Insertion professionnelle : une opportunité pour les entreprises

Avec la pandémie de COVID-19, le secteur de l’insertion professionnelle des personnes en difficulté est soumis à rude épreuve avec un public qui risque fort d’être encore plus précarisé

Avec la pandémie de COVID-19, le secteur de l’insertion professionnelle des personnes en difficulté est soumis à rude épreuve avec un public qui risque fort d’être encore plus précarisé. Si l’état de l’économie le permet, les entreprises se tourneront-elles davantage vers ces solutions de formation solidaire ?

En septembre 2019, le gouvernement lançait le « Pacte d’ambition pour l’insertion par l’activité économique ». L’objectif affiché était d’accueillir 240 000 personnes en parcours d’insertion par an en 2022 contre 140 000 aujourd’hui. Un projet louable alors que l’on comptait déjà à l’époque au moins deux millions de personnes éloignées d’une activité professionnelle. Un chiffre qui malheureusement devrait sensiblement augmenter ces prochains mois suite à l’impact de la crise sanitaire du COVID-19.

Au-delà de cette mobilisation publique qui sera sans aucun doute déterminante dans les mois à venir, qu’en est-il de l’insertion professionnelle sur le terrain ? Après une forte hausse du nombre de personnes accompagnées suite à la crise de 2008, un pic a été atteint en 2013. Depuis, la demande semblait se stabiliser du fait de la légère amélioration du marché de l’emploi. « Mais la crise sanitaire actuelle laisse malheureusement présager une forte hausse du chômage, notamment parmi les publics les plus fragiles, et donc par ricochet une augmentation à terme des demandes de contrats d’insertion », estime Ali Taleb, Responsable Emploi & Insertion à la Fédération Envie, réseau de 50 entreprises d’insertion spécialisées dans la rénovation de produits d’électroménager.

« Les situations de précarité et d’addictions vont inéluctablement s’accroître et complexifier encore l’action des sociétés d’insertion », note Ali Taleb, « même dans un contexte de baisse du chômage, les personnes prises en charge par les SIAE [Structures d’insertion par l’activité économique] nécessitent en effet un accompagnement particulier compte tenu des problématiques spécifiques, d’ordre social notamment, auxquelles elles sont confrontées (accès aux soins, démarches administratives, problèmes de logement, sous-main de justice…) ».

Un secteur de l’insertion encore méconnu

Le travail sur ce type de public est d’autant plus difficile que les personnes aidées sont davantage touchées par le chômage que par le passé : 40% des chômeurs le sont depuis 12 mois ou plus et l’ancienneté moyenne des personnes sans emploi qui était de 400 jours en 2008 est passée, avant la crise sanitaire, à plus de 600 jours. Sans compter que les problématiques de recherche d’emploi ont changé ces dix dernières années avec l’augmentation du nombre des migrants, des séniors (+12% de plus de 55 ans chez Envie entre 2012 et 2018), des mères isolées (+7%) et des moins de 26 ans.

Autant dire que le secteur de l’insertion professionnelle est appelé, plus que jamais, à être sollicité. Malheureusement, il ne l’est pas toujours à bon escient… « Les prescripteurs qui nous envoient des personnes éloignées de l’emploi, à savoir Pôle Emploi ou les Missions locales, n’identifient pas toujours les spécificités des différentes SIAE », constate Ali Taleb, « ainsi, des entreprises d’insertion comme les nôtres, qui se situent plutôt au bout de la chaîne de l’insertion, se retrouvent parfois avec un public très éloigné de l’emploi qui devrait être en atelier ou chantier d’insertion offrant un niveau d’encadrement plus élevé ».

Toutefois, la convergence de deux réformes en cours qui s’avéreront d’autant plus utiles ces prochains mois, à savoir le Pacte d’ambition cité plus haut et la Loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel de 2018, devraient offrir de nouveaux leviers en faveur de l’insertion professionnelle et de la formation en entreprise, espèrent les professionnels du secteur. À commencer, pour les entreprises d’insertion comme Envie, par la possibilité désormais de détecter et recruter elles-mêmes les personnes qu’elles souhaitent accompagner, sans passer par la case Pôle Emploi, comme c’était une obligation jusqu’alors. « Cette démarche d’auto-prescription, testée depuis début 2020 dans le Nord, en Seine-Saint-Denis et dans le Haut-Rhin et qui devait être généralisé à la rentrée, pourrait être très utile dans le contexte actuel », considère le responsable d’Envie.

Autre point positif : l’insertion professionnelle commence à faire son chemin en entreprise. « Avec le développement des politiques RSE (Responsabilité sociétale des entreprises), notamment dans les grands groupes, nous observons depuis deux ou trois ans un recours accru au mécénat de compétences auprès de structures comme les nôtres », constate Ali Taleb qui a vu également de la part des entreprises une plus forte sollicitation des sociétés d’insertion en cette période de crise sanitaire « pour la production de masques par exemple ».

Un enjeu pour les entreprises qui n’est pas que caritatif

Entre autres exemples de mobilisation pendant la crise de COVID-19, le groupe Suez a développé une plateforme de bénévolat de compétences, baptisée Vendredi et ouverte à ses collaborateurs pour aider des collègues mobilisés mais aussi des associations engagées auprès des publics les plus fragiles. Environ, 400 salariés du groupe se sont inscrits sur la plateforme.

Mais le recrutement de personnes ayant suivi un parcours d’insertionreste encore compliqué, selon Ali Taleb : « les entreprises sous-estiment souvent leur capacité à accompagner ce type de profil. Elles n’ont pas toujours mis en place une politique d’accompagnement ad hoc ». Sur ce point, Suez qui est engagé dans l’insertion professionnelle depuis près de 20 ans au travers de sa filiale « Rebond Insertion » et de ses « Maisons pour rebondir » sortes de « guichet unique SUEZ » en matière d’insertion par l’emploi et d’économie sociale et solidaire, a dû s’adapter. « Les entreprises ont tendance à sous-estimer la question de la confiance en soi des personnes en difficulté », reconnaît Benoît Bonello, directeur de l’innovation sociale chez SUEZ, poste créé en 2019, « chez SUEZ, nous sensibilisons les collaborateurs pour assurer un climat bienveillant lors de l’intégration de nouvelles recrues et nous avons mis en place un système de coaching, y compris par téléphone, les premières semaines pour les personnes issues de l’insertion ».

Autre écueil souvent rencontré par les entreprises : leur difficulté à présenter leurs métiers et à rendre leurs offres d’emploi claires et attractives. « La plupart de nos métiers opérationnels, agents de réseau ou d’assainissement, électromécaniciens, agent de station, ripper… sont mal connus et nos fiches de postes ne sont pas forcément adaptées à une communication grand public », ajoute Benoît Bonello, « il est donc important de faire connaitre nos métiers par des témoignages de collaborateurs, de faire visiter nos sites et d’intégrer le plus possible des immersions dans le processus de recrutement. »

Mais le succès en la matière tient aussi au fait de ne pas s’inscrire dans une logique du chiffre mais plutôt dans une logique qualitative qui nécessite du temps. « Plus les personnes sont éloignées de l’emploi, plus elles ont besoin d’un accompagnement renforcé dans l’entreprise », précise le responsable de Suez, « par conséquent, pour avoir un vrai impact social positif, on doit être dans une démarche qualitative, jusqu’au-boutiste même. C’est ce qu’on fait avec le programme Maison pour rebondir de SUEZ. Je préfère intégrer moins de personnes, mais dans de bonnes conditions, que de faire du « social washing » en annonçant des grands chiffres qui ne traduisent aucune réalité concrète… ».

Mais le plus difficile consiste à changer l’image de l’insertion professionnelle qui reste encore trop négative ou « caritative » dans les entreprises. « La crise sanitaire et économique actuelle va relancer les inégalités et par conséquent les entreprises vont devoir davantage s’engager en faveur de l’inclusion et collaborer avec les entreprises d’insertion et le monde de l’économie sociale et solidaire », estime Benoît Bonello.

Les structures d’insertion par l’activité économique (SIAE)

  • 1957 ateliers et chantiers d’insertion (ACI)
  • 952 entreprises d’insertion (EI)
  • 682 associations intermédiaires (AI)
  • 268 entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTI)
  • 140 000 personnes en parcours
  • 55% de sorties positives
Nos valeurs
Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

Notre ambition, au travers de nos publications, est d’affirmer avec conviction que ces valeurs sont le véritable patrimoine de l’entreprise, la réelle valeur ajoutée et surtout la meilleure protection contre les dérives actuelles que sont la standardisation, la vision court-termiste et le nivellement par le bas des logiques d’entreprise.