Haut potentiel intellectuel (HPI) en entreprise : atout ou handicap ?

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Haut potentiel intellectuel (HPI) en entreprise : atout ou handicap ?

9 août 2022

Avoir un QI nettement supérieur à la moyenne confère-t-il un avantage dans le monde du travail ? De prime abord, la question peut sembler farfelue et la réponse triviale. Néanmoins, cette évidence serait nuancée par certains traits prétendument caractéristiques du haut potentiel intellectuel : pensée en arborescence, perfectionnisme, hypersensibilité… Mais peut-on vraiment dresser un portrait-robot de l’individu HPI ?

Haut potentiel intellectuel (HPI), surdoué(e), zèbre… De nombreux termes sont aujourd’hui employés pour qualifier un individu dont les capacités intellectuelles seraient largement supérieures à la moyenne. Ces facultés hors norme constituent-elles un avantage ou un inconvénient dans le monde du travail ?

Comment définir le haut potentiel intellectuel ?

Pour répondre à cette question, encore faut-il disposer d’une définition claire et non ambiguë. Une première étape présentant déjà des difficultés, dans la mesure où il n’y a aucun consensus. Cependant, un indicateur commun sert généralement de référence : un individu HPI possède un quotient intellectuel (QI) supérieur à 130.

Cela concernerait 2,28 % de la population (soit un peu plus de 1,5 million de personnes en France). Mais attention : cette proportion ne correspond pas aux nombres d’individus diagnostiqués. Il s’agit d’une estimation statistique, partant du principe que la répartition de la population par QI suit une courbe de Gauss.

Les limites du QI

Si les tests de QI ne suffisent pas toujours à établir un diagnostic, ils demeurent souvent incontournables auprès des spécialistes. Pourtant, ils sont loin d’échapper aux critiques.

En effet, la fiabilité des tests est régulièrement remise en question. Et ce, premièrement parce que les résultats sont susceptibles de varier, en fonction de l’outil sélectionné, du contexte ou de l’état émotionnel de l’individu. De même, ce dernier peut parvenir à améliorer son score en s’entraînant sur des exercices similaires. Or, le QI est censé mesurer le potentiel intellectuel d’une personne. Si l’indicateur dépend en réalité de nombreux éléments extérieurs, il est légitime de s’interroger sur sa pertinence.

Par ailleurs, des critiques affirment que les tests de QI couramment utilisés comportent des biais culturels. Ils seraient ainsi plus adaptés aux populations occidentales, auxquelles appartiennent leurs créateurs. Par conséquent, la mesure actuelle du QI ne serait pas universelle et ne pourrait suffire pour évaluer les capacités cognitives humaines.

De façon plus générale, il n’existe pas de consensus sur la nature de l’intelligence. Alors comment mesurer une propriété sans être capable de la définir ? Ainsi, la théorie des intelligences multiples soutient qu’il existe huit (voire neuf) formes d’intelligence. Et le QI ne permettrait d’en mesurer que… deux : les intelligences linguistiques et logico-mathématiques. Les tests proposés passeraient à côté des autres types d’intelligence : spatiale, interpersonnelle, kinesthésique, musicale…

HPI : le portrait-robot impossible

Néanmoins, quelles que soient les imperfections des tests, une petite part de la population possède un QI supérieur à 130. Il est donc possible de l’étudier. Alors quelles sont les caractéristiques communes aux HPI ?

Tout d’abord, le haut potentiel se manifesterait généralement par une grande curiosité intellectuelle et une envie soutenue d’apprendre. Il se caractériserait également par une aptitude à manier l’humour et une créativité supérieures à la moyenne. De plus, la plupart des HPI privilégieraient l’indépendance, tant socialement que professionnellement, sans que cela n’influe sur leur sociabilité. Et… c’est tout.

En effet, il n’existe pas vraiment de portrait-robot de l’individu HPI, au-delà de ces quelques particularités, à considérer, de surcroît, avec prudence. Il n’est pourtant pas rare de lire que les hauts potentiels se distingueraient par leur système de pensée en arborescence (chaque idée en entraînant de nombreuses autres), qu’ils seraient majoritairement hypersensibles, ce qui pourrait constituer un handicap au travail, ou que leur perfectionnisme menacerait leur bien-être professionnel. Ou encore que, « plus que les autres », ils ne supporteraient pas l’injustice, chercheraient du sens dans leur travail, risqueraient de s’y ennuyer, auraient tendance au burn-out

Bien sûr, des HPI peuvent se reconnaître à travers ces traits de caractère. Mais peut-on affirmer que ceux-ci sont spécifiques à cette population ? Par exemple, des tests sur des enfants ont montré que la pensée en arborescence ne se rencontrait pas davantage chez les profils HPI. De même, aucune étude ne permet de certifier que les hauts potentiels sont particulièrement sujets à l’hypersensibilité, au perfectionnisme ou au burn-out. Et encore moins de conclure qu’ils seraient doués d’une sorte de pouvoir extralucide.

Par conséquent, le haut potentiel intellectuel ne constitue en soi ni un atout, ni un handicap, dans le monde de l’entreprise. Il existe en effet autant de profils différents que d’individus HPI. Ainsi, si vous ne vous sentez pas à votre place au travail, que vous avez l’impression d’être « différent(e) », ce n’est pas nécessairement à cause d’un QI supérieur. Cela peut, en revanche, être lié à une autre neuroatypie, comme l’hypersensibilité. Mais là encore, il existe autant d’hypersensibilités différentes que d’hypersensibles.