Congé paternité allongé : quel impact sur l’égalité homme-femme en entreprise ?

Depuis le 1er juillet dernier, le congé paternité en France est passé de 14 à 28 jours, dont 7 obligatoires. Votée dans le cadre du nouveau budget de la sécurité sociale en septembre 2020, la mesure a pour objectif de lutter contre les inégalités de carrière entre les femmes et les hommes.

Depuis le 1er juillet dernier, le congé paternité en France est passé de 14 à 28 jours, dont 7 obligatoires. Votée dans le cadre du nouveau budget de la sécurité sociale en septembre 2020, la mesure a pour objectif de lutter contre les inégalités de carrière entre les femmes et les hommes. Quelles incidences a cette décision sur le monde de l’entreprise ? Suffit-elle à faire évoluer les mentalités ?

Promise par Emmanuel Macron, l’allongement du congé paternité à 28 jours, qui coûtera 520 millions d’euros annuel à la Sécurité sociale, est devenue réalité depuis peu. Alors que la France était l’une des premières à instaurer un congé pour les pères en 2002, elle avait par la suite accumulé un retard conséquent par rapport à ses voisins européens. La Suède, par exemple, offre depuis 1974 un congé parental à répartir entre les conjoints d’une durée d’un an et demi, aux conditions particulièrement avantageuses. L’Espagne et la Finlande, quant à eux, proposent respectivement 12 et 9 semaines loin du bureau aux hommes souhaitant consacrer du temps à leurs nouveaux-nés.

Pour le gouvernement français, l’objectif recherché est d’encourager les hommes à s’impliquer davantage dans les tâches domestiques et dans l’éducation des jeunes enfants. Une étude de l’Insee datant de 2015 l’établit sans ambiguïtés : en termes de répartition de la « charge mentale » – assurer le suivi médical, faire le ménage, s’occuper des inscriptions en crèches puis à l’école – les écarts restent criants. Ainsi, les femmes consacrent 4h38 quotidienne aux enfants et au foyer, lorsqu’on dénombre 2h26 pour les hommes.

Inégalités de carrières

Au sein des pays de l’OCDE, les femmes gagnent nettement moins que les hommes – un écart d’environ 15% – et demeurent sous-représentées aux fonctions de direction. Elles occupent par ailleurs moins d’un quart des sièges au sein des conseils d’administration. L’un des objectifs de la réforme est donc de neutraliser cet effet négatif de la maternité sur la carrière des femmes. Un changement culturel qui devrait permettre d’articuler plus justement les temps de vie. Le degré d’implication des pères dans les tâches parentales à la naissance d’un nouveau-né impacte la répartition de la charge domestique sur le long terme et de fait, l’égalité au sein du couple. C’est aussi un levier pour amoindrir l’exposition aux stéréotypes de genre et le moyen de familiariser dès le plus jeune âge les enfants à un modèle de « paternité active. »

Selon le Laboratoire de l’Egalité, la mesure pourrait néanmoins n’être qu’un coup d’épée dans l’eau. En effet, seuls 7 jours sont obligatoires et les pères risquent de ne pas s’octroyer les 21 jours supplémentaires s’ils subissent une pression ou des préjugés dans le cadre de leur environnement de travail. « Cette décision doit être valorisée par l’entreprise où ils travaillent et s’accompagner d’une rémunération suffisante. Les congés pour s’occuper des nouveaux et nouvelles nées ne peuvent plus être associés uniquement aux mères, car cela mène inexorablement à de nombreuses inégalités. Notons notamment les discriminations à l’embauche qui en découlent : il a déjà été demandé à 37% des femmes lors d’un entretien d’embauche si elles comptaient avoir un enfant, question interdite par la loi », précise le Laboratoire de l’Egalité.

Inquiétudes des petites et moyennes entreprises

Le nerf de la guerre semble donc bel et bien demeurer dans l’attractivité de ce congé pour les hommes qui, bien souvent, touchent le salaire le plus élevé au sein du couple. Si la Sécurité sociale prend en charge le congé, certaines entreprises pourraient devoir mettre la main au portefeuille pour éviter une baisse trop importante du revenu. Selon Hélène Périvier, membre de l’Observatoire français des conjonctures économiques, « ça n’est pas l’entreprise qui payera la plus grosse partie du coût de ce congé, mais la Sécurité sociale, jusqu’à un certain plafond. Au-delà de ce plafond, selon les conventions collectives, les entreprises payent effectivement le surcoût pour qu’il n’y ait pas de perte de salaire. » Autre enjeu, celui de l’organisation en interne pour les structures modestes. François Asselin, président de la Confédérations des petites et moyennes entreprises, s’inquiète des problématiques d’organisation concrètes qui pourraient se poser. Il prend notamment l’exemple des artisans n’embauchant qu’un salarié et qui pourrait se trouver sans solution pendant les 28 jours de congés. La faute encore une fois, peut-être, à une problématique de mentalités. Une fois le congé paternité rallongé ancré dans les mœurs, les solutions devraient être trouvées, l’arrivée d’un enfant se prévoyant avec plusieurs mois d’avance.