La Coop des masques, une fabrique de masques, autonome et locale

Les nouveaux visages des COOP

En 2020, les Scop (Sociétés coopératives de production) et les Scic (Sociétés coopératives d'intérêt collectif) affichent de beaux scores : 67.200 emplois créés, en hausse de 6% sur un an. Et un chiffre d’affaires de 6,3 milliards d’euros, en croissance de 8%. Justice sociale, gouvernance partagée, ancrage territorial, leurs valeurs séduisent les citoyens. Qu’ils soient entrepreneurs, syndicalistes, militants, écologistes ou consommateurs éclairés, ils trouvent ici un nouveau levier d’action pour changer la société. Six d’entre elles, nouvellement créées, ont trouvé des solutions concrètes aux grands maux de notre époque dans des secteurs aussi différents que la santé publique, le ferroviaire, le textile et les télécoms. Elles s’appellent La Coop des masques, Telecoop, VirgoCoop, CoopCycle, Railcoop et CoopVenture. Voici leurs portraits.

C’est l’histoire d’une usine bretonne de fabrication de masques, délocalisée en Tunisie, et recrée en 2021 sous forme de coopérative par des syndicalistes, la Région et une foule de sociétaires. Une belle histoire.

En 2020, alors que le monde luttait contre la Covid 19, l’Union syndicale Solidaires des Côtes d’Armor apprenait, avec stupeur, que la France faisait face à une pénurie de masques. Et pour cause : en 2018, non loin de Saint Brieuc, un fabricant de masques, propriété du groupe Honeywell, avait été délocalisé en Tunisie, licenciant des salariés. Serait-il possible de relancer cette production ? L’intersyndicale se rapproche du Département des Côtes d’Armor et du Conseil régional de Bretagne qui charge Guy Hascoët d’étudier le dossier. Cet ex-conseiller régional, ancien secrétaire d’Etat à l’Economie solidaire du gouvernement Jospin, propose de créer une Société coopérative d’intérêt collectif (Scic) : ce statut va permettre de fédérer un vaste écosystème prêt à s’engager dans ce projet de santé publique bénéfique pour le territoire.

Collectivités locales, entreprises, mutuelles, syndicalistes, anciens salariés de l’usine, futurs clients…au total, 1800 sociétaires dont 1 700 citoyens vont se mobiliser pour donner naissance à la Coop des masques. Inaugurée officiellement le 22 janvier 2021, elle a, en huit mois, recueilli plus de 761 000 euros, et trouvé de nouveaux locaux, à Grâces, près de Guingamp, le groupe Honeywell ayant pris soin, en partant, de détruire les lignes de production de l’usine. Dotée d’un conseil d’administration collégial (citoyens, collectivités, usagers, employés et entreprises), la Scic, épaulée aujourd’hui par les banques, emploie 23 salariés, décisionnaires à hauteur de 25%, dont des handicapés et des chômeurs “longue durée”; Ils devraient être 40 fin 2021. De quoi satisfaire le besoin annuel, hors Covid, des professionnels bretons en masques FFP2 et chirurgicaux, avec 45 millions d’unités produites, le tout sans faire appel à la Chine pour le tissu filtrant. Une première en France. Des groupes de travail associant les sociétaires ont été créées autour de projets placés sous le signe du développement durable : fond de dotation de masques, recyclage des produits, conception de masques végétaux, déploiement de lignes de sur-blouses… “C’est un projet motivant et qui rassure car notre entreprise ne pourra, cette fois, être vendue”, explique Jessica Lebadezet, responsable communication de la Sic. Une belle histoire.

Portrait écrit par

Delphine Masson