Olivier Pastor

Expert en gouvernance partagée

Ils s’appellent Premier lien, Scrum Master ou encore coach agile mais que font-ils au juste ? La réponse avec cette série sur les métiers de l’intelligence collective vus par ceux qui les pratiquent, au quotidien, en entreprises.

Expert en gouvernance partagée  

Co-fondateur de l’Université du Nous, Olivier Pastor accompagne les entreprises et les élus à faire évoluer leurs pratiques du pouvoir. Avec une conviction : la résolution des problématiques actuelles, qu’elles soient économiques, environnementales ou sociales, passe forcément par une plus grande capacité des êtres vivants à coopérer.

Ni sa formation en électronique, ni ses études de commerce à Grenoble, ni son début de carrière comme directeur commercial d’une PME spécialisée dans l’assistance technique ne le prédestinaient à devenir expert en  gouvernance partagée.  “C’est la paternité qui m’a conduit sur le chemin de l’intelligence collective”, raconte ce père de trois enfants. “Les pleurs du nouveau né m’ont ouvert tout un champ de réflexion sur l’accueil des émotions, je me suis intéressé à la méthode Gordon, à la communication non violente. J’ai repensé les choses en matière d’alimentation, de déplacement, d’énergie, j’ai revu ma relation aux autres et au monde”.  De nouvelles approches qu’il ne pouvait déployer au sein de son entreprise. “Je faisais le grand écart entre vie personnelle et professionnelle. C’était inconfortable”.

En 2010, une invitation va changer la donne : il participe sur l’île de la Réunion à l’Université d’été du Nous où il rencontre un collectif citoyen fonctionnant sur une logique de relation d’équivalence au pouvoir.  Une révélation. L’année suivante, il cofonde l’Université du Nous à Chambéry où il réside. Son envie : expérimenter la gouvernance partagée pour mieux pouvoir l’enseigner et la déployer. Au programme, notamment, des formations grand public à des techniques issues de la sociocratie, le fonctionnement en cercle, notamment, et la prise de décision par consentement. Les acteurs de la transition écologique sont les premiers à s’y intéresser, du mouvement Colibris à Enercoop. Mais à partir de 2015, la démarche trouve un écho favorable en entreprise. “Le sujet était confidentiel jusqu’à la diffusion sur Arte en 2015 d’un documentaire sur le bien-être au travail qui a battu tous les records d’audience, raconte Olivier Pastor. Avec la sortie des ouvrages de Frédéric Laloux (Reinventing Organizations) et d’Isaac Getz (L’entreprise libérée), il n’a fait que prendre de l’ampleur”. 

Aujourd’hui, Olivier Pastor, 45 ans, est toujours aussi passionné par ce sujet qui associe épanouissement individuel, croissance de l’organisation et transformation de la société. “Je reste convaincu que la résolution des problématiques actuelles, qu’elles soient économiques ou sociales, passe par une plus grande capacité des êtres vivants à coopérer”, précise-t-il.

Il a quitté l’Université du Nous pour accompagner des entreprises, des institutions ou des collectivités locales souhaitant travailler autrement tout en oeuvrant pour la transition écologique. Parmi elles, Danone Communities, l’Agence Française de développement ou l’ONG Surfrider Foundation.

Pour elles, il s’agit de quitter la traditionnelle structure pyramidale, centralisée et “silotée”, pour aller vers un mode de gouvernance redistribuant l’autorité. Ce qui passe par la confiance et par des conditions d’engagement et de co-responsabilité des individus. 

Comment faire ? “Il n’y a pas de recettes toutes faites. Surtout pas, précise Olivier Pastor. Ma démarche consiste à amener les organisations à trouver par elles-mêmes des modalités de fonctionnement qui leur conviennent et répondent à leur finalité et à leur culture”.

Une affaire, selon lui, d’équilibre. “Les organisations qui cherchent à déployer la gouvernance partagée commencent souvent par supprimer les postes de manager intermédiaires, ce qui fait place à des fonctionnements chaotiques où l’on ne sait plus qui décide de quoi. Les nouvelles organisations ont aussi besoin de champs d’autorité. Quand j’interviens en entreprise je cherche ainsi au début à introduire de l’horizontalité puis assez rapidement ma mission consiste à aider le management à trouer l’équilibre dans une nécessaire verticalité”. 

Pour ce faire, il s’appuie souvent sur un cercle de pilotage composé des différents publics de l’entreprise et sur un groupe de facilitateurs mobilisables en fonction des besoins (sensibilisation des équipes, animation de réunions…). 

Depuis la crise du Covid-19,  les organisations sont plus que jamais en quête de sens. Il ne chôme pas. Il intervient, en tant que formateur, à l’Institut des Futurs souhaitables et travaille pour des élus. “J’ai été très impliqué cette année dans le municipalisme, ce mouvement qui a vu des “listes citoyennes” éclore pour les municipales avec des modes de construction inhabituels : élections sans candidat, tirage au sort, listes sans programme prédéfini…”. Le questionnaire du philosophe et sociologue Bruno Latour, publié le 30 mars dans AOC (1), lui a paru avant l’été un formidable outil pour penser un monde d’après à la hauteur des enjeux. Il n’en oublie pas pour autant l’importance du temps présent : “arrêtons-nous quelques instants sur la diversité des manières dont nous sommes traversés par la crise, conclut-il, car c’est à partir de là où nous sommes, pas à pas, que se construit le monde d’après”.

Portrait écrit par

Delphine Masson