Flemme, démotivation et rapport au travail en France

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Flemme, démotivation et rapport au travail en France

28 novembre 2022

Un sondage publié le 17 novembre 2022 par l’institut IFOP pour la Fondation Jean Jaurès, analyse la transformation du monde du travail induite par la baisse de la motivation et de l’état psychologique des individus. L’incidence de la crise du Covid a permis de mettre en exergue les besoins des français en termes de valorisation de leur temps libre et de priorisation de vie familiale et privée. Une forme de flemme semble s'installer pour toute une catégorie d'actifs.

Ce sondage a pour ambition d’analyser le rapport des français à l’effort et à la motivation.

Une épidémie de flemme

Selon l’étude, 1 français sur 3 serait touché par ce phénomène de flemme. La motivation générale des individus a été gravement entamée par les circonstances récentes et les effets semblent importants.

30% des sondés affirment être moins motivés dans leurs activités quotidiennes. Les effets sur nombre d’activités de loisirs s’en ressentent de façon significative sur tout le territoire. Dans le même temps, les analystes de ces chiffres considèrent que seul la recherche de sens de l’activité peut expliquer cette tendance. En effet, que ce soit à titre privé ou professionnelle, la quête de sens dans ses efforts devient de plus en plus centrale dans la vie de nos concitoyens : au travail comme dans la sphère personnelle ce critère est devenu essentiel à la motivation et à l’action.

Stress et angoisses se sont manifestement implantés dans le pays suite aux crises traversées. Les répercussions se ressentent désormais dans tous les domaines. Plus globalement, le questionnement sur l’avenir lié au dérèglement climatique a généré un eco-anxiété de plus en plus visible. 20 à 30 % des français se disent aujourd’hui touchés par ce phénomène d’éco-anxiété.

L’étude révèle que 45 % des français avouent ressentir une flemme à sortir de chez eux. Le phénomène atteint principalement les jeunes et les 35-49 ans et moins les personnes plus agées. L’appétence pour le confort et le cocooning s'intensifie. Les prix jugés excessifs des activités extérieures et l’angoisse de la rigueur hivernale expliquent ce phénomène.

Les effets sur le monde du travail

Les répercussions de cette baisse de motivation dans le domaine de l’activité professionnelle sont importantes. Un vocable significatif domine depuis cet été. Grande démission, Quiet quitting… tous ces éléments ont créé un sentiment angoissant dans l’esprit des français. Le phénomène de démission s’est installé en France depuis fin 2021 atteignant un chiffre de 520 000 par trimestre. Ce chiffre traduit une forme de lassitude de certains salariés et leur besoin de trouver du sens dans leur activité professionnelle.

Lire notre article : Démissions en France

La crise du Covid a eu pour effet de mettre en chômage partiel plusieurs millions de français. Cette situation a généré interrogations et remise en cause de leur rapport au travail. Le recours au télétravail durant cette période et son installation progressive dans le quotidien des salariés a également marqué cette période. Ces éléments ont généré un bouleversement du rapport au travail des français dont les effets se font aujourd’hui sentir : 37 % des actifs se disent moins motivés qu’avant dans leur travail.

La perte de motivation au travail touche davantage les jeunes actifs (46% des 25-34 ans), mais aussi les cadres (44%) et les professions intermédiaires (43%), contre 34% parmi les employés et ouvriers.

Ces chiffres traduisent également un changement de priorités. Le travail perd sa place centrale et statutaire dans l’esprit de nombreux français. Le phénomène du « quiet quitting » ou démission silencieuse est symptomatique de cette situation. L’équilibre vie privée vie professionnelle cristallise les besoins de la population.

Lire notre article : le quiet quitting

En ouvrant largement la pratique du télétravail, la pandémie de Covid a créé une proximité entre environnement personnel et environnement de travail dans laquelle la gestion des priorités est devenue complexe à gérer pour nombre de collaborateurs. Heures supplémentaires, absence de déconnexion et de lâcher prise ont créé une charge mentale inédite cumulée à l’inquiétude légitime de la situation sanitaire. Au sortir de cette période, affirmer son droit à la déconnexion apparait comme légitime. S’inquiéter et agir contre certaines des causes générant des burnout et autres conséquences tragiques l’est tout autant. Dès lors, la survenance de revendications comme le quiet quitting n’a en fait rien d’étonnant.

L’étude montre également que la notion de « souffrir pour réussir », devient pour toute une génération une maxime archaïque dénuée de fondement. 49 % des sondés désapprouve la réalité de ce dicton. Les résultats montrent que sur cette question le clivage ne correspond pas à un niveau d’études particulier. Il ne correspond pas non plus à un niveau de responsabilité professionnel. En effet, quel que soit le niveau d’études, la nature de la profession ou le niveau de responsabilité, les moyennes de réponses se font dans les mêmes proportions. Le seul critère différenciant s’avère être l’âge des sondés : l’adhésion à cette maxime augmente avec l’âge des personnes interrogées.

Force est de constater qu’un changement générationnel dans le rapport à l’effort est en train de s’opérer sociologiquement. Les référentiels s’estompent pour laisser la place à d’autres principes et d’autres sources de valeurs.

Lien vers l’étude complète