Travailler autrement après le Covid

Après le coup d’arrêt donné à l’économie, les entreprises et les salariés doivent se préparer à réexaminer leurs organisations, leurs méthodes de travail et leurs relations

Après le coup d’arrêt donné à l’économie, les entreprises et les salariés doivent se préparer à réexaminer leurs organisations, leurs méthodes de travail et leurs relations. En tenant compte de la montée du numérique, du télétravail et des impératifs de sécurité

La crise sanitaire qui a contraint les entreprises comme leurs salariés à s’adapter au confinement pourrait marquer durablement les relations au travail. D’une part parce que le déconfinement ne correspond pas à la fermeture d’une parenthèse après une période troublée. Le port du masque, l’évitement du contact physique, la distanciation « sociale », vont perdurer et modifier nos comportements. D’autre part parce que les réorganisations improvisées à la hâte pour faire fonctionner les entreprises tant bien que mal, dont le télétravail a été le symbole, sont l’occasion de se poser de nouvelles questions et de réfléchir à l’opportunité de modifier le fonctionnement de l’entreprise. Et ceci dans des domaines très divers : le rapport au temps et à l’espace, l’élargissement des fonctions du numérique, les rôles managériaux, le sens du travail, la place de l’humain, la protection de la santé, la définition de la performance, la relation client…

Un télétravail clivant

La question du télétravail a été très vite posée et relayée par les médias. Les entreprises françaises, traditionnellement réticentes à ce mode de travail, ont dû demander à leurs salariés de travailler depuis leur domicile. Après deux mois d’expérience, les 2/3 des collaborateurs concernés se déclaraient satisfaits de la situation selon l’enquête conduite par ChooseMyCompany qui révèle aussi que 17% des répondants rejettent catégoriquement le télétravail.
De leur côté les entreprises intègrent d’une façon pragmatique la probabilité d’une prolongation des mesures préconisées par les pouvoirs publics, et elles réalisent pour une partie d’entre elles que le travail à distance présente des avantages en termes économiques, une réduction des coûts de déplacement, un besoin moindre d’espaces de bureau… « Il faut s’attendre à voir les organisations évoluer en intégrant désormais le travail à distance, ce qui demandera quelques réglages » pronostique Alain Zagarolli, conseiller d’entreprises. Il va falloir réfléchir à la façon de motiver les personnes qui travaillent à distance indique Laurent Labbé, président de ChooseMyCompany, en soulignant que « la motivation globale des salariés a chuté depuis la mise en place du télétravail : elle atteignait 72% en janvier 2020, et est tombée à 64% en avril 2020. » Il indique plusieurs directions de travail pour faire remonter cette motivation : répondre aux salariés qui « estiment bénéficier aujourd’hui de moins de perspectives d’évolution et se sentent moins reconnus. Ils sont aussi du mal à comprendre comment leur performance est évaluée ».

Besoin de contact physique

L’un des défis auxquels les entreprises qui intègrent une large dose de télétravail vont devoir répondre est celui de la machine à café, estime Alain Zagarolli. Parce qu’elle est le symbole de la convivialité, de l’échange informel. Le lien physique est indissociable de la vie et de l’esprit d’équipe. Des entreprises qui en ont pris conscience ont organisé des pauses café virtuelles, note Alain Zagarolli. « Si l’on veut développer les relations à distance, il va falloir imaginer des nouvelles formes pour ce qui fait « la vie ensemble », pour les rituels de convivialité comme les pots de départs, les pots de nominations »… Il y va de la santé non plus biologique et organique, mais mentale et sociale.

L’humain au cœur de l’entreprise

Davantage encore qu’avant la crise sanitaire, l’humain est au cœur du moteur de l’entreprise. La question de la reconnaissance du travail fourni a été aussi posée par la présence en première ligne des professionnels du bas de l’échelle sociale et salariale : les caissières des supermarchés, les aides-soignantes des hôpitaux, des Ehpad, les éboueurs, les livreurs… Un chantier est ouvert là, pour les managers et les services RH qui devront réfléchir au réajustement des places, des rémunérations, des statuts et des conditions de travail de ces salariés sans qui la machine sanitaire et alimentaire se bloque.
Dans le registre de la santé, la question de la façon dont l’entreprise se soucie du bien-être et de la sécurité des salariés restera une question majeure après la période de déconfinement. Tous les personnels n’ont pas la même appréciation sur ce sujet. Au-delà de la mise en œuvre d’un protocole de déconfinement, l’entreprise devra créer une relation de confiance avec ses collaborateurs.

Attention au digital

La montée en puissance du numérique avec la généralisation des communications à distance va accélérer la transformation digitale des entreprises, et accentuer le besoin de développer les compétences numériques. Pour Sandrine Rampont, présidente de Matière bleue, « les entreprises disposant d’une forte maturité digitale disposent d’un réel avantage pour traverser cette période », dans la mesure où le « numérique a été intégré à la culture d’entreprise, elles sont dans une logique d’ouverture et de prise de conscience, leurs salariés ont l’habitude du travail en autonomie, ils comprennent la finalité de leurs actions ». Celles qui n‘ont pas encore amorcé la transition numérique devront réfléchir, en associant leurs salariés, à la meilleure façon de rattraper le retard si elles ne veulent pas couler.
Le passage accéléré et contraint au digital, note Laurent Labbé, a donné des idées à certaines entreprises qui pourraient modifier leur façon de présenter ses produits. Il donne l’exemple d’une société qui, privée de visite chez le client a fait avec le seul internet trois fois plus de présentation de son produit que les mois précédents. Un courtier en assurance réalise qu’il a fait deux fois plus de ventes parce qu’en deux clics il était chez le client. Alain Zagarolli va dans le même sens en donnant l’exemple des sociétés de distribution qui ont effectué le même chiffre d’affaire magasin fermé. Le confinement aura sans doute un effet accélérateur sur la vente à distance.

Intégrer l’incertitude

Hors de l’entreprise et de ses salariés, des questions sont aussi posées à l’ensemble des citoyens et bien au de-là des frontières. L’incertitude est entrée dans nos sociétés et nos vies, comment l’entreprise va-t-elle intégrer ce principe qui ne se confond pas avec la question du risque ?
L’une des pistes peut être de se préparer à être agiles, à innover en permanence avance Alain Zagarolli.
La nature du virus venu d’un monde animal bien malmené a posé aussi la question de notre rapport à l’environnement, à la course productive, à la consommation sans limites. Sur ces terrains, les salariés-citoyens ont des attentes auxquelles l’entreprise se doit de répondre en affirmant ses valeurs, en signifiant sa responsabilité sociale, en s’impliquant de façon citoyenne dans une transformation du monde qui tirerait les leçons du temps présent.
Si l’humain est plus que jamais au cœur de l’entreprise, le besoin de sens l’est tout autant.

Nos valeurs
Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

Notre ambition, au travers de nos publications, est d’affirmer avec conviction que ces valeurs sont le véritable patrimoine de l’entreprise, la réelle valeur ajoutée et surtout la meilleure protection contre les dérives actuelles que sont la standardisation, la vision court-termiste et le nivellement par le bas des logiques d’entreprise.