Dyslexiques en entreprise, ça progresse… un peu

Les troubles Dys toucheraient, à des degrés divers, pas moins de 10% de la population française. Et, pourtant, cet handicap invisible reste peu ou mal connu des entreprises françaises.

Les troubles Dys toucheraient, à des degrés divers, pas moins de 10% de la population française. Et, pourtant, cet handicap invisible reste peu ou mal connu des entreprises françaises. Plusieurs initiatives tentent d’y remédier. Elles visent un meilleur accompagnement de ces profils atypiques qui présentent, par ailleurs, de nombreux atouts.

Un parcours scolaire éprouvant, des familles désemparées, des enseignants peu formés, des entreprises non inclusives…le parcours du dyslexique ressemble souvent à un véritable parcours du combattant, notamment en France, où ce trouble de l’apprentissage, encore mal connu, reste un facteur d’exclusion. Il toucherait, pourtant, pas moins de 10% des Français.

Il faut dire que ce trouble souvent invisible, classé depuis 2005 dans la grande famille du handicap, est complexe et difficile à cerner.

Il n’existe pas, en effet, un profil type de « dys », mais autant d’individus touchés, à des degrés divers, par un ou plusieurs de ces troubles : la dyslexie (altération de la lecture), la dysorthographie (difficulté à orthographier correctement les mots), la dyscalculie (troubles du calcul), la dysgraphie (difficulté à écrire), la dysphasie (trouble du langage oral) ou encore la dyspraxie (trouble de l’organisation des gestes).

A chaque « dys », donc, ses difficultés et son parcours de vie : certains seront en échec scolaire, d’autres feront des études supérieures ; certains auront conscience, dès l’école, de leurs troubles ; d’autres les découvriront plus tard.

Une chose est sûre : ces troubles sont structurels et durables. « Ils proviennent d’une formation singulière de certaines parties du cerveau. On naît « dys » et on le reste pour la vie », rappelle Nicole Philibert, président de l’association Atoutdys.

De quoi contrer l’idée reçue qui voudrait que l’on guérisse de la dyslexie. Ou qu’un mail, bourré de fautes d’orthographe, soit forcément le fait d’un idiot, d’un incompétent ou d’un flemmard. « Il n’y a pas de déficience intellectuelle chez un « dys » qui fait même souvent preuve, sur ce plan, de capacités supérieures à la moyenne », rappelle Nicole Philibert.

Pour palier ses difficultés, le « dys » va en effet développer d’autres aptitudes, emprunter des chemins de traverse, chercher des solutions. Ce qui donne, bien souvent, des personnalités singulières. Certaines sortent du lot. Qui sait, par exemple, que Winston Churchill, Albert Einstein, Johnny Halliday ou Agatha Christie étaient dyslexiques ? Et que 35% des entrepreneurs américains sont « dys » ?

« Ces profils devraient intéresser les entreprises parce qu’ils ont su développer, du fait de leurs difficultés, les soft skills qu’elles recherchent aujourd’hui », commente Nicole Philibert. Et de citer la créativité, la résilience, l’implication, la pugnacité, l’empathie, l’esprit d’équipe et la transversalité. Or ce n’est pas le cas en France, à la différence de pays comme le Royaume-Uni, le Canada ou la Suède.

Trois initiatives pourraient changer la donne. La première, baptisée « Indyspensable » a été lancée en mars 2021 par le MEDEF Auvergne-Rhône-Alpes. Son objectif : accompagner, pendant deux ans, 100 personnes de moins de 30 ans, porteuses de troubles « dys », dans leur insertion professionnelle.

L’expérimentation régionale est menée, au sein des agences de Pôle emploi et des Missions locales, avec un pool d’experts – orthophonistes, formateurs, psychologues…- ainsi que des entreprises inclusives dont Michelin qui a récemment fait appel à Benjamin Parmentier, consultant formateur spécialisé dans les « dys », pour accompagner l’évolution de l’un de ses salariés. « D’un côté, il s’agit de repérer et de valoriser ces profils en les sortant de la case « handicap » et, de l’autre, de former les entreprises à les accueillir et à les intégrer », explique Laurence Gattini, chargée de mission Emploi au Medef Auvergne-Rhône-Alpes.

Des parcours sur-mesure qui devront les aider à prendre en charge, en plus des difficultés individuelles, quelques caractéristiques propres à l’ensemble des « dys », comme la difficulté à se concentrer ou la lenteur dans l’exécution des tâches.

Initié en décembre 2019, Dyslexia@work.eu est une autre initiative menée cette fois par des associations de dyslexiques de six pays européens. Elles sont accompagnées par le Laboratoire d’Excellence Aslan de L’université de Lyon, expert en acquisition et usage du langage. Le programme souhaite, entre autres, établir d’ici à décembre 2022, un guide de bonnes pratiques, de méthodologies et d’outils permettant aux entreprises et aux recruteurs d’évaluer les capacités et le talent d’un candidat dyslexique.

Enfin, la Fédération Française des Dys (FFDys) continue son travail de soutien, de sensibilisation et d’accompagnement. Elle organise, entre autres, une Journée nationale des Dys et déploie, à destination des entreprises, une offre de formations. « Nous intervenons le plus souvent en intra pour des programmes de sensibilisation, de recrutement, d’intégration, d’aménagement des postes de travail ou de maintien dans l’emploi », explique, Laetitia Branciard, spécialiste de l’accessibilité numérique et vice-présidente de la FFDys. La fédération a travaillé avec de grandes entreprises pour éditer des documents pédagogiques :

L’arbre ne saurait cependant cacher la forêt. ça progresse… un peu.