Se parler explore un enjeu crucial de notre époque : l’importance de l’oralité face à la montée en puissance des communications écrites numériques, notamment dans les entreprises. Alors que les outils digitaux favorisent l’écrit, cet article met en lumière les limites de cette tendance et plaide pour un rééquilibrage entre oralité et écrit. L’auteur insiste sur le rôle central de l’oralité dans la création de liens humains, la performance collective et la lutte contre l’isolement, autant dans le monde professionnel que dans d’autres sphères comme l’éducation.
L’écrit numérique prend le dessus sur l’oralité
La généralisation des outils numériques
Avec l’omniprésence des écrans dans notre quotidien, les échanges écrits dominent largement. Les e-mails, réseaux sociaux, chats et autres plateformes numériques ont transformé la manière dont nous communiquons. Les adolescents, par exemple, privilégient désormais les messages écrits au téléphone. Cette évolution est emblématique d’une société où la communication écrite s’impose comme la norme. L’écrit numérique est devenu un mode d’expression rapide et pratique, mais il tend à éclipser la richesse des interactions orales.
Impact sur les entreprises
Dans le monde professionnel, cette domination de l’écrit est encore plus marquée. Les plateformes collaboratives comme Slack ou Microsoft Teams ont redéfini les dynamiques de communication. Cependant, cette transition n’est pas sans conséquence. L’ethnologue Laurent Assouly souligne une déshumanisation croissante liée à l’usage intensif de ces outils. De son côté, le sociologue Rémi Raher critique une gestion d’équipe qui repose exclusivement sur des échanges écrits, même lorsque les collaborateurs travaillent à proximité les uns des autres. Ce recul de l’oralité dans les entreprises pose donc des questions fondamentales sur la qualité des interactions humaines.
Les limites et dangers de l’écrit systématisé
Isolement et malentendus
L’écrit, bien qu’efficace pour transmettre des informations précises, présente des limites importantes. Il favorise souvent la surinterprétation et les malentendus, car il ne permet pas de capter les nuances émotionnelles ou contextuelles d’un message. Dans un cadre professionnel, cela peut accentuer le sentiment d’isolement des salariés. Une enquête révèle que six employés sur dix se sentent parfois isolés dans leur travail. Pourtant, une majorité écrasante préfère les échanges en face à face aux e-mails ou aux appels téléphoniques.
Importance du langage corporel dans la communication orale
L’oralité va bien au-delà des mots prononcés. Elle inclut le langage corporel : intonation, rythme, regard ou encore posture physique jouent un rôle central dans la transmission d’un message. Ces éléments permettent non seulement de mieux comprendre son interlocuteur mais aussi de percevoir ses émotions. À contrario, l’écrit ne peut offrir cette profondeur relationnelle et émotionnelle.
Retour progressif à l’oralité
Face aux limites de l’écrit systématisé, certaines entreprises amorcent un retour à l’oralité. Anne-Marie de Couvreur, dirigeante chez Mediameeting, observe que ce retour s’inscrit souvent dans une volonté de valoriser les employés et d’améliorer leur bien-être au travail. Ce regain d’intérêt pour l’oral témoigne d’une prise de conscience : si l’écrit est utile pour formaliser des informations, il ne peut remplacer la richesse des interactions orales.
L’oral comme levier de performance
Renforcement des liens humains
L’oralité joue un rôle fondamental dans le renforcement des relations interpersonnelles au travail. Une enquête intitulée “Et si on se parlait ?” montre que les entreprises où les relations entre collègues sont jugées excellentes sont également perçues comme plus performantes. Ces relations reposent largement sur la possibilité d’échanger en face à face, ce qui favorise une meilleure cohésion sociale et une humanisation du lieu de travail.
Exemples concrets d’un retour à l’oralité
Certaines organisations ont compris ces enjeux et mis en place des initiatives concrètes pour promouvoir l’oralité. La SNCF forme par exemple ses agents à améliorer leur prise de parole auprès des voyageurs afin d’enrichir leur expérience client. De même, dans le secteur du commerce physique, on observe un investissement accru dans la relation servicielle orale pour concurrencer efficacement les plateformes en ligne.
Au-delà du monde professionnel : l’importance de l’oralité à l’école
L’importance de l’oralité dépasse largement le cadre professionnel pour s’étendre au domaine éducatif. Le rapport Blanquer sur l’éducation met en avant la nécessité d’une pédagogie qui encourage la prise de parole et développe la confiance chez les élèves. L’apprentissage oral implique également une mobilisation du corps : posture, gestuelle et intonation deviennent autant d’outils pour exprimer ses idées avec clarté et conviction.
Conclusion
Alors que le digital a amplifié le recours à l’écrit, il convient de rétablir un équilibre avec l’oralité. Que ce soit en entreprise ou dans le cadre éducatif, parler et se parler restent des pratiques irremplaçables pour renforcer les liens humains, limiter les malentendus et améliorer la performance collective. Loin d’être opposés, oralité et écrit doivent être considérés comme complémentaires : chacun ayant ses forces propres selon le contexte et les objectifs poursuivis.


