Le Quiet Quitting : un terme révélateur d’un changement de mentalité des salariés

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Le Quiet Quitting : un terme révélateur d’un changement de mentalité des salariés

19 septembre 2022

Les réseaux sociaux, et notamment TikTok ont popularisé un nouveau terme baptisé quiet quitting – démission silencieuse. Cette expression qualifierait la tendance à réaliser sa tâche professionnelle telle que définie dans son contrat, ni plus, ni moins.

L’utilisation de cet anglicisme a rapidement libéré les passions au motif que l’idée même de faire son travail « strictement » ne pouvait être qualifié de démission silencieuse… Une polémique largement relayée s’est rapidement mise en place mêlant propos sur une jeunesse dilettante, un manque d’implication d’un côté et un droit au repos et une juste place du travail de l’autre, notamment aux États-Unis (lire l’article du NY Times).

Ce faux phénomène reflète une réalité bien plus profonde : une prise de conscience, désormais exprimée, d’un besoin absolu d’équilibre entre vie personnelle et vie privée. Au-delà, ce type de polémique est révélatrice d’un changement profond de mentalité des salariés au sujet de la place du travail dans leur vie.

En ouvrant largement la pratique du télétravail, la pandémie de Covid a créé une proximité entre environnement personnel et environnement de travail dans laquelle la gestion des priorités est devenue complexe à gérer pour nombre de collaborateurs. Heures supplémentaires, absence de déconnexion et de lâcher prise ont créé une charge mentale inédite cumulée à l’inquiétude légitime de la situation sanitaire. Au sortir de cette période, affirmer son droit à la déconnexion apparait comme légitime, s’inquiéter et agir contre certaines des causes générant des burnout et autres conséquences tragiques l’est tout autant. Dès lors, la survenance de revendications comme le quiet quitting n’a en fait rien d’étonnant.

La période de crise sanitaire que nous avons traversé a transformé profondément certains piliers du rapport au travail. Avec un nombre de démissions qui augmente, des critères de motivation qui se modifient profondément et des priorités sociales qui basculent vers un rééquilibrage entre vie professionnelle et vie personnelle, le terreau pour l’ancrage d’expressions telles que quiet quitting est fertile.

Certains chiffres sont inquiétants : le journal The Guardian nous révèle que « seulement 9% des travailleurs au Royaume-Uni étaient engagés ou enthousiastes à propos de leur travail », aux Etats-Unis, en France et en Australie, de nombreux cadres refusent de plus en plus de responsabilités en dehors de leur fiche de poste pour préserver leur équilibre.

Cette situation révèle une déstructuration des priorités de nombreux collaborateurs dont beaucoup prônent un rééquilibrage entre ce qu’ils font pour leur entreprise et ce que l’entreprise fait pour eux.

Ce type de revendication est aussi révélateur d’une bascule du « pouvoir » de l’entreprise vers le salarié. Ce dernier réclame désormais des engagements forts de la part des entreprises en termes de démarches RSE, de considération des collaborateurs, de sens dans la politique managériale… Dans cet élan global, la réaffirmation des principes protégés par la Loi n’a rien d’étonnant et surtout, sur le fond, rien de critiquable.

Lire aussi : Le burn out : quand le travail devient une souffrance

En revanche, « philosophiquement », l’utilisation de ce terme peut se révéler inquiétante. Comment envisager une entreprise dans laquelle le travail ne serait envisager que dans son acception « minimale » ? Comment nier l’importance de l’engagement, de l’effort et de l’entraide dans la conduite de la vie d’une entreprise ?

S’il est révélateur de quelque chose, l’emploi de tels termes l’est sans doute d’un glissement du rapport de force historique entre les entreprises et les salariés. Autrefois naturellement convoitées par les travailleurs, les entreprises avaient les moyens d’imposer un certain nombre de règles et de méthodes de fonctionnement, parfois abusivement ! Désormais, c’est à elles de devenir attirantes et de démontrer leurs atouts, leurs engagements et leur valeur ajoutée pour séduire de nouveaux collaborateurs. Dans ce contexte, l’émergence de « réactions » telles que le quiet quitting ne fait qu’entériner cette nouvelle donne en  affirmant haut et fort que les abus du passé n’ont plus droit de cité… Mais dans le même temps, il apparait paradoxal de vouloir faire cohabiter une volonté légitime d’humanisation du monde du travail avec une revendication, en parallèle, du droit au strict respect d’une fiche de poste. Une vision manichéenne de la relation entreprise/salarié apparait plus rétrograde que moderne …