Béatrice Kreng

Coach Agile

Ils s’appellent Premier lien, Scrum Master ou encore coach agile mais que font-ils au juste ? La réponse avec cette série sur les métiers de l’intelligence collective vus par ceux qui les pratiquent, au quotidien, en entreprises.

Coach Agile

Formée au code et à la conception de logiciel, Béatrice Kreng a délaissé la programmation pour devenir coach agile. Depuis, elle favorise, au sein des entreprises, les initiatives collaboratives et de co-construction. Une expertise qui n’est pas toujours comprise ni facile à mettre en œuvre. 

A 34 ans, Béatrice Kreng est coach agile chez Maisons du Monde, une entreprise d’ameublement et d’articles de décoration implantée à Nantes. Titulaire du Master MIAGE, spécialisé en ingénierie logicielle pour le web, elle a découvert son métier en intégrant le département informatique d’Orange : il essayait alors, depuis près d’un an, un cadre de travail collaboratif dit Scrum. 

Tout en travaillant sur SOFT, un logiciel de prise de commande, je m’intéressais à cette nouvelle organisation du travail. Je posais des questions, j’échangeais avec mes responsables, se souvient-elle. D’un côté il s’agissait de débloquer des bugs informatiques et de l’autre de débloquer des situations humaines. J’étais conquise par l’efficacité de cette démarche qui considère l’expertise et l’expérience de chacun pour bâtir un projet commun“. 

Son intérêt est remarqué par ses supérieurs : ils lui proposent d’être Scrum Master en interne. Ses nouvelles missions : aider les équipes à s’approprier la culture et les pratiques agiles, faciliter le travail de groupe, favoriser les initiatives de collaboration, insuffler la culture d’amélioration continue, animer les réunions, gérer les situations délicates…

Cette première expérience m’a fait humainement grandir. Elle m’a aussi montré combien il n’est pas facile d’être coach agile en entreprise“, confie-t-elle.

Béatrice Kreng a dû, en effet, découvrir et comprendre les mécanismes relationnels à l’œuvre chez elle mais aussi chez les autres. Trop investie dans un travail qui était alors toute sa vie,  elle a touché ses propres limites et celles du travail collaboratif : “l’agilité favorise la libération de la parole constructive ; le feedback devient naturel. Cependant il faut apprendre à communiquer. Certains ne sont pas habitués à s’exprimer en réunion devant un groupe. D’autres ne sont pas prêts à recevoir et à accepter les critiques. Or, les qualités des échanges, sous-estimés en entreprise, sont primordiales pour travailler ensemble”. 

Elle est toutefois convaincue de son choix : délaisser le code informatique pour se consacrer au développement humain. En 2017, une occasion se présente : rejoindre le “pôle agile et amélioration continue” d’Orange. Cette fois, il ne s’agit plus d’être un Scrum Master, attaché à une équipe, mais de devenir un coach agile, c’est à dire un expert en intelligence collective capable d’accompagner un groupe, un service ou une organisation. 

Les questions de pouvoir et de territoire, inhérentes aux grands groupes, vont la pousser vers d’autres horizons. Elle se met en quête d’une structure à taille humaine adepte de l’entreprise libérée. Et repère Aneo. Ce cabinet conseil, spécialisé dans la diffusion de nouvelles pratiques managériales, mise sur l’intraprenariat, la créativité et le collaboratif. Doté d’une organisation plate à gouvernance plate, il  cherche à créer un écosystème responsabilisant a instauré des bonus collectifs. Chez eux, elle va intervenir chez BNP Paribas assurant du coaching d’équipe, du coaching organisationnel et du coaching individuel. “J’ai découvert le travail d’équipes avec différents coachs et j’ai pu affiner ma vision du métier“, poursuit-elle. Certaines pratiques la choquent : “J’ai vu certains coachs qui pensaient avoir déjà tout appris alors que nous prônons l’apprentissage et l’amélioration continue et que chaque contexte a ses particularités. D’autres se contentaient de déployer des méthodes en donnant des ordres alors que notre rôle consiste à accompagner les personnes à s’approprier, par elle-même, la culture agile pour in fine leur permettre d’être autonome”. 

A Nantes, où elle décide de s’installer pour gagner en qualité de vie,  elle va peiner à trouver des missions qui correspondent à ses attentes. “Certaines structures considèrent que le coach agile est un consultant comme un autre. Or, loin d’une simple posture d’exécutant, son rôle est de remettre en question une organisation et sa manière de fonctionner”, précise-t-elle. 

C’est alors que Maisons du Monde la démarche. Elle hésite. Pour elle, être coach agile nécessite d’avoir une position extérieure à l’entreprise : cela facilite la prise de recul. Elle est toutefois séduite par l’état d’esprit et l’envie de ce groupe de s’améliorer en continu. Aujourd’hui elle apprécie ses missions qu’elle résume en trois mots sur sa carte de visite : agilité, émotions et collaboration. Elle accompagne, entre autres, une équipe du service informatique à adopter le cadre de travail Scrum. Et elle favorise la communication et la collaboration entre les équipes en misant sur différents outils dont le management visuel. Son projet : devenir coach professionnel pour toujours mieux appréhender une expertise qui pousse chacun à évoluer et se remettre en question.

Portrait écrit par

Delphine Masson