Alenvi

2020, c’est l’année des sociétés à mission. Ces entreprises se sont dotées d’une raison d’être et d’engagements sociaux et environnementaux inscrits dans leurs statuts. Elles défendent un projet collectif à impact positif et une autre vision du capitalisme. Portraits de six d’entre elles dans des secteurs aussi variés que la mode, l’assurance, le conseil, la finance, l’accompagnement des personnes âgées et l’aménagement de la maison.

Humaniser l’accompagnement des personnes âgées 

Entrepreneur à la fibre sociale, Guillaume Desnoës, 38 ans, cherchait un projet d’envergure et à fort impact après avoir développé la collecte de dons en ligne. Il l’a trouvé en s’intéressant à l’accompagnement des personnes âgées à domicile. Un enjeu de société majeur pour nos sociétés vieillissantes. Et un secteur où tout était à faire. « Sur le terrain, j’ai rencontré des aidants familiaux désemparés et des auxiliaires de vie peu formé (e) s qui cumulaient des temps partiels subis dans des structures pyramidales infantilisantes où des chefs leur tapaient sur les doigts, explique-t-il. Les métiers du soin et de l’accompagnement à domicile ont été déshumanisés ». 

En 2015, il décide de changer la donne avec deux amis d’HEC, anciens managers de grands groupes,  Clément Saint Olive et Thibault de Saint Blancard. Pour eux, les professionnels de l’aide à domicile ne peuvent bien accompagner les personnes âgées que s’ils travaillent eux-mêmes dans un cadre de travail stable, épanouissant et valorisant. Leurs regards se tournent alors vers les Pays-Bas où un modèle d’organisation, baptisé Buurtzorg, a révolutionné avec succès le soin infirmier. Lancé en 2007, il a fait l’objet d’un chapitre de “Reinventing Organizations”, le célèbre livre de Frédéric Laloux sur les communautés de travail innovantes.

Les trois entrepreneurs vont s’en inspirer pour créer Alenvi en 2016. Cette entreprise solidaire d’utilité sociale est centrée sur l’humain, la confiance et l’autonomie. Son organisation repose sur des équipes de 6 à 8 personnes embauchées à temps plein et en CDI. A elles de s’autogérer, sans hiérarchie et sur la base de rôles tournants pour établir le planning des soins, veiller à la qualité des accompagnements ou dénicher de nouveaux bénéficiaires. 

A ce jour, Alenvi ce sont 13 équipes de 90 auxiliaires de vie épaulés par des coachs mais aussi formés à la pratique de leurs métiers. Les fondateurs d’Alenvi ont en effet créé en 2019 Compani un organisme de formations certifiantes. Proposées à l’ensemble du marché, elles sont centrées sur un aspect essentiel du métier mais jamais enseigné : le savoir-être. 

Six cents auxiliaires en ont bénéficié en 2020. De quoi améliorer les pratiques, valoriser la profession et faire bouger les lignes à grande échelle. “Nous avons également créé le collectif « l’humain d’abord » pour fédérer des structures en phase aujourd’hui avec nos pratiques où qui souhaiteraient à leur tour se transformer”, explique Guillaume Desnoës. Des concurrents devenus des confrères. 

Alenvi milite de surcroît pour des changements réglementaires et structurels alors que l’aide à domicile est classée dans la catégorie des services à la personne au même titre que les prestations de ménage ou de soutien scolaire. Ainsi au printemps dernier, elles n’ont pas eu droit, de ce fait, à la prime Covid-19. “C’est une autre de nos activités plus proche du plaidoyer”, précise Guillaume Desnoës.

Dans ce contexte, devenir “entreprise à mission” coulait de source pour Alenvi. “C’est le gage d’une gouvernance équilibrée et pérenne”, commente Guillaume Desnoës. Et d’ajouter : “dans une entreprise, l’investisseur vise la rentabilité, le salarié veut être mieux payé et le client veut les prix les plus bas. A nous d’aligner au mieux les intérêts de parties prenantes bien souvent contradictoires”. 

Dorénavant, Alenvi (2,5 M€ de CA) devra mesurer et prouver l’impact d’une mission coulée dans le marbre avec de nouveaux indicateurs qui s’ajoutent aux habituels critères financiers. L’entreprise devra en autres démontrer qu’elle “améliore en continu les conditions de travail des professionnels de l’accompagnement”, l’un de ses six engagements statutaires.

Raison d’être :

Humaniser l’accompagnement des personnes qui ont besoin d’aide ou de soin, en valorisant les professionnels et en réconciliant les enjeux humaines et économiques du secteur.

Engagements : 

1 : Améliorer en continu les conditions de travail des professionnels de l’accompagnement.

2 : Utiliser le dialogue, la subsidiarité (autonomie maximale des professionnels) et l’accès à la formation pour réinventer les métiers de l’accompagnement.

3 : Rompre l’isolement social et créer des liens humains autour des publics que nous accompagnons.

4 : Donner accès aux innovations d’Alenvi à tous les publics, quelles que soient leurs ressources.

5 : Co-construire en transparence des solutions pour transformer le secteur et contribuer au mouvement d’organisations au service du bien commun.

6 : Cultiver la sobriété et minimiser l’impact environnemental de nos actions.

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Portrait écrit par

Delphine Masson