Faguo

2020, c’est l’année des sociétés à mission. Ces entreprises se sont dotées d’une raison d’être et d’engagements sociaux et environnementaux inscrits dans leurs statuts. Elles défendent un projet collectif à impact positif et une autre vision du capitalisme. Portraits de six d’entre elles dans des secteurs aussi variés que la mode, l’assurance, le conseil, la finance, l’accompagnement des personnes âgées et l’aménagement de la maison.

La mode sans CO2

“La mode est l’une des industries les plus polluantes au monde mais nous n’allons pas finir tout nu. Nous devons nous habiller moins mais mieux”. C’est en partant de ce constat que deux étudiants d’école de commerce, Nicolas Rohr et Frédéric Mugnier, décident en 2009 de lancer Faguo, une marque de basket. La France est alors en plein débat sur la taxe carbone. Ils ont 23 ans. 

Aujourd’hui, Faguo (France en mandarin) est une marque de vêtement engagée proposant un vestiaire essentiellement masculin. Et, depuis janvier 2020, la toute première entreprise à mission du secteur de la mode. Il faut dire que depuis sa création les deux fondateurs ont les yeux rivés sur leurs émissions de CO2. Et l’envie, bien avant l’heure, de se doter d’une mission : engager leur génération dans la lutte contre le dérèglement climatique. 

Dans la foulée de Patagonia qu’ils admirent, les deux fondateurs cherchent ainsi, depuis douze ans, à diminuer leur impact sur l’environnement. Avec succès. “Depuis 2009, les émissions de CO2 d’une pièce Faguo moyenne ont baissé de près de 50%”, indique Nicolas Rohr.

Les bilans carbones guident leurs choix. “Les matières premières sont responsables de 50% de nos émissions. C’est le nerf de la guerre, explique Nicolas Rohr. C’est pourquoi 80% de nos produits sont aujourd’hui élaborés intégralement ou en partie avec des matières recyclées”. 

A chaque département émetteur de l’entreprise, ses mesures : déplacements des salariés à vélo, packaging 100% recyclé et recyclable, utilisation d’une énergie verte (Enercoop), bornes de recyclage des vêtements en boutique…En revanche, Faguo n’a pas cherché à produire localement. “Dans le textile, ce n’est pas le “made in” qui importe le plus mais le “made how, affirme Nicolas Rohr. Nos usines, basées en Asie et au Portugal, sont auditées et 40% de nos marchandises sont transportées par train”. Enfin, les émissions que la marque ne peut diminuer, elle les compense en plantant des arbres. 

Mesurer, réduire, compenser. Ce mode opératoire est aujourd’hui inscrit dans les statuts de l’entreprise. S’y ajoute deux engagements : être transparent sur la vie des produits et accompagner les clients vers des pratiques plus responsables. “Avant, cette mission était portée par moi et par mon associé, maintenant elle est de la responsabilité de chacun des salariés et elle est immuable”, commente, ravi, Nicolas Rohr. Ainsi, dans ses objectifs annuels, chaque salarié doit choisir chaque année une action permettant de réduire les émissions de CO2. Le responsable digital a, pour sa part, fait la chasse aux mails archivés particulièrement polluants. Une responsable de boutique a opté pour un robinet économiseur d’eau.

Côté accompagnement du client, la marque multiplie les initiatives : elle fait la pédagogie du CO2 en ligne et dans ses points de vente. Et elle propose à ses clients de venir en boutique réparer ou revendre leurs vêtements. “A terme, il y a aura une double comptabilité à avoir, l’une en euro, l’une en CO2, avec un quota annuel à ne pas dépasser, commente Nicolas Rohr. Nous souhaiterions que les consommateurs commencent à l’intégrer dans leur comportement d’achat”.   

En 2019, Faguo a également fédéré, le jour du Black Friday, 720 marques françaises dans un mouvement ponctuel Make Friday green again. Objectif : contrer cette opération commerciale favorisant la surconsommation en incitant, ce jour-là, le consommateur à faire le point sur ses besoins. “Globalement, nous ne faisons pas de promotion hors des périodes de solde et nous n’achetons pas des pages de publicité. On sensibilise à la petite cuillère plutôt qu’à la louche”, commente Nicolas Rohr dont l’entreprise affiche, avec 24 boutiques et 300 revendeurs,  13 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020.

L’entrepreneur revendique une autre vision de la croissance basée sur un développement qualifié de “doux” et de “sain”. “Eco-concevoir demande du temps et des investissements en R&D. Nous aurions pu doubler notre croissance mais nous souhaitons prendre le temps de bien faire à tous les niveaux”. Prochaine étape : la présentation sur les étiquettes de chaque produit de leur bilan carbone porpre et l’utilisation de nouvelles matières toujours moins émettrices de CO2.

Raison d’être : 

Engager notre génération contre le dérèglement climatique. 

Engagements :

1)  Mesurer nos émissions de CO2

2)  Réduire nos émissions de CO2

3)  Compenser nos émissions de CO2

4)  Être transparent sur la vie des produits

5)  Accompagner les clients sur des habitudes et modes d’habillements sains

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Portrait écrit par

Delphine Masson