Dans un contexte d’incertitude pour l’enseignement supérieur, la prise de décisions stratégiques devient particulièrement importante. Les établissements doivent faire face à de multiples défis : phénomène de grande démission, évolution des pratiques éducatives, incertitudes concurrentielles et perspectives démographiques changeantes.
La question centrale est de savoir comment réussir à prendre collectivement un virage stratégique intégrant les dimensions écologique, sociétale et éthique qui répondent aux attentes des parties prenantes. Le monde académique joue un rôle majeur dans ces transitions profondes, avec les étudiants comme partie prenante essentielle dans cette chaîne de valeur dédiée aux bifurcations intellectuelles.
Enjeux opérationnels de la gouvernance
La gouvernance désigne l’ensemble des mesures, règles et organes qui assurent le bon fonctionnement d’une organisation. Face à l’émergence de nouveaux acteurs, notamment issus de l’univers numérique, une réflexion s’impose sur l’opportunité d’un mode de gouvernance élargi correspondant aux évolutions du marché.
L’attractivité devient essentielle : les établissements doivent anticiper pour continuer d’attirer étudiants et professeurs de haut niveau. L’engagement des étudiants dépend largement de leur satisfaction à l’égard du travail réalisé et de l’environnement qui les soutient. Leurs attentes portent également sur l’ambition de réfléchir à de nouvelles perspectives porteuses de progrès global.
Risques stratégiques
Les établissements d’enseignement supérieur sont des organisations à mission éducative dont la fonction première est leur propre conservation. Ils définissent des compétences pour répondre à des défis globaux (RSE, développement durable, performances écologiques et sociétales) afin de transformer ces capacités en avantages concurrentiels.
Par la prédominance des parties prenantes humaines, ces établissements répondent à des fonctionnements complexes caractérisés par des interactions non linéaires, rendant leur comportement difficilement prévisible. Cette complexité peut les rendre vulnérables et fragiles.
Approche holiste versus approche réductionniste
L’approche holiste
Du grec “Holos” (totalité), l’approche holiste considère que le tout est supérieur à la somme des parties. Dans le management stratégique, elle consiste à expliquer les faits individuels par d’autres faits déterminés par le tout dont ils font partie.
Allan Savory a défini six étapes clés d’un cadre décisionnel holistique :
- Définir ce que l’on gère
- Définir les objectifs immédiats et futurs
- Définir et surveiller des indicateurs objectifs
- Ne pas limiter les outils de gestion utilisés
- Tester les décisions auprès des parties prenantes
- Mettre en place une boucle de rétroaction
L’approche réductionniste
Le réductionnisme tente de créer une description unifiée du monde en le réduisant à des composants élémentaires. Il considère que les caractéristiques de niveau supérieur d’un système proviennent de composants élémentaires, permettant de se concentrer sur les parties de niveau inférieur.
Dans les sciences sociales, cette approche exige que les causes des phénomènes sociaux soient explicables à travers les motifs et actions des agents individuels. Le Nutri-score dans l’alimentation illustre ce réductionnisme, en voyant les aliments comme une somme de nutriments.
Vers une complémentarité des approches
Ces deux approches peuvent être complémentaires au sein d’un Comité de Direction. Pour l’holisme, c’est le niveau supérieur qui impose l’ordre aux autres niveaux, tandis que pour le réductionnisme, c’est le niveau inférieur qui propage ses effets organisateurs aux niveaux supérieurs.
Trois recommandations peuvent définir des jalons de maturité stratégique :
- Dépasser l’approche “one best way” académique pour intégrer un modèle dynamique incluant des éléments andragogiques
- Intégrer pleinement un modèle pédagogique dans la chaîne de création de valeurs
- S’engager dans une transition holiste pour éclairer les décisions stratégiques en intégrant agilité et intelligence collective
Les deux approches sont porteuses de sens mais peuvent être utilisées alternativement selon la problématique stratégique et les parties prenantes concernées. Une approche exclusivement holiste risque de minorer l’adhésion des parties prenantes humaines, tandis qu’une approche purement réductionniste peut sembler trop simpliste face à des enjeux complexes.


