PME et RSE : je t’aime moi non plus !

Goodwill-management, cabinet de conseil en performance économique responsable, s’est associé à l’Agence LUCIE et la MAIF pour conduire un état des lieux de l’adoption de la RSE par nos PME.

On le sait, la RSE s’impose dans les grandes entreprises françaises et internationales car elles sont soumises à des obligations réglementaires. On disposait d’assez peu de données sur l’engagement RSE des entreprises de petite taille ou de taille moyenne. Cependant, Goodwill-management, cabinet de conseil en performance économique responsable, s’est associé à l’Agence LUCIE et la MAIF pour conduire un état des lieux de l’adoption de la RSE par nos PME.

Les PME : engagées intuitivement dans la RSE sans le formaliser

La bonne nouvelle ? Les PME sont sensibilisées aux enjeux de la RSE : 85% d’entre elles ont mis en place des actions de manière moins structurée et plus intuitive que dans les groupes. Seulement 24% considèrent ces premières initiatives comme preuves d’une vraie stratégie environnementale, sociale ou sociétale. Quand 14% seulement des PME ont pleinement intégré la RSE à la stratégie globale et aux activités de l’entreprise, il reste 15% qui ont à l’inverse formalisé une analyse des risques ESG dans leur organisation. Paradoxal donc.

Le résultat, c’est que la RSE est encore majoritairement perçue comme un amas informel d’actions plus ou moins structurées, un ensemble de bonnes volontés mais sans vision consolidée. Par exemple, 90% des PME interrogées déclarent « lutter contre les discriminations », sauf que moins de la moitié des RH ont explicitement été formés sur le sujet, et ont encore moins ont intégré des processus clairs de gestion de la diversité.

Chez les PME, la RSE est plus sociale qu’environnementale

  • Sur les sujets sociaux : les PME françaises ont misé sur la qualité de vie au travail. Notre culture épicurienne expliquerait-elle cela ? Les PME interrogées obtiennent une note moyenne de 11.6/20, un début de maturité. Sur les exigences réglementaires et les conditions de travail, les PME ont avancé sur l’adoption du télétravail, la réduction des contrats précaires et des délais de paiement. Il était temps…
  • Sur les sujets environnementaux : les PME accusent un retard certain, avec une note moyenne de 8.8 sur 20. La plupart n’ont pas de politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre et certains sujets demeurent absents : 38% n’abordent pas la biodiversité et 40% n’ont rien prévu en matière de numérique responsable.
  • Sur les parties prenantes : un besoin d’intégration stratégique et de dialogue reste à construire. Les PME sont loin d’investir du temps dans la co-construction d’offres, les parties prenantes étant pourtant d’excellentes sources d’innovation. Un manque de savoir-faire en animation de groupes de travail pourrait expliquer cela.
  • Sur la transparence : près de 41% des entreprises n’en sont qu’aux débuts. Aucune action n’est menée pour 9% d’entre elles. Pourtant des premières actions ont été réalisées pour 32% des PME, notamment en améliorant l’information donnée sur les produits ou en communiquant davantage avec les clients.
  • Quid de L’offre ? Moins de 20% des entreprises déclarent promouvoir de nouveaux modes de consommation comme la location, l’économie de fonctionnalité, la limitation des soldes. Mais elles n’incitent pas leurs clients à consommer différemment, signe que la RSE n’est pas considérée comme un levier de changement de modèle économique.

Il va donc falloir que les PME ne se contentent pas de parer au plus contraignant ou réaliser les actions les plus faciles mais qu’elles embrassent le changement qui s’engage.

Des PME timides par manque de formation ?

Les PME semblent fières d’avoir franchi une première marche, mais la seconde marche peine à être dépassée. Il semblerait que les enjeux sociaux et sociétaux soient mieux intégrés, tandis que les thématiques environnementales, le changement d’offres induites par l’économie circulaire le soient moins. L’aspect scientifique et technique semblent bloquer les entreprises. Comprendre la biodiversité et les impacts indirects de l’activité économique sur celle-ci, comme expérimenter l’économie circulaire suppose de croiser de nombreuses compétences, de savoir gérer la coordination, ce qui révèle surtout un besoin de formation.

Or, des formations et des sources de financement de ces formations, sont pléthores.

On trouve pourtant tous les types de formations sur les sites des experts (le Pole Ecoconception, l’Agence Lucie), d’associations (la Fresque du Climat et la Fresque du numérique), I’INR, l’Alliance AGIT) de cabinets conseils, d’organismes de formations, auprès des fédérations professionnelles ou d’écoles privées (le groupe Gema ESI, la Green Management School). La liste est loin d’être exhaustive.

Les sujets de formations du marché sont divers et couvrent toutes les compétences : écoconception, finance verte, numérique responsable et offrent des durées variables (quelques jours, ou quelques semaines, avec ou sans alternance). Le gouvernement engage des fonds, les CPF aisément activables et les choses s’accélèrent positivement. Je serai curieuse de lire la même étude l’an prochain.

Mesurer l’empreinte carbone pour trouver les leviers d’innovation

Il est à noter que la mesure de l’empreinte environnementale, le bilan carbone, le système de management environnemental, sont totalement inconnus de tous les niveaux hiérarchiques et dans beaucoup de secteurs où les PME s’activent. En effet, ces sujets sont si éloignés des préoccupations quotidiennes des employés, des managers et des dirigeants qu’ils ne se les approprient pas. Ils apportent pourtant des solutions pour innover.

La peur du changement n’égare pas le danger. Oui, il semble périlleux de faire évoluer le modèle économique mais c’est bien de cela dont on a besoin. Oui, il faut avoir le courage de casser le silo des filières pour élaborer une économie circulaire intéressante financièrement pour tous. Or, les entreprises manquent parfois de temps et de confiance pour nommer un chef de projet transversal qui pilotera la RSE dans la durée. Pourtant, c’est bien la mission de l’ADEME d’accompagner et de co-financer des projets. Or, les PME craignent de s’embarquer dans des démarches trop lourdes pour elles. Des idées reçues qui devraient tomber au fil des réussites de celles qui auront osé.

Les dirigeants de PME rentables auraient-ils peur de l’échec ?

Qu’est ce qui repousse l’échéance à ce point, l’angoisse de perte du CA ? Les milleniums eux, ne se privent pas quitter une entreprise attentiste pour passer 2 ans en freelance et en formations diverses pour revenir sur le marché du travail en changeant de métier. Une agilité déconcertante, pour ceux qui sont en CDI de longue date. Une prise de risque que les patrons peinent à prendre. Est-ce la peur qu’un groupe de travail ou que des acteurs de leur filière emportent une idée prometteuse sous leur nez ? Ou qu’un concurrent tire bénéfice d’un travail collectif à leurs dépends ?  Généralement la RSE comme les sujets d’économie circulaire ou solidaire, fâchent ceux qui sont assis sur un business qui tourne. Une peur démesurée.

La RSE passera par les collaborateurs : En effet, si les gens se forment sur leur temps personnel, usent de leur compte CPF et expérimentent aux côtés d’associations bienveillantes, alors la RSE sera bientôt naturelle pour eux. Ces personnes devenues aguerries et flexibles intellectuellement seront : soit celles qui créeront des pépites vertes, soient qui influenceront les patrons les plus à l’écoute. L’avenir réserve bien des surprises…