Antoine Talva

Sociologue

Dans une société qui survalorise les filières scientifiques et les profils d’ingénieurs, les sciences humaines et sociales semblent de plus en plus séduire les entreprises et les institutions. Comment sont-elles utilisées et qu’apportent-elles ? La réponse avec les portraits de six experts

Les problèmes sociaux à la loupe

Antoine Talva pratique la sociologie appliquée à Lille dans un bureau d’études spécialisé en sciences humaines et sociales. Ses missions : mieux comprendre les us & coutumes des Français sur des sujets aussi variés que l’addiction aux drogues et les copropriétés.

Les études de sociologie n’ont pas forcément bonne presse. Les crédits de recherche alloués par l’Etat sont rares, les débouchés peu nombreux. Et pourtant, c’est la voie qu’a choisi Antoine Talva. Sans regrets. En septembre 2020, il a décroché un poste à Lille chez Sociotopie, atelier de sciences humaines et sociales appliqués travaillant essentiellement pour la sphère publique : collectivités, associations, fondations. 

Celui qui, Bac en poche, ne savait pas trop quoi faire, s’est laissé guidé par ses intérêts, à commencer par son envie d’être au contact des homme et d’aider – il a pensé un temps devenir éducateur spécialisé-. “J’avais aussi envie de comprendre le monde. A l’école, les sciences économiques et sociales m’avaient passionnées. Avec la sociologie, j’ai compris l’impact et l’influence de la société sur les hommes, j’ai analysé des pratiques ou des représentations qui ne sont rien d’autres que des constructions politiques. C’est très éclairant“, poursuit-il. Antoine Talva s’est également offert une autre école : le programme Erasmus et le voyage au long cours qui l’a conduit en Espagne et en Amérique du sud. Deux ans de pause pour reprendre un master en sociologie de l’environnement. “La question environnemental m’intéresse autant qu’elle m’angoisse, confit-il. Elle est aujourd’hui essentiellement abordée sous l’angle technique par des ingénieurs. Or, le sujet de la relation de l’Homme à son environnement est essentiel qu’on l’aborde sous l’angle de la résilience ou de la vulnérabilité“. Aujourd’hui, chez Sociotopie, Antoine Talva, 27 ans, collecte des données sociales, de manière scientifique et participative, dans le but de comprendre et d’expliquer différents problèmes sociaux. A l’heure actuelle, il planche par exemple sur l’addiction des jeunes au protoxyde d’azote , ce “gaz hilarant” que l’on trouve en vente libre, au rayon alimentaire, sous forme de cartouches pour siphons à Chantilly. “J’étudie les représentations, les usages ou encore les modes de consommation de cette substance pour le compte d l’Agence Régionale de Santé et de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies“, précise-t-il.

Autre mission pour ces mêmes commanditaires : l’évaluation d’une expérimentation de sevrage tabagique, basée sur l’écoute et l’empathie, menée par une infirmière auprès de fumeurs issus de milieux défavorisés. 

Antoine Talva travaille également sur le sujet des copropriétés pour la Fondation Abbé Pierre et la Fondation de France. “Il s’agit d’évaluer trois expérimentations menées en France auprès de petites copropriétés fragiles. L’idée étant de favoriser de meilleures relations entre les propriétaires de manière à ce qu’ils s’occupent de leur immeuble et l’entretiennent“.  Une grande variété de sujets donc qu’il étudie sur le terrain au contact des acteurs concernés. Il espère bientôt pouvoir mener d’autres missions en phase avec sa spécialité, l’environnement. Il a bon espoir. Si les bureaux d’étude en sociologie appliquée se comptent sur les doigts de la main, la prise en compte de ce sujet, abordé sous l’aspect sociétale et humain, a le vent en poupe.

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Portrait écrit par

Delphine Masson