Faut-il chercher à avoir plus de responsabilités au travail ?

On a parfois tendance à les considérer comme le Saint Graal de la quête professionnelle. Les responsabilités seraient ainsi indissociables de l’ambition dans le monde du travail. Peut-on trouver sa place en entreprise sans chercher à en obtenir, voire en les fuyant ?

On a parfois tendance à les considérer comme le Saint Graal de la quête professionnelle. Les responsabilités seraient ainsi indissociables de l’ambition dans le monde du travail. Peut-on trouver sa place en entreprise sans chercher à en obtenir, voire en les fuyant ?

Je me vois bien devenir chef de projet et gérer des équipes“. Une telle réplique est souvent considérée comme une “bonne réponse” à la question : “Où vous voyez-vous dans 5 ans ?“. Pourtant, quelques années plus tard, ces mêmes employés, devenus managers, peinent parfois à s’épanouir dans leur rôle. Et ce n’est pas un hasard : nous ne sommes pas tous égaux devant les responsabilités.

L’hypégiaphobie, ou la phobie des responsabilités

Le terme “hypégiaphobie” ne figure dans aucun dictionnaire de référence. Il s’agit en réalité d’un mot-valise créé à partir du grec ancien et qui signifie littéralement “peur des responsabilités”. Comme pour toute phobie, il existe bien sûr différents degrés. Certains individus auront ainsi tendance à éviter les postes impliquant du management, tandis que d’autres fuiront la moindre prise de décision, au travail comme en privé.

Mais pourquoi des salariés chercheraient-ils à y échapper ? Tout employé ne désire-t-il pas gravir les échelons, accéder à un poste plus prestigieux, obtenir davantage de pouvoir et un meilleur salaire ? En réalité, ces aspirations sont loin d’être unanimement partagées. Et pour cause : un poste de responsable peut aussi s’accompagner d’horaires à rallonge, inciter à penser au travail en dehors du bureau et amplifier le stress. L’épanouissement professionnel n’est donc pas toujours au rendez-vous. De plus, de nombreux employés ne ressentent pas véritablement d’attrait pour la fonction d’encadrement, qui reste une mission particulière. Tandis que chez d’autres, ce désamour résulte de causes psychologiques, comme le manque de confiance en soi ou le syndrome de l’imposteur.

Pourtant, il n’est pas toujours facile d’avouer son aversion pour les responsabilités, souvent perçue comme un manque d’ambition. Ni de refuser une promotion, par crainte de susciter l’incompréhension de ses supérieurs, de ses collègues ou de ses proches. On trouve néanmoins quelques rares témoignages dans la presse, à l’image de cet article de L’Express, datant de… 2004 (ce ne serait donc pas une tendance réservée aux générations Y ou Z). Et, exceptionnellement, un exemple médiatisé : celui d’Axelle Lemaire en juin 2012. Tout juste élue députée de la 3e circonscription des Français établis hors de France, elle avait alors décliné un poste de secrétaire d’État, proposé par le président François Hollande. Pour justifier son refus, elle expliquait quelques mois plus tard souhaiter préserver son équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Avant de finalement… être nommée secrétaire d’État chargée du numérique moins de deux ans plus tard.

Faut-il combattre sa peur des responsabilités ?

Tout individu est-il alors condamné à accepter, tôt ou tard, des responsabilités importantes ? Sur son site, le psychanalyste Rodolphe Oppenheimer écrit qu’une personne atteinte d’hypégiaphobie “risque de ne pas survivre dans cette société où la prise de responsabilité est un impératif pour avancer que ce soit dans la vie privée ou dans la vie socio-professionnelle“. Un point de vue qui semble loin d’être irréfutable…

Car l’hypégiaphobie n’est pas une maladie. En ce sens, il n’est nul besoin d’en « guérir » ou de se « soigner ». Il s’agit d’une peur, que l’on peut décider de combattre ou de fuir. Et la seconde solution n’est pas nécessairement un signe de lâcheté.

Entendons-nous bien : si vous jugez excessive votre peur des responsabilités et que vous la percevez comme un frein dans votre vie professionnelle (voire privée), vous avez certainement intérêt à essayer de la dépasser. Et il existe des moyens d’y arriver, par exemple via une thérapie ou un coaching (notamment sur la confiance en soi). Mais si vous pensez pouvoir aisément vivre avec et être épanoui(e) en évitant les responsabilités, pourquoi faudrait-il forcer votre nature ? Oblige-t-on un(e) arachnophobe à vivre au quotidien avec des araignées ?

D’autant que le leadership et la capacité à manager, étroitement liés à la notion de responsabilité, n’ont rien d’inné. Si elles peuvent être apprises, ces qualités n’ont pas à être recherchées par tout le monde. Un employé ne devrait donc pas être jugé sur ses seules compétences à gérer des équipes.

Une armée composée uniquement de généraux obtiendrait difficilement des résultats probants. De même, une équipe de projet qui ne comporterait que des leaders aurait du mal à atteindre ses objectifs. Pour réussir, tout groupe a besoin de soldats, d’exécutants, de suiveurs. Dans l’inconscient collectif, ces fonctions sont généralement connotées négativement et peu valorisées. Il n’en reste pas moins qu’elles demeurent indispensables à toute activité.

Nos valeurs
Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

Notre ambition, au travers de nos publications, est d’affirmer avec conviction que ces valeurs sont le véritable patrimoine de l’entreprise, la réelle valeur ajoutée et surtout la meilleure protection contre les dérives actuelles que sont la standardisation, la vision court-termiste et le nivellement par le bas des logiques d’entreprise.