Patrick Levy Waitz : les tiers lieux, relais de la révolution du travail.

Président de la Fondation Travailler autrement

"Les tiers-lieux ont pour point commun de favoriser la créativité, l’initiative et le partage, et de plus en plus l’activité économique"

Patrick Levy Waitz s’est vu confier en 2018 par le gouvernement la “Mission Coworking : Territoires, Travail, Numérique”, qui appelle au développement des tiers lieux en France. Un an et demi après, il dresse un état des lieux de cette nouvelle génération d’espaces hybrides.

Vous avez identifié dans votre rapport au gouvernement 1 800 tiers lieux sur l’ensemble du territoire, ainsi qu’une grande diversité de fonctions (coworking, fablab, makerspace, hakerspace, livinglab…). Ce tissu évolue-t-il rapidement ? 

Cet écosystème est très mouvant. Le nombre de tiers lieux qui ouvrent et qui ferment chaque année n’est pas saisissable précisément. Mais il est certain que le plan ambitieux porté par le gouvernement va permettre de faire croitre le nombre de ces espaces et surtout de les accompagner dans leur pérennité. 

Quels sont les grands défis à relever pour accélérer le développement de cette nouvelle génération d’espaces hybrides ?

Si le phénomène des tiers lieux est souvent pris par le prisme de l’immobilier, ce dernier n’est pas toujours le plus central. En effet, le premier défi, c’est l’acculturation. Il faut que les diverses typologies de publics qui composent la vie des tiers lieux se parlent, se comprennent et agissent ensemble : porteurs de projets, collectivités locales, entreprises, associations, les activités culturelles, travailleurs indépendants, acteurs de l’immobilier… Il y a là, au passage, une formidable opportunité pour les territoires! Le second défi est plus usuel. C’est celui de l’accompagnement. Les tiers lieux peinent souvent à trouver leur modèle économique et à atteindre une taille critique pour pouvoir impacter le territoire. Ils se trouvent également confrontés à des enjeux de professionnalisation. Toutes ces fragilités justifient une action publique adaptée : il faut privilégier l’existant et soutenir son développement. 

Le modèle des tiers lieux est-il facilement reproductible ? 

Les tiers-lieux ont pour point commun de favoriser la créativité, l’initiative et le partage, et de plus en plus l’activité économique. Mais chacun est unique et n’est pas forcément transposable à un autre territoire. Certains seront plutôt axés coworking, d’autres plutôt fablab. Ce sont en outre des espaces de rencontres entre personnes dotées de compétences variées qui n’ont pas forcément vocation à se croiser. Ensuite, la gouvernance peut s’avérer être très différente d’un tiers lieu à l’autre. Si certains réinventent le lien entre public et privé, d’autres sont exclusivement portés par des structures soit marchandes, soit publiques, ou encore associatives. Enfin, le mode de financement peut varier : il y a des tiers lieux portés par un investisseur, d’autres par un exploitant ou un acteur public, associatif, privé… 

La révolution du travail qui s’amorce dans les entreprises passe-t-elle nécessairement par les tiers lieux ? 

La nouvelle révolution du travail est déjà amorcée dans les entreprises et même hors de l’entreprise. Le rapport des Français au travail et à l’entreprise connaît une mutation sans précédent, de nouvelles formes d’emplois se développent. Qu’elles soient subies ou choisies, elles impliquent davantage d’autonomie pour les individus et plus de souplesse pour les entreprises. Ce n’est donc pas un changement temporaire, une évolution de courte durée mais une tendance puissante et durable. C’est l’ensemble du marché du travail et du monde économique qui redessine sa propre image. Les tiers lieux, s’ils ne sont pas la pierre angulaire de cette révolution, participent à ces transformations. Pour autant, force est de reconnaître qu’ils sont encore méconnus par le monde du travail. En outre, leur maillage est trop lâche pour satisfaire les besoins des entreprises. Enfin, fréquenter un tiers lieu représente un coût – assumé par l’entreprise ou par le salarié. Néanmoins, chacun s’accorde sur le fait que le travail en tiers lieux permet aux salariés comme aux entreprises, qu’elles soient grandes ou petite d’adopter de nouvelles organisations de travail, d’innover et de penser out of the box.

Vous avez notamment préconisé la création d’une structure nationale, de “Fabriques des territoires” et d’un fonds de dotation de 20 millions d’euros sur trois ans. N’y a-t-il pas avec là un risque de “fonctionnarisation” des tiers lieux ?

L’idée n’est ni ne standardiser, ni de fonctionnariser le phénomène. La philosophie qui sous-tend tout le plan national de soutien aux tiers lieux est “Laissez faire les acteurs”. Le gouvernement n’a pas la volonté de s’y substituer. Bien au contraire ! Le plan est scrupuleusement celui souhaité de façon consensuelle par les acteurs. Lors du premier Conseil National des Tiers-Lieux, j’ai rappelé l’exigence qui devait être la nôtre et celle de l’État : chacun à sa place, chacun dans son rôle mais il faut faire ensemble et avec beaucoup de bienveillance. 

Nos valeurs
Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

Notre ambition, au travers de nos publications, est d’affirmer avec conviction que ces valeurs sont le véritable patrimoine de l’entreprise, la réelle valeur ajoutée et surtout la meilleure protection contre les dérives actuelles que sont la standardisation, la vision court-termiste et le nivellement par le bas des logiques d’entreprise.