Le CV traditionnel est-il vraiment voué à disparaître ?

S’il a certainement accusé une baisse de popularité, il demeure encore un incontournable dans la recherche d’emploi. La faute à des remplaçants pas si irréprochables que prévu ?

Annoncer, en 2020, la fin prochaine du CV traditionnel n’a rien d’avant-gardiste. Dès juin 2011 (!), le site rmsnews, spécialisé dans le recrutement, publiait un article intitulé : « Pourquoi le CV est déjà mort ! » Et bien d’autres observateurs ont régulièrement prédit sa disparition, supposée imminente.

Pourtant, neuf ans plus tard, le document ne semble toujours pas avoir dit son dernier mot. S’il a certainement accusé une baisse de popularité, il demeure encore un incontournable dans la recherche d’emploi. La faute à des remplaçants pas si irréprochables que prévu ?

CV traditionnel : une carrière résumée en une photo, souvent retouchée

Avant tout, quels sont les principaux défauts du CV ? Premièrement, il présente de sévères contraintes du point de vue du candidat. Celui-ci est généralement poussé à résumer la totalité de sa carrière sur une seule page A4 (une limite valable en France, mais qui varie selon les pays). Par conséquent, s’il possède de nombreuses expériences et qualifications, il lui faudra inévitablement renoncer à plusieurs éléments.

De plus, le CV représente un instantané. Une fois envoyé, il n’est pas possible de le mettre à jour. Or, lors d’une recherche active, un candidat tente souvent d’améliorer son employabilité, via des formations ou des certifications. Qui n’apparaîtront donc pas sur le document préalablement envoyé à des recruteurs.

Du côté de ces derniers, l’inconvénient majeur réside dans la difficulté à vérifier les informations fournies. Et ce désagrément n’est pas négligeable : d’après la huitième étude sur les CV trompeurs, réalisée par le Florian Mantione Institut, 65 % des CV ne refléteraient pas fidèlement la réalité ! Parmi les éléments les plus souvent “arrangés”, figureraient les diplômes, la maîtrise des langues étrangères, ou encore les postes précédemment occupés (durée, responsabilité…).

Néanmoins, la proportion de CV trompeurs serait en baisse. Et ce, grâce notamment à l’essor des réseaux sociaux.

Réseaux sociaux professionnels : la solution miracle ?

Car avec l’essor des outils numériques, les recruteurs ont plus facilement accès à des moyens de vérification. C’est l’un des atouts des réseaux sociaux professionnels tels que LinkedIn, fréquemment présentés comme les solutions de remplacement idéales aux CV traditionnels. Ils offrent en effet la possibilité d’ajouter des liens confirmant l’authenticité des informations indiquées.

En outre, ces plateformes permettent de s’affranchir des contraintes précédemment évoquées. Le profil professionnel en ligne peut ainsi être régulièrement mis à jour et il n’impose en général aucune limite de taille. Plus besoin, donc, de choisir entre son stage de fin d’études et son premier CDD.

Mais c’est précisément là que le bât blesse. En encourageant les candidats à l’exhaustivité, les réseaux sociaux professionnels entraînent une profusion d’informations, difficile à traiter par les équipes de recrutement. C’est le phénomène mis en avant par une étude de Jean Pralong, publiée dans la Harvard Business Review : “Lorsque les profils sont longs, la quantité d’informations à traiter excède les capacités attentionnelles des recruteurs“, indique l’auteur. Dans ce cas, les décisions reposent alors principalement sur des “raisonnements simples et stéréotypés“.

C’est probablement une des raisons pour lesquelles le CV perdure : son format restreint le rend plus lisible auprès des recruteurs.

Pourrait-on se passer des CV et des réseaux sociaux pour recruter ?

Doit-on dès lors se résoudre à le considérer comme indispensable ? Pas selon plusieurs startups, qui entendent bouleverser les standards du recrutement, à l’image de Goshaba. L’entreprise française vise à s’affranchir des biais induits par les CV traditionnels et les profils LinkedIn, en recourant à des mini-jeux proposés aux candidats. Le but : évaluer leur savoir-faire, mais également leur savoir-être, à l’aide de tests cognitifs s’appuyant sur des travaux de recherche en neurosciences et en ressources humaines.

Et mettre fin à l’hégémonie du CV ? “À terme, l’idée est de complètement le supprimer“, promet Camille Morvan, cofondatrice et co-CEO de la startup, dans une interview donnée aux Echos START. Mais ce n’est pas pour aujourd’hui : “Certaines entreprises veulent le conserver, donc on propose quand même un onglet pour que les candidats puissent l’uploader“. La force de l’habitude, voilà qui laisse au CV plusieurs années devant lui.