Pourquoi l’oralité gagne du terrain, y compris en entreprise ?

La France cultivait le culte de l’écrit… jusqu’en mars 2020, où là, shut down dans les entreprises. Passée la sidération, les échanges en visio prennent le pas sur l’écrit, le nombre de messages vocaux explose… Le pouvoir de la voix s’impose. 

La France cultivait le culte de l’écrit… jusqu’en mars 2020, où là, shut down dans les entreprises. Passée la sidération, les échanges en visio prennent le pas sur l’écrit, le nombre de messages vocaux explose… Le pouvoir de la voix s’impose. 

Davantage d’oral dans le monde professionnel car les Gafam y poussent

Cela vous aura sans doute échappé mais depuis l’hiver 2017, on n’effectue plus les recherches sur le web de la même façon qu’avant. Et pour cause, Google et consorts ont à ce moment-là dégainées leurs enceintes connectées et enclenché le règne du « voice commerce ». « A l’écrit, on couche en moyenne 37 mots par minute. Sur un clavier, environ 80 mots. Et à l’oral, on prononce entre 170 et 200 mots à la minute. Mécaniquement en vocalisant le web, on double le volume échanges simultanés », illustre Anne-Marie de Couvreur, dirigeante de Mediameeting. Plus d’échanges donc plus de trafic, et plus de ventes. Et ce « voice commerce » se répercute indirectement sur le monde de l’entreprise. « Comment voulez-vous manager par mail des collaborateurs qui font leurs courses par la voix », ajoute-t-elle. Et nous voilà de plein pied dans l’ère du « voice management ».

L’oralité est la mieux adaptée aux situations complexes

On l’a vu avec la crise de la covid et des millions de salariés contraints de télétravailler pendant de longs mois, l’oral n’a jamais été aussi présent dans les échanges. Un coup de téléphone valait mieux qu’un long mail. « Le débit de parole permet de faire passer plus d’infos sur un temps réduit qu’un écrit. Et puis, l’oralité permet de gérer l’impermanence. A savoir que ce qui est valable aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain. Échanger par oral permet de se corriger plus facilement, de nuancer… ses propos », ajoute-t-elle. Sans oublier qu’au-delà des mots, la voix transmet des émotions, des attitudes… indétectables dans un écrit. Au début des confinements, le seul moyen de prendre le pouls d’une équipe était de lui parler. D’écouter les collaborateurs pour déceler leurs doutes, leurs craintes, leur vécu… « L’oral humanise le digital. Cela apporte du souffle et de la vie. A travers les mots mais aussi les silences, les hésitations, les intonations… on sent l’humeur du jour de son interlocuteur », insiste Anne-Marie Couvreur, également fondatrice de AirZen Radio (qui a émis pour la première fois le 12 octobre dernier). Et puis, l’oral, contrairement à l’écrit, permet à tout un chacun de s’exprimer, d’être valorisé. Y compris pour les collaborateurs moins à l’aise à l’écrit. «J’aime parler de démocratie de l’oral », plaide notre experte.

L’oralité sous toutes ses formes au boulot

Au quotidien, l’oralité se matérialise lors de face à face (en présentiel ou à distance) entre les acteurs du monde professionnel. Mais pas seulement. Les podcasts d’information corporate sont de plus en plus nombreux. « Les web radio internes gagnent également du terrain. Chez Intermarché par exemple, tous les jours, une matinale de 3 heures accompagne les collaborateurs qui assurent la mise en rayon en magasin. On voit aussi apparaître des émissions de dialogue direct entre les dirigeants et les corps sociaux de l’entreprise ou des communautés d’intérêt », illustre Anne-Marie Couvreur. Les groupes WhatsApp internes qui donnent la possibilité de mixer les messages vocaux et écrits font également un tabac dans les boites. « Les managers ont de moins en moins peur de l’oral. Voire, ils y prennent goût, notamment pour améliorer leur management de proximité…  à distance», observe-t-elle. Les formations à la prise de parole en public, à l’art oratoire… n’ont jamais été aussi demandées par les collaborateurs. On trouve même des entreprises comme Orange, L’Oréal… pour organiser des concours d’éloquence internes. Et pas question de les réserver à quelques happy few mais au contraire d’inviter un maximum de salariés à y participer. Savoir s’exprimer à l’oral est devenue une compétence capitale pour être en capacité de négocier, de communiquer et de se faire entendre.