Le Cogito de l’ultracrépidarianisme : “Je pense donc je sAis”

"L’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance". Cette citation de Charles Darwin illustre avec grande justesse l'ultracrépidarianisme, phénomène ayant toujours existé mais qui se trouve de nos jours exacerbé avec l’omniprésence des réseaux sociaux.

“L’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance”. Cette citation de Charles Darwin illustre avec grande justesse l’ultracrépidarianisme, phénomène ayant toujours existé mais qui se trouve de nos jours exacerbé avec l’omniprésence des réseaux sociaux. 

Les réseaux sociaux ont mis au jour un phénomène qui pourtant n’a rien de nouveau mais qui, par ce prisme, se trouve de plus en plus exacerbé : l’ultracrépidarianisme. Ce terme a priori abscons a pourtant une définition très simple, à savoir le comportement d’une personne visant à donner son avis sur des sujets pour lesquels elle n’a pas de compétence réelle.

Ce mécanisme se rapproche de l’effet Dunning-Kruger, biais cognitif induisant une surestimation de leurs compétences par des personnes non qualifiées. Charles Darwin définit ce phénomène en ces termes : “L’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance”.

Lire aussi : Dossier biais cognitifs : L’effet Dunning-Kruger

Les moyens de communication modernes ainsi que la soif permanente d’informations exacerbent l’ultracrépidarianisme en engendrant une visibilité de plus en plus frontale de ce phénomène. La politique, les médias, les réseaux sociaux… sont autant de terreaux propices à la survenance de ce phénomène.

Les domaines de prédilections d’expression du phénomène 

Ce sont bien les audiences qui sont au cœur de la problématique ! En effet, tout à chacun, à son petit niveau, a tendance à défendre des arguments, exposer des certitudes, argumenter sur des sujets dont il ne maitrise pas complètement les fondamentaux et encore moins les subtilités. Le jeu de la vie en société est ainsi fait. Mais, lorsque cette absence de connaissance rencontre une audience large, le danger se concrétise : la formidable époque de communication que nous connaissons et l’incroyable accès à l’information qu’il engendre est corrélé à un effet pervers : l’accès tout aussi aisé à la désinformation ! Le nivellement de l’information n’existe plus et, sur un même plan, sur un même support, se confrontent les réflexions et les commentaires des compétents et les avis et jugements des incompétents, rendant difficile la sélection et l’appropriation des faits.

Étienne Klein, philosophe et physicien a constaté la prolifération de cette tendance notamment en entendant et en lisant de plus en plus régulièrement des propos qu’il illustre par la formule “Je ne suis pas médecin, mais je pense…”

Son analyse met en avant le fait que l’important est d’avoir conscience que nous sommes tous victimes de ce travers et qu’il est nécessaire, dans le cadre d’une prise de parole touchant un large auditoire, de réfréner cette attitude. Etienne Klein explique également que notre propension à accueillir ce type de propos, émanant de personnes dont nous sommes souvent conscients de l’incompétence, s’explique par la période d’incertitude que nous traversons : écouter les personnes qui affirment leur propos avec certitude voire arrogance s’avèrerait rassurant en ces temps difficiles. Néanmoins, il réaffirme corrolairement un principe : “notre démocratie, pour garder de sa vivacité, a besoin que les gens modérés s’engagent passionnément“. Ce dernier point, transposé au monde de l’entreprise est cher à l’Observatoire OCM, en effet, nous sommes persuadés que l’argumentation et le temps donné à la construction d’une idée doit pouvoir s’exprimer sans être imposé ou dicté par des personnes non-détentrices d’une compétence, par la seule force de leurs certitudes.

Ultracrépidarianisme dans l’entreprise

Le modèle d’entreprise hiérarchisé est souvent un foyer propice à l’expression de ce phénomène. En effet, certains managers, après avoir recueilli les avis et préconisations de leurs équipes, vont devoir transmettre les informations à leurs supérieurs, lesquels vont à leur tour faire remonter cette information à leur propre hiérarchie… L’information se trouve naturellement déformée dans le cours de cette chaine de transmission et défendue finalement par un non spécialiste

Bien évidemment, le manager a notamment pour rôle la transmission d’informations des spécialistes qu’il dirige mais, la complexité de sa mission et des taches qu’il doit accomplir l’empêche parfois d’avoir le temps d’améliorer ses compétences dans un trop grand nombre de spécialités. Il va donc devoir défendre un sujet qu’il ne maitrise pas et, paradoxalement, des décisions seront prises en fonction de sa propension à les défendre avec conviction : un magnifique terreau d’ultracrépidarianisme.

Dans ce constat, personne n’est responsable en définitive… seul le modèle d’organisation est fautif. Prendre le temps d’écouter les personnes compétentes, s’autoriser à exprimer son incompétence dans certains domaines devrait être des principes de l’organisation des entreprises. La profusion des réunions devenue dans les entreprises un moment de cohésion dont certaines vertus ne sont pas contestables, est également le terrain propice à la manifestation de ce phénomène. En effet, les voix (dans les deux acceptions du terme) sont trop souvent traitées avec une égalité de pertinence, malgré une inégalité d’expertise et de compétence. Ainsi, l’avis du spécialiste se noie dans les avis, souvent sincères et sensés, des autres membres de l’équipe. Le danger est évident : si l’expert compétent n’est pas doté d’une personnalité lui permettant de recentrer les débats ou d’affirmer son point de vue, ou si les non spécialistes possèdent eux une force de persuasion ou une assurance importante, alors les décisions peuvent être prises au mépris d’éléments essentiels. Là encore, les managers ont un rôle central à tenir dans ces débats : ils doivent s’assurer que la parole soit libre pour tous mais que dans le même temps les experts dans leurs disciplines puissent s’exprimer et surtout que les décisions soient prises en parfaite connaissance des éléments techniques. Dans cette optique, la notion de connaissance des personnalités et des modes de fonctionnement des membres de son équipe par les managers prend toute son importance.

Nos valeurs
Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

Notre ambition, au travers de nos publications, est d’affirmer avec conviction que ces valeurs sont le véritable patrimoine de l’entreprise, la réelle valeur ajoutée et surtout la meilleure protection contre les dérives actuelles que sont la standardisation, la vision court-termiste et le nivellement par le bas des logiques d’entreprise.