Amélie Fenzy

Fondatrice de Valeurs & Valeur

Ils s’appellent Premier lien, Scrum Master ou encore coach agile mais que font-ils au juste ? La réponse avec cette série sur les métiers de l’intelligence collective vus par ceux qui les pratiquent, au quotidien, en entreprises.

Experte en recrutement collaboratif. 

A 39 ans, Amélie Fenzy pratique le recrutement collaboratif depuis deux ans. Fondatrice d’un cabinet expert en nouveaux modes de travail, elle croit en la force du groupe pour concilier au mieux épanouissement et performance en entreprise. 

L’agence lilloise Valeurs & Valeur pratique le recrutement collaboratif depuis deux ans. A sa tête, Amélie Fenzy, 39 ans. Diplômée d’une école de commerce, elle a travaillé sept ans chez Lu (groupe Danone) avant de changer de voie : “J’étais category manager mais, au fil du temps, j’ai réalisé qu’augmenter la part de marché des biscuits apéritifs n’avait pas de sens pour moi“. Elle intègre alors des cabinets de management et de recrutement portée par ce qu’elle avait préféré chez Danone : la formation des commerciaux. “Ce qui m’anime depuis longtemps c’est comment chacun, à sa manière, peut servir la performance collective“, précise-t-elle. A Lille, où elle suit son mari, elle persiste et signe dans un cabinet de recrutement. Et à la naissance de son troisième enfant, elle se lance. “C’était le moment de prendre la parole sur le marché avec ma propre structure et ma vision du marché. J’ai toujours eu envie de créer”, confie-t-elle.

Lancé en 2014, Valeurs&Valeur se présente comme un cabinet expert en nouveaux modes de travail. “Nous misons sur l’intelligence collective pour concilier valeurs personnelles des collaborateurs et valeur de l’entreprise. Nos solutions portent sur la qualité de vie au travail, l’engagement des salariés ou encore les problématiques intergénérationnelles”, résume Amélie Fenzy.

En matière de recrutement, elle fait un double constat. D’un côté, les candidats, en quête d’épanouissement au travail, veulent connaître l’environnement dans lequel ils vont évoluer. De l’autre, recruter n’est pas facile. “Il est compliqué de valider en une heure d’entretien face à face l’adéquation d’un candidat avec les valeurs d’une entreprise. La greffe, souvent, ne prend pas“, ajoute Amélie Fenzy. D’où l’idée d’innover.

En 2018, elle va tester, avec succès, le recrutement collaboratif sur sa propre structure puis chez différents clients dont Décathlon. Un adepte. “Il a recruté un magasin entier selon ce procédé”, explique Amélie Fenzy.

Le recrutement collaboratif part des besoins du recruteur. Ceux de la direction, mais aussi ceux des équipes opérationnelles appelées à travailler au quotidien avec la personne recherchée.

Tout commence par la constitution d’une équipe projet représentative de l’entreprise, de 3 à 8 personnes. Charge à elle de définir clairement les attentes quant aux missions, compétences, expertises et valeurs du futur salarié. “Nous allons alors sélectionner 3 à 5 candidats puis organiser une rencontre avec l’ensemble de l’équipe”, raconte Amélie Fenzy. 

Au programme, des jeux, des échanges, des exercices sur quelques heures ou, si besoin, sur toute une journée. Chacun met en avant l’un ou les critères d’embauche définis au préalable. Il sera demandé aux équipes, par exemple, de raconter une expérience professionnelle réussie et au candidat de pointer, en retour, les points forts énoncés. Objectif : apprécier l’esprit de synthèse du postulant comme ses capacités à écouter et à valoriser un salarié. Des jeux de ballon en diront beaucoup sur l’attitude d’une personne, son besoin de réfléchir avant d’agir ou sa capacité à réajuster ses actions en cours de route. Enfin, des mises en situation permettront de tester les aptitudes managériales des uns ou les techniques commerciales des autres. 

Le choix du candidat se fera, dans la foulée et à l’unanimité, avec l’équipe projet de l’entreprise. “Les échanges peuvent être assez vifs, explique Amélie Fenzy.  Celui qui n’est pas d’accord doit prouver en quoi le candidat choisi ne correspond pas aux critères établis par le groupe. Si besoin, ils seront affinés ou revus mais toujours avec l’accord du collectif”.  

Le recrutement collaboratif présente, selon elle, plusieurs avantages. “Il permet de sortir d’une vision individualiste et d’éviter des choix subjectifs décorrélés de la stratégie de l’entreprise”. Il réduit également le temps d’intégration : “Ceux qui l’ont testé expliquent connaître déjà le nouvel embauché à son arrivée, explique Amélie Fenzy. Pas besoin pour lui de trouver sa place, ni de faire ses preuves. Il a déjà la confiance de tous“.

Le candidat, lui-aussi, semble satisfait même s’il n’a pas été retenu. “Nous sommes loin de l’entretien collectif où les postulants sont mis en compétition. Nous cherchons à créer un état d’esprit bienveillant et positif, une expérience au cours de laquelle le bon candidat va finir par émerger, comme une évidence, aux yeux de tous”, explique Amélie Fenzy. Et d’ajouter : il n’est pas rare que des amitiés naissent de ces moments d’échange. “Le candidat non retenu aura appris à se connaître et gardera une bonne image de l’entreprise. C’est aussi intéressant pour la marque employeur”. Reste que le recrutement collaboratif bouleverse les pratiques et les prérogatives des directions et des services des ressources humaines habitués à choisir en solo sans se justifier. “Il y a un sentiment de perte de pouvoir et de contrôle qui empêche beaucoup d’entreprises de franchir le pas“, explique Amélie Fenzy. C’est pourquoi Valeurs&Valeur propose une alternative : le recrutement participatif. Cette fois, le groupe donne son avis et la direction décide. La nuance sécurise. “A la commande, nos clients choisissent pour moitié le collaboratif et pour moitié le participatif, mais au final, 90% optent pour la décision collaborative, indique Amélie Fenzy. Le process que nous avons mis en place les rassure sur l’aptitude du groupe à faire le bon choix“. A qui le tour ?

Portrait écrit par

Delphine Masson