Justine Vilgrain

Fondatrice de Certified Dyslexic et co-fondatrice de Braw Haus

Ils sont conférencier, consultant, responsable de mission handicap, entrepreneur, digital worker… et tous réussissent dans leur job. Pour eux, le handicap n’est pas un obstacle à leur épanouissement. Au contraire. Sans être des activistes forcenés, ils s’engagent tous à leur manière en faveur d’une société plus inclusive.

Fondatrice de Certified Dyslexic et co-fondatrice de Braw Haus

C’est depuis l’île grecque d’Antiparos où elle passe ce deuxième confinement, que Justine Vilgrain décroche volontiers son téléphone pour répondre à nos questions. Cette demie hellène se définit volontiers comme un digital nomad. Peu importe le lieu de travail, pourvu qu’on ait les idées. Et des idées Justine Vilgrain n’en manquent pas. C’est à elle que l’on doit le tampon digital mais aussi la version encré de “Certified Dyslexic” à apposer en fin de courrier, mail…. Objectif ? Prévenir ses interlocuteurs que non, les fautes de français jalonnant les messages, ne sont ni du je-m’en-foutisme, ni de la bêtise…. Mais tout simplement le fruit d’une belle dyslexie. Un sacré handicap qui n’a pas manqué de pourrir une partie de la scolarité de Justine Vilgrain. “le système scolaire français était confus pour moi. J’ai suis restée jusqu’en 4ème avant de partir en pension en Angleterre, où là, ma dyslexie a réellement été prise en charge. J’ai enfin reçu de l’aide“, se souvient-elle. Son bac artistique en poche, elle enchaine avec 4 années dans une fac américaine, avant de co-créer en 2018, son entreprise, Braw Haus, un studio de création de pub expérimentale et de contenu digital. “Au départ, avant d’envoyer un mail, je devais le faire relire par mon associé, mes amis, ma sœur… j’envoyais un message sur WhatsApp pour savoir qui était dispo dans la minute“, se souvient-elle. Une immense perte de temps et surtout beaucoup de frustration. Justine Vilgrain imagine donc un système de tampon visant à prévenir ses interlocuteurs de sa dyslexie. Sa boite, Certified Dyslexic voit ainsi le jour. “Ca redonne confiance aux gens concernés et ça leur permet d’avancer plus vite. Et ça commence faire son chemin. Total m’a par exemple contacté pour m’avertir qu’il recevait des CV estampillés « Certified Dyslexic »”, illustre-t-elle.

Lire aussi notre Focus sur le logo Certifié dyslexique

Mais pour défendre cette cause de la dyslexie, Justine Vilgrain voit beaucoup plus grand. Elle demande ainsi la reconnaissance de cette mention en tant que symbole officiel et gouvernemental afin de permettre aux personnes concernées de ne plus avoir à cacher leur handicap, comme elle a dû le faire par le passé. Entre courrier, mails…. Elle explore toutes les pistes pour faire bouger le gouvernement. Elle sait de source sûre que Jean-Michel Blanquer, le Ministre de l’Éducation, a vu son message mais rien ne bouge. Pas grave, Justine Vilgrain ne baisse pas la garde et s’émeut des retours des utilisateurs de ses tampons. Et les larmes lui montent aux yeux quand une femme lui avoue avoir caché sa dyslexie pendant près de 60 ans mais que désormais, elle assume. Justine Vilgrain assume également totalement “le fait de réfléchir et penser différemment“.  Au point que si elle avait une baquette magique, elle ne ferait pas disparaitre sa dyslexie.

Portrait écrit par

Sylvie Laidet