Libérer la parole de vos collaborateurs

L’entreprise est-elle un lieu où l’on peut s’exprimer librement ? La réponse varie radicalement d’une organisation à l’autre, façonnée par sa culture, son style de management et sa gouvernance. Pourtant, à l’heure où l’on évoque l’entreprise démocratique, la question d’une communication interne plus ascendante et transversale n’est plus une option. L’expression désintermédiée se révèle être un puissant moteur d’engagement et de motivation. Les organisations visionnaires ont compris qu’elles devaient repenser leur stratégie pour libérer cette parole, un atout majeur pour mobiliser leurs équipes et attirer les meilleurs talents.

Communiquer et laisser communiquer : un accélérateur d’engagement

Le constat est sans appel : la communication descendante et institutionnelle, trop souvent policée, a fait son temps. Près d’un tiers des salariés français se sentent mal informés sur la vie de leur entreprise. Cette frustration se double d’une forte aspiration à participer : une écrasante majorité – neuf sur dix – estime que sa voix devrait peser dans l’élaboration de la stratégie. Face à la puissance des réseaux sociaux et des plateformes d’avis, la parole des collaborateurs est devenue une composante incontournable de la marque employeur.

L’expert en management John Case, dans son ouvrage de référence Open-book Management, expliquait déjà que la performance d’une entreprise décolle lorsque les employés se sentent aussi impliqués que leurs dirigeants. Cela passe inévitablement par un accès transparent aux informations et aux enjeux clés de l’entreprise. Cette vision est corroborée par de nombreuses études, dont une menée au Luxembourg qui démontre un lien direct entre une communication fluide et transversale et un engagement accru au travail. La qualité des échanges, tant avec la hiérarchie qu’au sein de l’équipe, est un facteur de motivation fondamental.

Libérer la parole : quatre stratégies d’expression dont s’inspirer

Comment passer de la théorie à la pratique ? Certaines entreprises montrent la voie avec des initiatives concrètes et inspirantes.

Un podcast mettant en valeur les collaborateurs

Plutôt que de produire un discours corporate, pourquoi ne pas donner directement le micro à ceux qui font l’entreprise ? C’est le pari réussi de Decathlon. Le groupe met régulièrement en lumière les parcours et les expertises de ses “coéquipiers” à travers des formats audio et vidéo partagés en interne et en externe. Ces témoignages authentiques incarnent la culture de l’entreprise bien mieux que n’importe quelle campagne. Dans le même esprit, le cabinet d’audit et de conseil Mazars a lancé “Le talk by Mazars”, un podcast où ses experts internes débattent des grands enjeux de société, positionnant les collaborateurs comme des leaders d’opinion.

L’open COMEX pour un accès brut à l’information

Pour briser les silos et la rétention d’information, rien de tel que la transparence radicale. L’assureur MAIF, connu pour son modèle mutualiste et sa gouvernance participative, a expérimenté le “shadow comex”, invitant des collaborateurs à observer les débats du comité exécutif pour en comprendre les rouages. La startup de l’assurance santé Alan pousse cette logique encore plus loin : toutes les décisions stratégiques, discussions et notes de réunion sont documentées et accessibles à l’ensemble des salariés. Cette transparence totale crée un sentiment de confiance et d’appropriation collective de la stratégie.

Une gestion participative de l’entreprise

Co-construire le projet d’entreprise avec les salariés est le moyen le plus efficace de garantir leur adhésion. Kiabi l’a démontré avec son projet “Vision 2030”. Plutôt que d’imposer une direction, l’enseigne de mode a orchestré une vaste consultation mêlant ateliers physiques et plateformes digitales, permettant à des milliers de collaborateurs de contribuer à l’avenir de la marque. De son côté, Danone a lancé le programme mondial “One Person, One Voice, One Share”, donnant à chacun de ses 100 000 salariés une action de l’entreprise et une voix pour peser sur les orientations futures, alignant ainsi les intérêts individuels et collectifs.

Des temps d’échange sans filtre entre dirigeants et collaborateurs

La proximité et l’accessibilité des dirigeants sont des signaux puissants. Au sein du Groupe SEB, le PDG organise régulièrement des “Cafés du Président”, des rencontres informelles sur les différents sites industriels et tertiaires du groupe pour échanger sans tabou avec de petits groupes d’employés. Chez BlaBlaCar, les fondateurs ont instauré une culture de l’échange direct à travers des sessions “Ask Me Anything” (AMA) régulières, où aucune question, qu’elle soit stratégique, organisationnelle ou personnelle, n’est éludée.

Et si on osait l’expression des salariés « hors les murs » ?

Toutes ces initiatives internes ouvrent la voie à une évolution encore plus profonde : considérer la voix du collaborateur comme un canal de communication à part entière, dépassant les frontières du bureau. L’essor du télétravail et des réseaux sociaux a rendu la distinction entre l’interne et l’externe définitivement poreuse. Tenter de maintenir une “ligne Maginot” entre ce qui se dit dedans et ce qui se voit dehors est un combat d’arrière-garde. Il est temps d’exploiter cette nouvelle réalité pour trois raisons majeures :

Le contenu partagé par un collaborateur génère huit fois plus d’engagement qu’un message corporate. Nous accordons deux fois plus de confiance à un employé qu’à son PDG ou à un cadre dirigeant. Enfin, près de 95 % des candidats scrutent la réputation d’une entreprise avant de postuler, et cette réputation se forge largement sur les témoignages de ceux qui y travaillent.

Alors, comment faire ? En encourageant activement la prise de parole volontaire, par exemple via un programme d’employee advocacy. Société Générale, par exemple, a bâti un programme d'”E-ambassadeurs” qui forme et outille les salariés volontaires pour qu’ils puissent partager leur expertise et leur vécu professionnel sur les réseaux sociaux. Loin d’être un exercice de communication forcée, il s’agit de donner les moyens à ceux qui sont fiers de leur métier de devenir les porte-paroles les plus authentiques et les plus crédibles de l’entreprise.

Un nouveau paradigme de communication est en train d’éclore, sonnant le glas de la communication interne “à l’ancienne”. Il nous exhorte à penser les canaux d’expression de manière holistique, cohérente et sans couture. Le véritable enjeu n’est plus le contrôle, mais la confiance.