Olivier Wathelet

Anthropologue

Dans une société qui survalorise les filières scientifiques et les profils d’ingénieurs, les sciences humaines et sociales semblent de plus en plus séduire les entreprises et les institutions. Comment sont-elles utilisées et qu’apportent-elles ? La réponse avec les portraits de six experts

L’innovation oui mais centrée utilisateur

Olivier Wathelet est docteur en anthropologie diplômé de l’université de Nice-Sophia Antipolis. Très vite, il a mis son expertise au service des démarches d’innovation des entreprises. Pour lui, l’anthropologie est d’abord une pratique qui s’exerce sur le terrain.

Olivier Wathelet se souvient avoir été marqué par “La pensée sauvage” découvert à un âge propice aux questionnements. “Cet essai de Lévi-Strauss m’a poussé à entreprendre des études d’anthropologie“, explique-t-il. Une note de bas de page, dans un texte de Dan Sperber, chercheur en sciences sociales et cognitives, a fait le reste. Elle pointait le paradoxe des odeurs, objet émotionnel et subjectif, qui s’inscrit toutefois dans un tronc commun et culturel partagé. “J’ai eu envie de creuser ce sujet dans le cadre d’une thèse pour laquelle j’ai bénéficié d’un financement du ministère de la recherche“, poursuit-il.  La voie royale. Son sujet “la transmission familiale des savoirs et savoir-faire olfactifs en France” va le conduire dans des colloques organisés par l’industrie agro-alimentaire. “J’ai réalisé que mes travaux de recherche intéressaient l’entreprise“, explique-t-il. Attiré par la culture matérielle et le design, il va en 2008 s’orienter vers l’anthropologie dite appliquée ou impliquée. Il intervient à l’institut Paul Bocuse, son premier employeur non universitaire, puis chez SEB. Le fabricant de petit électroménager et d’articles culinaires va même créer, pour lui, le poste de chef de projet innovation-anthropologue qu’il occupera de 2011 à 2015. 

Aujourd’hui, indépendant, Olivier Wathelet se définit comme un anthropologue travaillant au service de la transformation des usages.  “Mes clients sont en quête d’innovations centrées sur l’utilisateur. Je les aide à mieux comprendre les usages et les usagers, je mène des enquêtes sur le terrain, je traduis les informations recueillies en recommandations concrètes et je les teste“, détaille-t-il.  Sa structure baptisée Users Matter accompagne, à l’heure actuelle, une entreprise de l’agro-alimentaire sur les enjeux de la transition alimentaire et la région du Grand-est dans sa démarche d’innovation.

Enseignant en école de commerce et de design, Olivier Wathelet, 39 ans, a également co-fondé Making Tomorrow, une structure pratiquant la prospective immersive par le design. “Nous rendons tangibles des versions imaginées de futurs alternatifs pour stimuler la réflexion, tester et concevoir de nouveaux produits“, précise-t-il. Making Tomorrow travaille, par ailleurs, pour la Red team du Ministère des Armées, ce groupe d’auteurs et de scénaristes de science-fiction appelés à plancher sur les conflits de demain. 

Et l’anthropologie dans tout cela ? “Dans le domaine de l’innovation, tout ce que fait l’anthropologie, d’autres disciplines le font aujourd’hui, mais de manière standardisée. Mon bagage me permet de faire du sur-mesure en construisant, si besoin, de nouvelles méthodes. Je vais également faire preuve d’empathie. L’anthropologue aide ses interlocuteurs à exprimer clairement leur point de vue de manière à recueillir les meilleures informations possibles“, explique-t-il. Reste que l’entreprise n’a pas vocation, selon lui, à embaucher un anthropologue, mais un chef de projet, un designer ou un responsable d’étude formé à l’anthropologie. Plusieurs écoles cherchent d’ailleurs aujourd’hui à enseigner cette discipline qui apporte un vrai plus aux démarches d’innovation. Et qui rappelle que l’anthropologie est née historiquement sur le terrain. Une pratique avant tout. 

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Portrait écrit par

Delphine Masson