Le perfectionnisme au travail est-il un vilain défaut ?

Dans le monde de l’entreprise, il est souvent porté aux nues, perçu comme un atout indéniable. Cependant, le perfectionnisme peut constituer un handicap au quotidien, et pas seulement pour l’individu qui en fait preuve.

Dans le monde de l’entreprise, il est souvent porté aux nues, perçu comme un atout indéniable. Cependant, le perfectionnisme peut constituer un handicap au quotidien, et pas seulement pour l’individu qui en fait preuve.

“Quel est votre plus gros défaut ?” Une question courante en entretien d’embauche. En la lisant, une première réponse vous est probablement venue à l’esprit : le perfectionnisme. C’est en effet un conseil qu’on a maintes fois entendu et qui permettrait de mettre en avant une supposée qualité, en feignant de la considérer comme un défaut.

Cette astuce semble aujourd’hui éculée et n’est plus – espérons-le – souvent employée par les candidats. Mais surtout, elle implique que ce trait de caractère constituerait une qualité précieuse, voire indispensable, dans la sphère professionnelle. Pourtant, au quotidien, le perfectionnisme ne s’avère en réalité ni vraiment positif, ni même anodin.

Les atouts des perfectionnistes

Afin de mieux comprendre ce qui caractérise un(e) perfectionniste, attardons-nous sur la définition du terme. Le Larousse nous indique qu’il s’agit d’une personne qui a “tendance à vouloir faire tout avec un souci exagéré de la perfection“. Dès la définition, on peut donc percevoir un aspect négatif, souligné par la présence du mot « exagéré ». Alors d’où vient l’idée qu’il s’agirait d’une vertu au travail ?

Cette croyance s’explique certainement par les qualités que l’on associe aux personnes perfectionnistes. Celles-ci seraient persévérantes, auraient le souci du détail et du travail bien fait, ne compteraient pas leurs heures… Ce qui se vérifie effectivement la plupart du temps. En somme, il s’agirait de bons éléments, dont le niveau d’exigence élevé préserverait d’éventuelles erreurs.

Éternelle insatisfaction

Il ne s’agit toutefois que de la partie émergée de l’iceberg. Chez les perfectionnistes, derrière la qualité du travail, se cache donc une recherche perpétuelle de la perfection. Et cela n’a rien de réjouissant.

Alfred de Musset affirmait : “La perfection n’existe pas ; la comprendre est le triomphe de l’intelligence humaine ; la désirer pour la posséder est la plus dangereuse des folies“. Sa quête déraisonnable peut premièrement conduire les perfectionnistes à repousser sans cesse les délais. Car il est toujours possible de modifier quelques détails, de changer une police d’écriture, de déplacer une virgule… Et le retard peut démarrer avant même le début du projet : attendant des conditions idéales, un(e) perfectionniste peut avoir tendance à la procrastination. Le “parfait” laisse alors sa place au “pas fait”.

Mais les conséquences ne pèsent pas seulement sur le travail fourni. En effet, espérant livrer une copie parfaite, le perfectionniste ne sera jamais pleinement satisfait. Il fera preuve d’une autocritique permanente et ne tolérera aucune de ses erreurs. Et à force de ne pas atteindre ses objectifs démesurés, il pourra finir par se dévaloriser systématiquement. Ainsi, le perfectionnisme partage des symptômes communs avec son cousin, le syndrome de l’imposteur.

Inévitablement, un tel état d’esprit induit des effets sur la santé psychologique des individus. Ils sont sujets au stress, à l’anxiété et au surmenage, le tout pouvant conduire au burn-out.

Les travers du manager perfectionniste

Bien sûr, cela n’empêche pas d’évoluer au sein d’une organisation. Au contraire, l’individu se voit parfois promu au rang de manager. Ce qui ne fait que compliquer les affaires.

Car l’exigence démesurée envers soi-même s’étend alors aux autres. Le manager perfectionniste attendra de ses équipes un travail parfait, une notion néanmoins tout à fait subjective. Il aura donc tendance à laisser peu de liberté à ses collaborateurs et agira, une nouvelle fois, en éternel insatisfait.

Résultat : non seulement les équipes auront du mal à s’exprimer et à s’épanouir, mais de surcroît, le manager cherchera à compenser lui-même ce qu’il percevra comme des imperfections intolérables. Il n’hésitera alors pas à rester tard au bureau et à accroître sa charge de travail, quitte à risquer l’épuisement. Et sans jamais ressentir, ni exprimer de satisfaction envers lui-même ou ses collègues. Si les perfectionnistes possèdent des atouts indéniables pour l’entreprise, leur état d’esprit peut donc avoir des répercussions négatives sur eux, comme sur leur entourage professionnel. Par conséquent, il convient de les aider à établir des limites à leur exigence, pour éviter qu’ils n’en demeurent prisonniers. Et de leur rappeler le célèbre aphorisme : “Le mieux est l’ennemi du bien“. Ou, en anglais : “Perfect is the enemy of good“.

Nos valeurs
Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

Notre ambition, au travers de nos publications, est d’affirmer avec conviction que ces valeurs sont le véritable patrimoine de l’entreprise, la réelle valeur ajoutée et surtout la meilleure protection contre les dérives actuelles que sont la standardisation, la vision court-termiste et le nivellement par le bas des logiques d’entreprise.