Sur ce site, nous avons souvent abordé la question du bonheur au travail, à travers des sujets comme les Chief Happiness Officers, le bien-être ou la qualité de vie au travail. Mais qu’en est-il du mal-être ? Quels sont les facteurs qui, au contraire, rendent malheureux dans la vie professionnelle ? Une étude de 2016 met en avant les sept principaux facteurs conduisant à une perte de sens au travail, et un point commun se dégage : l’influence déterminante du management.
Une liste non exhaustive
Avant de détailler les résultats, il est important de préciser les limites de l’étude de référence. Dans leur publication intitulée What Makes Work Meaningful – Or Meaningless (« Ce qui donne du sens au travail – ou le rend dénué de sens »), les chercheurs britanniques Catherine Bailey et Adrian Madden ont cherché à identifier les sources d’épanouissement et de détresse dans la sphère professionnelle. Leur postulat de départ apparaît dès le titre : la question du bonheur serait étroitement liée à celle du sens au travail. Un critère primordial, mais qui ne représente qu’une des motivations intrinsèques pouvant animer un individu.
Par ailleurs, l’étude s’appuie principalement sur les interviews de 135 personnes exerçant dix professions très différentes. Un panel qui peut sembler limité pour tirer des conclusions définitives sur un sujet aussi complexe. D’autant qu’il ne comprend que des individus travaillant au Royaume-Uni, alors que des différences notables existent selon les pays. Il ne s’agit donc pas de livrer une vérité générale et incontestable sur le malheur au travail. Néanmoins, les retours des personnes interrogées apportent un éclairage pertinent et mettent en évidence un facteur commun à toutes les causes de mal-être évoquées.
Les « sept péchés capitaux » du manque de sens
Catherine Bailey et Adrian Madden ont demandé aux sondés ce qui les conduisait à s’interroger sur l’utilité de leur métier. Les réponses ont permis d’identifier les sept raisons principales de perte de sens au travail. L’origine du mal-être professionnel d’un individu peut donc s’y trouver, surtout en cas de cumul de plusieurs facteurs. Voici ces « sept péchés capitaux » du manque de sens, classés par ordre décroissant de pénibilité :
- L’éloignement de ses propres valeurs
Chaque individu possède des convictions sur sa profession et son entreprise. Lorsque la direction paraît en décalage avec ces valeurs, cela peut entraîner un mal-être profond. Par exemple, lorsque les problématiques financières sont privilégiées au détriment de la qualité du travail. - Le manque de reconnaissance ou d’estime
Les personnes interrogées ont indiqué que l’attitude des managers avait un impact sensible sur leur moral. Certaines ont pointé une reconnaissance insuffisante de leurs résultats ou de leurs efforts. D’autres ont même mentionné que leurs supérieurs ne prenaient pas la peine de les saluer, leur donnant l’impression d’être méprisés. - L’obligation de réaliser des tâches inutiles
Nombreux sont les employés à aimer leur travail. Mais lorsqu’ils se voient assigner des tâches redondantes ou sans intérêt, ils peuvent se sentir inutiles. Ce sentiment peut être exacerbé par une accumulation de tâches administratives ou des consignes contradictoires données dans un court laps de temps. - Un management injuste
Lorsque deux personnes d’une même équipe ne sont pas traitées de façon équitable, cela risque d’avoir une incidence sur elles et sur leurs collègues. Il peut s’agir de rémunération, d’augmentation, de promotion ou de sanction. - Une hiérarchie qui ne tient pas compte de l’opinion de ses employés
Ne pas se sentir écouté par ses supérieurs contribue à perdre foi en son travail, voire en sa valeur. Si son opinion n’est pas prise en compte, un individu peut avoir l’impression d’être un simple exécutant, jugé uniquement sur sa productivité. - Le sentiment de solitude
Les personnes interrogées ont souligné l’importance du lien social avec leurs collègues, susceptibles de leur apporter du soutien. Au contraire, la solitude peut conduire à une remise en question professionnelle, qu’elle soit subie (ostracisme, difficultés d’intégration) ou choisie (travailleurs indépendants, premières années d’une startup). - L’exposition inutile aux risques sur l’intégrité physique ou mentale
Certains métiers comportent inévitablement une part de danger. Mais lorsque l’exposition à ces risques paraît démesurée ou sans réelle nécessité, l’individu peut avoir l’impression de ne pas être considéré à sa juste valeur.
Le management comme clé de voûte
À la lecture de ces éléments, une conclusion s’impose : le management joue un rôle capital. Il peut réduire significativement les risques de perte de sens, en témoignant de la considération envers ses équipes, en leur montrant de la reconnaissance, en adoptant une réelle position d’écoute ou en consolidant les liens entre les collaborateurs. Bien sûr, il ne s’agit pas d’une formule magique, et toutes ces précautions ne suffisent pas à garantir le bonheur de tous les employés. Mais elles permettent de limiter les risques de turnover, d’absentéisme ou, plus généralement, de mal-être professionnel.


