  • D’autres valorisent la chaleur émise par le Data Center pour réchauffer des bureaux voisins
  • Ou alimentent un réseau de chaleur urbain. « le potentiel est limité car la température plafonne à 50°C. Ces solutions complémentaires aux EnR restent intéressantes » nuance Sylvie Padilla, Responsable du service entreprise et dynamique industrielle de l’Ademe.

La pollution numérique, matières premières, ondes et mise en rebus

« La pollution la plus invisible vient des réseaux qui acheminent le web. La 4G qui transite par des antennes relais, consomme 10 à 80 fois plus que la 3G, alors avec la 5G… La fabrication des machines affiche un bilan carbone démentiel. Les serveurs contiennent des minerais et métaux extraits dans des conditions écologiques humaines et sociales abominables. Une barrette de mémoire d’ordinateur de 2g consomme 32 kilos de matières premières pour être fabriquée, soit 1600 fois le poids du produit fini. C’est 54 fois pour une voiture, précise » Frédéric Bordage.

L’utilisation des énergies fossiles, les maigres rendements lors de l’extraction des minerais en Afrique et le recours à des procédés chimiques polluants sont des maigres exemples de la liste d’effets néfastes sur l’environnement. Les ressources mondiales de cuivre seront épuisées d’ici 2030, les data centers optimisent déjà leur câblage existant. Le taux de recyclage en fin de vie est de 20% ce qui signifie que la pénurie de machines est à prévoir d’ici 10 ans, alors conservez vos machines !

Mauvais usages ? L’abus de connexion constante et un renouvellement abusif

« Nous vivons dans l’ère de la mobilité et de la communication. Le smartphone est l’appareil le plus utilisé et le plus visible, car nous faisons tout avec : vie personnelle, professionnelle, il est incontournable. Les gens n’ont pas conscience de l’impact démesuré de ces petites machines. Il existe un techno-optimisme démesuré qui semble valoriser la dématérialisation comme solution à tous les maux » souligne Michelle Doré membre du Centre de Recherche sur les Risques et Vulnérabilités (CERReV) de Caen. Si les GAFAM restent co-responsables de la consommation électrique globale, l’autre responsabilité incombe aux usagers que nous sommes. De plus, résister à l’appel au renouvellement devient une absolue nécessité.

Apprenons la déconnexion et la sobriété dans nos usages via les Associations

Le Mooc de l’Institut du Numérique Responsable sensibilise aux enjeux du numérique pour en comprendre les impacts. La Fresque du Numérique encourage à modifier notre comportement vis-à-vis du numérique par le jeu. Voici quelques idées à mettre en œuvre :

  1. Je prends mon temps avant d’acquérir de nouveaux équipements (j’apprends à réparer)
  2. Et si j’optais pour du matériel d’occasion ou reconditionné ? ou en location ?
  3. Je choisis du matériel adapté à mes besoins réels : taille de l’écran, performance, fonctionnalités
  4. Je choisis des équipements différents : Fairphone par exemple
  5. Je filtre par écolabels (EPEAT, TCO, Blue Angel, Ecolabel Européen pour les TV)
  6. J’utilise du papier recyclé et certifié (FSC, Blue Angel, l’Ecolabel Européen)
  7. Je loue une imprimante aux cartouches reconditionnables (HP offre un programme fiable)
  8. Je n’imprime qu’en recto verso, mode brouillon, noir & blanc
  9. Je désinstalle régulièrement les logiciels non utilisés
  10. Je privilégie les logiciels libres
  11. J’entretiens mon matériel et me rapproche d’associations pour acquérir les connaissances utiles
  12. Je préfère la connexion Wi-Fi à la 4G / 5G, ça consomme moins d’énergie et de batterie
  13. J’éteins et débranche : box, ordi, smartphone, chargeur, TV – la nuit et en vacances
  14. Je stocke moins de documents dans le Cloud – stop aux multiples copies encombrant les serveurs
  15. Je fais régulièrement le ménage dans tous mes fichiers
  16. Je limite mon usage de la vidéo en streaming – surtout en mobilité

Pour conclure, restons optimiste ! Depuis 2006, la filière du recyclage des déchets électriques et électroniques (DEEE) a créé 6 000 emplois en France ! 173 000 tonnes de DEEE sont collectées par an en France et ce n’est qu’un début. 200 000 emplois non délocalisables pourraient être créés en Europe si réparation et réemploi étaient banalisés. Une habitude qui tend à se perdre car le marché de l’occasion progresse vite. Alors continuons !

Nos valeurs
Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

Notre ambition, au travers de nos publications, est d’affirmer avec conviction que ces valeurs sont le véritable patrimoine de l’entreprise, la réelle valeur ajoutée et surtout la meilleure protection contre les dérives actuelles que sont la standardisation, la vision court-termiste et le nivellement par le bas des logiques d’entreprise.