Transformation numérique et environnementale : quand la collaboration accélère le progrès

Pour faire évoluer les mentalités, il s’agit de partager méthodes et des plans d’actions limitant les impacts environnementaux. Pour se faire, élaborer une culture commune s’impose.

La transition numérique accélérateur d’écologie

Comment mettre la transition numérique au service de la transition écologique ?

Tel est l’enjeu de notre société. Dans les entreprises et les administrations, les responsables du numérique et de l’environnement travaillent trop isolément. Résultat ? Le secteur de l’environnement s’approprie peu le potentiel du numérique, et le secteur IT considère le caractère « immatériel » de leurs services comme neutre en carbone. Pour faire évoluer les mentalités, il s’agit de partager méthodes et des plans d’actions limitant les impacts environnementaux. Pour se faire, élaborer une culture commune s’impose.

Les experts et les associations donnent l’exemple

Ils joignent leurs compétences pour réduire l’empreinte carbone des équipements et concevoir des solutions sobres. Ils inventent des outils d’éco-conception à impact positif et créent de la Valeur Ajoutée. GreenIT, Alliance AGIT, l’INR, le WWF, l’IDDRI, la Fresque du Numérique et bien d’autres le démontrent chaque jour : ils promeuvent la « conception numérique responsable » pour servir les 3 piliers du Développement Durable. « L’accessibilité numérique » et le « respect de la vie privée » élargissent le travail environnemental des ingénieurs au pilier social et sociétal. La double transition est donc faisable.

Mais il manque le récit positif et commun qui mobiliserait davantage les communautés de l’écologie et de l’innovation numérique. Un récit ni technophile laissant croire que numérique et écologie vont naturellement de pair, ni technophobe, donnant à penser que ces 2 transitions sont fractionnées. Ce récit, ce sont les communicants qui peuvent le co-construire. Reste à les mobiliser davantage tant le sujet environnemental comme celui du numérique restent entre les mains des ingénieurs. Professeurs, marketeurs et communicants semblent mis à l’amende. Cependant à l’instar de la Fresque du Numérique, les pédagogues s’entrainent à vulgariser l’information. Ouf il était temps.

L’optimisation écologique générée par le numérique provoque un effet rebond

Le numérique devient un levier d’optimisation de nos systèmes énergétiques, alimentaires ou encore de mobilité. C’est grâce aux capteurs IoT que l’éclairage public répond avec précision aux besoins réels des populations, que sont localisées les fuites d’eau, que l’on fluidifie le transport aérien et routier, que l’on améliore le fonctionnement des énergies en période de pointe. C’est encore le numérique qui optimise les tournées de collecte de déchets ou les dosages dans l’arrosage agricole.

Cependant l’optimisation recrée la demande. Elle est un prisme du gain de productivité économique qui crée mécaniquement des effets rebonds : hausse des volumes de produits vendus conséquence de la baisse des tarifs, la diversification des offres (pas toujours bienvenues) ou un renouvellement de matériel accéléré, alors qu’on recherche la sobriété !

Les transitions numériques et écologiques se doivent de se synchroniser

Concrètement, tous les acteurs doivent tenir compte des pratiques numériques du grand public, de l’open source et utiliser les atouts du travail collaboratif et de la co-production pour agir vite et bien. Utiliser le numérique pour soutenir les politiques écologiques doit devenir un réflexe chez les acteurs de l’environnement. Les pouvoirs publics doivent soutenir l’innovation numérique en faveur de l’écologie. Mobiliser le potentiel des données au service de l’écologie est vivement souhaité par le collectif d’experts ayant édité le  LIVRE BLANC NUMÉRIQUE ET ENVIRONNEMENT dont voici un rapide résumé :

  • Réduire l’empreinte carbone s’impose aux acteurs du numérique

La loi sur l’obsolescence programmée a enfin été votée. Reste aux fabricants de produire des appareils démontables, réparables et capables d’être réemployés, d’étendre la durée de garantie à 5 ans. Coté entreprises ou organismes, lancer des démarches de greenit pour réduire l’empreinte, former le personnel au Numérique Responsable doit devenir la norme.

  • Utiliser le numérique pour mieux concevoir les politiques écologiques

L’implication de toutes les « parties prenantes », la transparence et la redevabilité sont clé dans l’élaboration des politiques publiques. « On parle des « civic tech » dont l’objectif est de favoriser un débat public, actif et inclusif pour élaborer les stratégies environnementales. L’action publique doit chercher à organiser des écosystèmes, à favoriser des alliances dans l’intérêt général. « tous producteurs de son énergie en 2030 », « 0 % de voitures individuelles », « 100 % des objets réemployés ou recyclés ». Ces défis permettent de repérer les acteurs et de mettre en relation ceux qui ne se connaissent pas » notent les experts.

  • Soutenir l’innovation pour encourager les initiatives numériques en faveur de l’écologie

« Favoriser des programmes d’innovation numérique (sur les bâtiments neutres ou l’industrie du futur) afin qu’ils intègrent nativement les enjeux environnementaux. Le financement public serait conditionné à une évaluation des impacts écologiques. Des projets de rupture focalisés sur la production d’impacts écologiques « radicaux », à la fois profonds (« facteur 4 », « zéro émissions », « zéro déchets », « énergie positive »), larges (capables de passer à l’échelle) et de long terme (robustes aux « effets rebond »). Une exigence serait que ces projets s’engagent à mesurer leurs impacts et à publier les données relatives aux mesures » proposent-ils.

  • Mobiliser le potentiel des données pour servir la transition écologique

Les directives européennes sur l’information environnementale et géographique invitent à une ouverture encore plus grande des informations liées à l’environnement. Les lois françaises récentes sur la transition énergétique, la croissance verte et la biodiversité rendent obligatoire l’accès aux données. Le ministère de l’Écologie s’est doté d’un superviseur général des données dès 2016 et les initiatives en open source et d’open innovation permettent d’aller plus loin.Alors restons optimistes : l’apport du numérique accélère l’évolution des pratiques plus respectueuses de l’environnement et donne matière à repenser les organisations, les produits et services, les modèles économiques, les écosystèmes. Le numérique autorisant un rapide partage des connaissances créera de nouveaux modèles de consommation inédits et décarbonés. Le pré-requis étant simplement que la collaboration entre numérique et écologie soit décomplexée.