Loi de l'instrument : si j’avais un marteau de Maslow

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Loi de l'instrument : si j’avais un marteau de Maslow

24 février 2022

Pour celui qui ne possède qu’un marteau, tout ressemble à un clou. La loi de l’instrument, ou le marteau de Maslow, décrit la tendance de l’être humain à privilégier les outils qu’il maîtrise, même lorsqu’ils ne conviennent pas à la situation en question. Un phénomène courant dans le monde du travail.

Face à un nouveau problème, il peut être tentant d’utiliser un outil déjà connu, plutôt que de chercher s’il existe une meilleure option. C’est ce que traduit la loi de l’instrument, qui peut être énoncée ainsi : « Si le seul outil dont vous disposez est un marteau, vous aurez tendance à tout considérer comme un clou. »

À qui doit-on la loi de l’instrument ?

Aussi appelé « marteau de Maslow », le principe est ainsi souvent attribué à Abraham Maslow. Le psychologue américain est surtout connu pour la célèbre pyramide des besoins humains, à laquelle il a donné son nom. Mais l’auteur a publié d’autres ouvrages, tels que The Psychology of Science: A Reconnaissance, en 1966, dans lequel il écrit : « Je suppose qu'il est tentant, si le seul outil dont vous disposez est un marteau, de tout traiter comme s'il s'agissait d'un clou. »

Pourtant, Maslow ne semble pas être l’inventeur de ce principe. Deux ans plus tôt, dans son livre The Conduct of Inquiry, le philosophe américain Abraham Kaplan écrivait : « J’appelle cela la loi de l'instrument, pouvant être formulée ainsi : donnez un marteau à un petit garçon et il trouvera que tout ce qui l’entoure a besoin d'être martelé. »

Néanmoins, Kaplan ne paraît pas non plus être le premier à avoir employé cette image. D’autres ouvrages mentionnent en effet la métaphore, certains datant même du XIXe siècle. Avec toujours l’idée du recours systématique à un outil, y compris lorsque ce dernier n’est pas vraiment adapté à la situation.

Le marteau de Maslow dans la vie professionnelle

La loi de l’instrument se vérifie souvent au sein des entreprises. Ainsi, en informatique, la notion de « marteau d’or » désigne la tendance de certains développeurs à toujours utiliser les mêmes langages et bibliothèques logicielles, quel que soit le problème. Ce qui revient parfois à employer un marteau pour insérer une vis : la méthode peut fonctionner en apparence, mais risque d’endommager le matériel et d’entraver toute tentative de réparation.

De même, en marketing, il peut paraître séduisant de croire à une solution universelle. Par exemple, des équipes peuvent être incitées à utiliser systématiquement un outil d’emailing, préalablement acheté par leur direction. Le risque est alors de s’entêter, en estimant que les résultats insuffisants sont dus à une mauvaise configuration du logiciel, à un contenu à retravailler ou à une charte graphique à revoir. Alors que dans certains cas, l’outil peut simplement ne pas convenir.

Le marteau de Maslow intervient également à l’échelle individuelle, par exemple en recherche d’emploi. Certains pensent en effet que le moyen le plus efficace de trouver un poste consiste à envoyer des dizaines de CV et de candidatures tous azimuts. En vérité, au-delà de s’avérer infructueuse, cette stratégie risque de générer déceptions et découragement.

Le piège de la facilité à court terme

Mais pourquoi nous accrochons-nous à nos outils, alors que cela nous dessert ? En réalité, notre cerveau a tendance à privilégier la facilité immédiate, au détriment des gains à plus long terme. Cela nous permet de rester dans une zone de confort, en évitant les obstacles liés à l’apprentissage d’une nouvelle solution.

C’est ce que décrit le dessinateur américain Matthew Inman, dans sa bande dessinée sur la créativité. Il y explique être passé d’une carrière de webdesigner à celle de dessinateur, en conservant le même logiciel : Macromedia Fireworks. Or, celui-ci n’était pas du tout adapté au dessin de personnages. Il ne pouvait cependant se résoudre à adopter une tablette graphique, outil qu’il ne maîtrisait pas. Cela n’a pas empêché Matthew Inman de réaliser des œuvres de qualité, mais au prix d’efforts soutenus, jusqu’à entamer la passion de l’auteur pour le dessin. Et c’est finalement au bout de plusieurs années, en franchissant le pas de la nouveauté avec l’achat d’une tablette graphique, qu’il a retrouvé le plaisir de dessiner.

Morale de l’histoire : ce qui nous paraît le plus facile à court terme ne constitue pas nécessairement la meilleure option. Face à un nouveau problème, il est donc préférable de prendre de la hauteur et de commencer par définir les besoins qui en découlent, et non les outils à utiliser. Ce n’est qu’à partir de cette analyse que peuvent être déterminés les moyens à mettre en œuvre. Le marteau ne représente alors qu’une possibilité parmi la multitude d’instruments présents dans la caisse à outils.