La pénurie mondiale de semi-conducteurs

Leur omniprésence dans une multitude de produits, cumulée à une fabrication complexe dans un marché de surcroit soumis à de fortes variations de demande explique le cataclysme silencieux qui fait rage à l'heure actuelle.

Semi-conducteur, ce mot technique à la définition absconse pour la plupart d’entre-nous se révèle être le symbole d’une économie de dépendance lentement et inexorablement subie par l’Europe et les États-Unis. Ces composants électroniques sont devenus indispensables dans la conception et la fabrication de nombreux produits informatiques en raison de leurs propriétés électriques leur permettant de cumuler des fonctions conductrices et isolantes, circuits intégrés micro et nanoélectroniques, ils permettent traitement, sauvegarde et transmission d’une multitude d’informations.

Depuis plusieurs mois, une pénurie de ces composants bouleverse nombre de marchés économiques. Leur omniprésence dans une multitude de produits, cumulée à une fabrication complexe dans un marché de surcroit soumis à de fortes variations de demande explique le cataclysme silencieux qui fait rage à l’heure actuelle.

Les raisons de la pénurie

En premier lieu, ces composants sont victimes d’une avancée technologique toujours plus rapide. Leur durée de vie diminue à cause de cette innovation toujours plus exigeante. Sitôt mise sur le marché, la recherche permet de les miniaturiser davantage, ou d’augmenter leur fiabilité ou leur performance et l’obsolescence de la génération précédente devient de plus en plus rapide. L’adaptabilité des chaines de production peine à suivre cette avancée technologique rapide et accuse une inertie bien supérieure à celle des produits qu’elle doit concevoir.

La seconde raison est liée à la situation pandémique actuelle qui a vu la demande en matériel informatique et digital s’accroitre et, par ricochet, la demande en composants électroniques. L’engouement mondial pour le télétravail a dopé la vente de matériel informatique créant un déséquilibre de plus en plus important. Les complexités de transports et de livraisons fragilisent également le circuit de distribution de ses produits entrainant une lenteur d’approvisionnement certaine.

Mais ce déséquilibre entre l’offre et la demande et bien plus large. Automobile, téléphones portables, ordinateurs, électroménager… dans tous ces secteurs et bien d’autres, ces composants deviennent indispensables. Et la demande en la matière est bien supérieure à l’offre troublant un marché où les lois de l’offre et de la demande flirtent avec la géopolitique mondiale.

Un enjeu économique et géopolitique

Économiquement, les discours et les plans annoncés par les professionnels du secteur sont alarmistes. L’horizon apparait bien sombre car, malgré une volonté d’accroitre la production, et au-delà des colossales investissements que cette volonté implique, les délais de mise en place sont extrêmement longs : environ deux ans sont nécessaires pour mettre en place une usine de production de tels produits ! Aussi tous les acteurs industriels et technologiques du secteur sont clairs, qu’ils soient européens, américains ou chinois, la situation, du côté de l’offre, ne pourra s’améliorer avant un délai de 2 ans !!

Le marché des semi-conducteurs, par son ampleur et les profits qu’il engendre est depuis plusieurs années un sujet de tensions géopolitiques à l’échelle de la planète. Selon certains chiffres, ce secteur représenterait un marché de 440 milliards d’euros, et la progression à court et moyen terme augure d’un accroissement exponentiel de celui-ci.

La dépendance mondiale vis-à-vis de la Chine transparait avec encore plus de force dans cette situation. Europe et États-Unis ont d’ailleurs, depuis quelques années, décidés de mettre fin à cette dépendance en augmentant leurs capacités de production mais même avec cette volonté politique, la simple déclaration d’intention ne pourra suffire car pour fabriquer ses composants, il faut s’approvisionner en terres rares. Et ce sont bien ces terres rares qui sont le centre des tensions géopolitiques. La Chine possède sur son sol la matière première qu’elle exploite et cette situation n’est en rien favorable aux autres états. Ce pays a su depuis longtemps sentir toute l’importance de ce marché et a façonné son économie en ce sens, axant ses investissements avec habileté et créant les fondements de sa future puissance. Les autres pays du Monde, pour des raisons nobles d’écologie, et moins nobles d’abandon progressif de leurs outils industriels, ont dévolus à la Chine l’exploitation de ses terres rares. Ils se retrouvent aujourd’hui face à un dilemme insoluble, une dépendance qu’ils ne peuvent combattre qu’en réindustrialisant leurs territoires d’une part et en acceptant des entorses certaines à leur engagement écologique d’autre part…

Le 7 décembre 2020, 13 pays de l’Union Européenne ont fait une déclaration commune de mise en place d’une politique d’investissement dans le secteur des semi-conducteurs, avec pour objectif une réduction de leur dépendance étrangère en la matière.

De son côté, la nouvelle Administration Biden s’est elle aussi lancé dans un plan de diminution de sa dépendance. Des investissements colossaux sont envisagés et pour se faire, un changement stratégique et géopolitique apparait comme nécessaire. Les relations sino-américaines vont devoir radicalement changer pour ouvrir la voie à tous types de négociations futures concernant les terres rares.

Nos valeurs
Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

Notre ambition, au travers de nos publications, est d’affirmer avec conviction que ces valeurs sont le véritable patrimoine de l’entreprise, la réelle valeur ajoutée et surtout la meilleure protection contre les dérives actuelles que sont la standardisation, la vision court-termiste et le nivellement par le bas des logiques d’entreprise.