Comment accompagner l’abandon des activités devenues indésirables

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Comment accompagner l’abandon des activités devenues indésirables

6 juillet 2022

L’Accord de Paris sur le climat de 2015 implique des choix douloureux. Certains pans d’activité sont appelés à devenir marginaux. La voiture électrique va ainsi réduire progressivement la consommation de pétrole. Comment s’y préparer ?

Les entreprises les plus impactées par la transition environnementale ne peuvent pas rester les bras croisés. On parle même dans le monde financier d’ « actifs échoués » ou en anglais de « stranded assets ».

Quelles peuvent en être les causes du déclin de ces actifs :

  • Des risques physiques, comme le stress hydrique ou l’impossibilité de poursuivre certaines activités situées dans des zones caniculaires.
  • Durcissement des réglementations : lutte contre la pollution de l’air,…
  • Des risques technologiques : baisse du prix des énergies renouvelables.
  • Des risques sociétaux : honte de prendre l’avion.
  • Des poursuites judiciaires.

Outre les énergies fossiles, d’autres filières sont concernées comme les stations de ski. En 2020, Luchon Superbagnères avait fait scandale en utilisant un hélicoptère pour déplacer des tonnes de neige pour les déposer sur les pistes.

De même, en lien cette fois avec les ODD[1] liées à la santé, les cigarettiers risquent de se voir à terme interdits d’exercer, en raison de leurs effets délétères chez les jeunes et de la cannibalisation des cultures vivrières.

Une stratégie de rupture

Il faudra sans doute une génération pour que la Pologne abandonne le charbon. Les départs à la retraite vont faciliter ce processus. Mais, les résistances sont très fortes. A Varsovie, le charbon est assimilé à la notion d’indépendance nationale.

Et, selon certains spécialistes, les mineurs font partie des métiers les plus admirés en Pologne : ils sont la quatrième profession la plus respectée — après les pompiers, les infirmières et les ouvriers qualifiés. Loin devant les médecins.

On retrouve aussi une forte appétence pour le charbon en Chine et en Australie, même si dans ce dernier pays, le gouvernement vient de changer.

La volonté de sauvegarder l’emploi constitue d’ailleurs souvent la principale explication de l’inertie. Pourtant, plus le temps passe, plus l’addition sera douloureuse.

Les autres aspects à considérer sont la réhabilitation des sites délaissés et la préservation de la biodiversité. La transition écologique demande donc de nouvelles compétences.

De nouveaux métiers

Le Master of Science "Strategy & Design for the Anthropocene[2]" est une formation lancée en octobre 2020. Ce diplôme vise à former à la "redirection écologique", arguant de l’échec des approches inspirées de la croissance verte. Elle est proposée conjointement par l'ESC Clermont BS et Strate Ecole de Design Lyon.

Ses fondateurs intègrent dans leur cursus le constat des limites planétaires. Leur leitmotiv est que les entreprises, les territoires, les politiques publiques locales doivent s’aligner sans tarder pour éviter la réalisation du scénario le plus pessimiste du GIEC[3].

Les étudiants font leurs armes sur le terrain, comme lors d’un déplacement dans la Vallée de la Chimie, au sud de Lyon, ou encore à Chastreix, une station de ski qui culmine à 1.050m d’altitude dans le Puy-de-Dôme. L’ethnographie fait en effet partie intégrante des cours, au même titre que d’autres disciplines comme le « design fiction » ou le « design spéculatif ». Si cette « écologie de la fermeture » peut choquer certains, car elle remet en cause des modes de production séculaires, qui ont contribué à une forme de progrès, elle a pour mérite de dresser une feuille de route pour que les activités non désirables et les salariés qui en vivent ne finissent pas violemment dans le mur.


[1] Objectifs du développement durable des Nations Unies

[2] L'anthropocène est une notion, sujet à débats, relative à une nouvelle ère géologique dans laquelle l'Homme a acquis une influence prépondérante sur la biosphère.

[3] Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC ; en anglais : Intergovernmental Panel on Climate Change, IPCC)