Biais d'attribution hostile et de confirmation : quand la parano guette au travail

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Biais d'attribution hostile et de confirmation : quand la parano guette au travail

16 août 2022

Analyser le comportement de ses collègues est un exercice périlleux. Car le jugement humain est souvent altéré par deux distorsions cognitives (entre autres) : les biais d’attribution hostile et de confirmation. Et lorsque ces réflexes psychologiques interviennent de concert, la parano n’est pas loin.

Votre collègue a « oublié » de préparer les slides dont vous aviez besoin pour une présentation client. Mais est-ce vraiment un oubli ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une manœuvre délibérée visant à vous nuire ? Au travail plus qu’ailleurs, nous avons parfois l’impression d’être la cible d’individus mal intentionnés. Une paranoïa notamment alimentée par deux biais cognitifs courants.

Pourquoi le monde du travail est-il un terreau fertile pour la paranoïa [1] ?

Si on ne choisit pas sa famille, ce n’est pas le cas non plus de ses collègues. L’entreprise réunit ainsi des individus différents, chacun possédant son histoire, son caractère, sa sensibilité. Une telle diversité de fonctionnements conduit souvent à la méfiance, en particulier chez ceux particulièrement enclins à la suspicion. Une tendance naturelle qui a, de surcroît, pu être renforcée par une mauvaise expérience auprès d’un précédent employeur, via un management toxique ou un esprit de compétition malsain.

Par ailleurs, il est indéniable que l’ambition joue un rôle important dans la sphère professionnelle. Il n’est donc pas erroné d’estimer que certaines personnes visent à se mettre prioritairement en avant. Et parfois au détriment du groupe ou d’un collègue. Cependant, il convient de ne pas extrapoler ces quelques exemples à l’ensemble de l’organisation.

Qu’est-ce que le biais d’attribution hostile ?

Car notre cerveau nous joue quelquefois des tours. Ainsi, le biais d’attribution hostile désigne la tendance naturelle à attribuer, de façon inconsciente, une intention malveillante à quelqu’un, dans une situation où aucun élément objectif ne permet de conclure à une action délibérée. Par exemple, en voiture (un environnement très favorable au biais d’attribution hostile), si une personne prend tardivement une sortie, je jugerai spontanément que le conducteur a voulu gagner du temps, au détriment des autres usagers. Sans envisager qu’il a simplement pu s’être trompé de route.

Au travail, un tel réflexe établit les bases idéales pour des interprétations paranoïaques. Si ce collègue n’a pas préparé les slides attendus, ce n’est pas innocent. Il désire certainement saboter ma présentation, me décrédibiliser auprès des clients et de la direction, prendre ma place…

Qu’est-ce que le biais de confirmation ?

Malheureusement, il peut être difficile de sortir de ce sentiment de persécution. Car une deuxième distorsion cognitive vient prendre le relais de la première : le biais de confirmation. Celui-ci correspond à la propension de l’être humain à sélectionner les informations en faveur de ses idées préconçues. Au contraire, il aura tendance à ignorer les faits contraires à ses opinions, campant ainsi aisément sur ses positions. Et ce, notamment parce qu’il est douloureux de reconnaître son erreur.

Ainsi, au travail, si un individu est persuadé qu’un collègue cherche à lui nuire, il interprétera toutes ses actions à travers ce prisme. Sa conviction pourra être renforcée par des événements bénins, comme le fait qu’il ne lui ait pas proposé de café. En revanche, il ne tiendra pas compte d’actes a priori positifs, tels qu’une invitation à s’asseoir lors d’une réunion. Ou pire : il pensera que la chaise est en réalité piégée.

Le tri d’interprétations

Cumulés, les biais d’attribution hostile et de confirmation peuvent générer un fort sentiment de paranoïa. Ces deux mécanismes interviennent d’ailleurs souvent chez les partisans de certaines théories du complot. Alors comment éviter de se laisser piéger ?

Puisque ces biais sont des réflexes naturels, il est difficile de s’en séparer totalement. Néanmoins, il est premièrement possible de s’inspirer du troisième accord toltèque : « Ne faites pas de supposition. » Il convient ainsi de dissocier les faits des interprétations. Dans notre exemple, le fait que votre collègue n’ait pas produit les slides attendus constitue un constat objectif. En revanche, un potentiel oubli ou un éventuel désir de vous nuire restent du domaine de la supposition.

Par ailleurs, pourquoi ne pas directement interroger la personne concernée ? Après tout, elle est certainement la mieux placée pour savoir ce qui l’a motivée. Toutefois, les questions posées ne doivent pas être guidées par vos a priori. Par exemple, privilégiez : « Pourquoi n’as-tu pas pu préparer les slides ? » Et non pas : « Pourquoi essaies-tu de saboter mon travail ? » Bien sûr, les réponses ne seront peut-être pas entièrement transparentes. Mais elles pourront vous aider à y voir plus clair, d’une façon ou d’une autre. Enfin, n’oubliez pas qu’il existe une multitude d’interprétations possibles à un acte. Si vous sentez que vous vous perdez en conjectures négatives, songez également à des suppositions positives autour de cette situation. Et souvenez-vous que l’hostilité n’est pas si fréquente, en gardant à l’esprit le rasoir de Hanlon : « Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la bêtise suffit à expliquer. »

[1] "paranoïa" doit s'entendre au sens commun du terme et non selon son acception médicale et psychiatrique".