Dossier biais cognitifs | Le syndrome du scarabée

En s’appuyant sur ces travaux d’entomologistes, deux économistes ont eu l’idée d’expliquer les mécanismes qui opèrent dans les décisions de promotions en entreprise

Le concept de biais cognitif a été développé dans les années 1970 par les psychologues Daniel Kahneman (prix Nobel en économie en 2002) et Amos Tversky pour expliquer certaines tendances menant à des décisions irrationnelles dans le domaine économique. De nombreux biais cognitifs ont depuis été mis en lumière par des économistes ou des psychanalystes dans le domaine du travail et l’environnement d’entreprise… Ce sont ces biais spécifiques que tous les acteurs du monde de l’entreprise connaissent auxquels nous allons ici nous intéresser…

Étrangement, une étude réalisée par des entomologistes de l’Université de Chicago dans les années 60 sur des couples d’espèces différentes de scarabées, va devenir une base de mise au jour et de réflexion sur l’homophilie naturelle qui existe en chaque être humain. L’objectif premier des travaux était d’étudier leur adaptation à un environnement donné et de vérifier que l’espèce la plus adaptée finissait par prédominer.

L’observation va générer une conclusion : les scarabées mangent leurs propres œufs mais encore plus ceux des autres espèces.

En s’appuyant sur ces travaux d’entomologistes, deux économistes ont eu l’idée d’expliquer les mécanismes qui opèrent dans les décisions de promotions en entreprise. Leur étude leur a permis de démontrer que le sujet était dominé par un double phénomène de similarité et de rejet de l’hétérogénéité.

Pour George Akerlof, prix Nobel d’économie en 2001 et Pascal Michaillat, professeur d’économie à l’université Brown, le parallèle est immédiat : tout comme le font les scarabées, les hommes ont une tendance à favoriser leur espèce au détriment des autres. Leur thèse tend à démontrer que les mécanismes des promotions en entreprise, sont moins déterminés par la compétence que par des réactions motivées par homophilie et la xénophobie.

  • Par homophilie tout d’abord, car l’humain a une propension naturelle à favoriser celui ou celle qui lui ressemble, et cela en fonction de critères très variés : le diplôme, les opinions, le sexe ou simplement l’affect…
  • Par xénophobie enfin, car l’humain, de la même façon, a la propension connexe de rejet de ceux qui pensent différemment ou qui ne partagent pas les mêmes points de vue … 

Plus la hiérarchie est importante au sein de l’organisation en question, plus ce phénomène est prononcé”, soulignent les deux économistes. “C’est ce que nous appelons le syndrome du scarabée : dès lors qu’on effectue des promotions au sein d’une organisation hiérarchisée, les managers et autres dirigeants ont tendance non seulement à favoriser la similarité, mais aussi à rejeter l’hétérogénéité”. 

Le danger mis en lumière par ces travaux est de créer, au sein des entreprises, une homogénéité confortable des individus, qui, non sans créer naturellement une ambiance agréable et un bien-être plus facilement atteint dans la relation de groupe, est avant tout un frein à l’innovation, à la disruption et empêche souvent le débat et la confrontation d’idée propice à l’émergence de concepts et de débats constructifs. Le groupe ainsi créé se surspécialise et, corrélativement, se sclérose dans des taches et des approches trop spécifiques.

Les deux scientifiques tiennent même pour en partie responsable, le syndrome du scarabée, des inégalités de salaire entre les hommes et les femmes : “Notre modèle de calcul permet de comprendre pourquoi en Occident les organisations dirigées par des hommes le sont, en général, ad vitam æternam. C’est que le syndrome du scarabée les pousse à promouvoir ceux qui leur ressemblent, et donc, à rejeter le sexe opposé”, expliquent-ils. 

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Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable et constituent les premiers remparts contre les visions court-termistes, le downgrading et la standardisation. Notre objectif est d’établir un rapport humain authentique lors de l’élaboration et la réalisation de nos missions. Nous avons à cœur de nouer un lien de confiance et de transparence avec nos partenaires, vecteur de transformations durables et de changement en profondeur des modèles de communication et de management.