Olivier Ledru

Scrum Master

Ils s’appellent Premier lien, Scrum Master ou encore coach agile mais que font-ils au juste ? La réponse avec cette série sur les métiers de l’intelligence collective vus par ceux qui les pratiquent, au quotidien, en entreprises.

Scrum Master

Sa curiosité, son goût pour la lecture et ses envies d’amélioration continue ont fait d’Olivier Ledru un Scrum Master. Portrait d’un passionné, en formation permanente, dont la mission est de faire grandir des équipes autonomes, auto-organisées et pluridisciplinaires. 

Tout a commencé en 2010. Olivier Ledru, ingénieur en informatique et électronique travaille pour la banque en ligne de la Caisse des Dépôts et Consignations. “J’ai alors ressenti que la qualité de notre travail était perfectible, raconte-t-il. J’avais lu des articles sur la méthode Scrum et ses avantages : devenir plus rapide, plus créatif, plus efficace. J’avais très envie d’essayer”. Il obtient l’accord de sa hiérarchie pour tester la méthode. L’expérience est concluante : le logiciel, ainsi conçu, fonctionne mieux. De quoi éveiller l’intérêt de sa direction qui lui demande de former d’autres salariés à cette nouvelle organisation du travail.

Aujourd’hui, Olivier Ledru continue de porter la bonne parole au sein de son entreprise mais aussi à l’extérieur dans diverses conférences. Il est l’un des huit français détenteur de la licence de « professionnal scrum trainer ». Elle est délivrée par Scrum.org, un organisme de formation créé par  Ken Schwaber, co-fondateur avec Jeff Sutherland d’un cadre de travail ou groupe de pratiques baptisé Scrum. Les deux informaticiens américains se sont inspirés des réflexions de deux japonais, auteurs d’un article paru en 1986 (« the new product developement game ») dans lequel ils comparaient des méthodes de développement de produits, plus flexibles et plus rapides, au rugby à XV : l’équipe au travail avance de concert toujours prête à réorienter le projet au fur-et-à-mesure de sa progression, tel un ballon de rugby passant de main en main jusqu’à franchir la ligne. L’appellation Scrum (mêlée en anglais) était née. 

Les deux américains sont allés plus loin. En février 2001, ils cogitent avec 15 autres experts en informatique et management et rédigent un texte qui fait, aujourd’hui encore, référence : le Manifeste agile pour le développement de logiciels. “Réunis lors d’un week-end à la montagne ils ont posé les fondements de l’agilité en une page, recto verso, quatre valeurs et douze principes”, raconte Olivier Ledru.

Parmi les valeurs, le Manifeste préconise, entre autres, de privilégier les individus et les interactions plutôt que les processus et les outils. “L’objectif est d’obtenir le fameux 1 + 1 = 3, commente Olivier Ledru.  Et c’est par la qualité des échanges et des débats qu’il s’atteint”. Le Manifeste conseille également de miser sur l’adaptation au changement plutôt que sur l’exécution d’un plan ; ou encore sur la collaboration avec les clients plutôt que sur la négociation contractuelle. Les principes  reviennent, quant à eux, sur lesmodalités d’action : l’importance de travailler ensemble quotidiennement tout au long du projet, de communiquer en face à face plutôt que par mail ou encore de réfléchir à intervalles réguliers sur les moyens possibles d’être plus efficaces.

“Plusieurs méthodes agiles s’inspirent de ce manifeste, mais le Scrum reste à ce jour la plus utilisée”, commente Olivier Ledru.

Le cadre Scrum attribue également des rôles dont celui de Scrum Master. “C’est un guide qui forme aux méthodes agiles et qui pousse des équipes auto-organisées et pluridisciplinaires à s’améliorer”, résume Olivier Ledru. Pas facile cependant à mettre en oeuvre. “La méthode Scrum fixe un cadre mais ne dit pas comment faire, poursuit-il. En disant aux équipes, faites-ci ou faites-ça, on retombe dans la vision de l’entreprise du 20ème siècle : un chef qui dicte ce qu’il faut faire. Or l’autonomie et l’auto-organisation sont à la base de la méthode”.

Pour passer de la théorie à la pratique, Olivier Ledru a donc repris le chemin de la formation. “Je suis devenu coach professionnel en passant la certification de l’ICF-Associate Certified Coach. J’ai pu ainsi travailler ma posture et acquérir les outils et compétences nécessaires”.

En bon pédagogue et grand sportif – il est notamment professeur d’Aïkido – , Olivier Ledru use d’anecdotes, d’images et de comparaisons pour illustrer ses propos. “Le Scrum master ressemble à l’entraîneur d’une équipe sportive qui pousse son équipe à jouer en départementale, régionale, nationale puis à l’international. On n’imagine à aucun moment qu’elle pourrait le faire seule. Les meilleures équipes ont les meilleurs coachs”. 

Aujourd’hui, il continue de lire et de se former. “Mon métier nécessite, selon moi, un apprentissage permanent”, précise-t-il. Ses dernières lectures porte sur l’analyse transactionnelle, la sûreté psychologique ou le management « radical ». Quant à sa dernière formation, elle avait trait au leadership agile. Ou comment embarquer les managers dans une entreprise qui souhaite, comme la sienne, devenir agile bien au-delà du département informatique.

Pas facile. “La  plupart des salariés ont une relation névrotique à la hiérarchie. Habitués à avoir un papa, une maîtresse, un chef et à recevoir des ordres, ils ont du mal à agir en adulte autonome dans des équipes auto-organisées”, explique-t-il. Côté managers, ce n’est guère mieux. « Ils peinent à abandonner leur posture de chef contrôlant. Sans elle, ils ont l’impression de ne plus servir à rien. Or l’entreprise agile a encore besoin de managers,  mais de managers qui donnent le pouvoir aux équipes », résume-t-il.D’où la nécessité d’avancer avec pédagogie, savoir-faire, persévérance et tact. Un travail de tous les instants.

Portrait écrit par

Delphine Masson