Fanny Thomas

Facilitatrice graphique

Ils s’appellent Premier lien, Scrum Master ou encore coach agile mais que font-ils au juste ? La réponse avec cette série sur les métiers de l’intelligence collective vus par ceux qui les pratiquent, au quotidien, en entreprises.

Facilitatrice graphique

Fanny Thomas manie le crayon et l’art de la synthèse pour animer des ateliers de co-construction à l’aide d’une fresque murale associant mots, illustrations et connecteurs logiques. Un métier pas toujours compris dont elle fait la pédagogie auprès des entreprises. 

Fanny Thomas, 32 ans, est facilitatrice graphique. Elle a commencé par animer de manière visuelle des ateliers de co-création sans savoir que cette activité portait un nom. 

Son parcours l’a mise sur la voie de la pensée visuelle. Après un BTS design de produits où elle a acquis les bases du dessin, elle s’est formée à l’architecture et au dessin technique puis au design thinking en terminant ses études par un Master en design « innovation et société » obtenu à l’Université de Nîmes. 

“J’ai appris à manier et à développer des procédés d’intelligence collective de manière à concevoir des produits pour et avec les utilisateurs. L’animation de ce type d’ateliers collaboratifs m’a emballée. J’ai voulu en faire mon métier”, explique Fanny Thomas.  

Après une première expérience professionnelle de graphiste web, elle décide, pour l’exercer, de créer sa propre structure à Montpellier où elle réside. Avec sa mère, à la tête d’un cabinet de psychologie du travail, elle développe des offres et se rapproche des services ressources humaines des entreprises. C’est alors qu’elle entend parler du métier de “facilitateur” et plus précisément de celui de “facilitateur graphique” : une expertise alors enseignée chez Formapart par Delphine Baudu dont elle va suivre les enseignements.

Elle s’avère douée. “Le dessin est le langage naturel du designer et l’animation d’atelier avec des techniques comme le “forum ouvert” ou le “world café” sont très utilisés en design thinking. Allier les deux coulait de source”, raconte-t-elle. 

Reste que la facilitation graphique est un métier difficile et exigent. “Il faut beaucoup de pratique. Au début, j’ai fait de nombreuses interventions gratuites pour m’entraîner puis, très vite, les demandes se sont multipliées”, ajoute Fanny Thomas.

En quoi consiste-t-il ? “Le facilitateur.rice graphique représente de manière visuelle et ludique de l’information en captant l’attention d’un public. Les messages passent plus efficacement”, résume Fanny Thomas. 

En général, Fanny Thomas intervient auprès d’un groupe d’une quinzaine de personnes maximum. Elle connaît, au préalable, les objectifs de la réunion et les enjeux de son client. Sur une longue feuille posée sur un mur, elle reporte les paroles et pensées des participants au fur et à mesure qu’ils sont énoncés. “Je structure et organise les propos et m’assure que ce que j’ai retranscris correspond bien à ce qui a été dit. Cela favorise la compréhension de tous. Cela permet également de pousser la réflexion, d’affiner les points de vue, de clarifier les idées et d’offrir in fine une synthèse et une vision globale des échanges”, détaille Fanny Thomas. La fresque est composée de textes (mots-clés, sous-titre, courtes phrases), de signes (flèches, puces, cadres, numéros, connecteurs logiques…) et d’illustrations (graphiques, pictogrammes…).

A la fin de la réunion, Fanny la prend en photo, la retouche et la renvoie en format numérique au client qui la communique aux participants. 

“Les études montrent que nous retenons 10% de ce que nous entendons, 20% de ce que nous lisons et 80% de ce que nous voyons quand 90% de l’information transmise à notre cerveau est visuelle”, explique Fanny Thomas. “C’est un compte-rendu très efficace pour partager une vision collective et favoriser la mémorisation des messages”.

Reste que la facilitation graphique est encore peu connue et peu comprise des entreprises. “Facturée de 1500 à 2000 euros la journée, elle est souvent jugée trop onéreuse, confie Fanny Thomas. Or c’est un métier complexe qui demande de grandes capacités d’écoute et de synthèse et une vraie gymnastique de l’esprit et de la main”. 

Aujourd’hui, le nombre de facilitateurs graphiques ne cesse de croître, mais ils ne sont en France, selon Fanny Thomas, qu’une petite cinquantaine à pouvoir s’y consacrer à temps plein. L’animation d’ateliers ne représente par ailleurs qu’une faible partie de leur activité. La plupart des demandes concernent en effet des missions de “graphic recorder”, soit de la retranscription visuelle sur scène de propos tenus lors de conférences et de séminaires. 

Avec l’épisode Covid-19 et l’arrêt temporaire des réunions de groupe c’est une autre activité que Fanny Thomas a développé : des vidéos explicative (motion design) où le dessin accompagne un message en voix off. 

Des expertises utiles pour capter l’attention et faire passer des messages, mais où il n’est plus question d’échange, de co-création et de co-construction. D’où l’intérêt de continuer à faire la pédagogie de la facilitation graphique appliquée à l’intelligence collective comme elle le fait à la Maison du management via des modules de formation donnés, depuis quelques mois, aux adhérents.

Portrait écrit par

Delphine Masson