Loi de Douglas : l’étalement du travail… sur le bureau

"Comme on fait son lit, on se couche", dit le proverbe. Et comme on range son bureau, on travaille ? D’après la loi de Douglas, l’être humain aurait naturellement tendance à étaler ses affaires sur l’ensemble de son espace de travail. Un frein à l’efficacité professionnelle ?

« Comme on fait son lit, on se couche« , dit le proverbe. Et comme on range son bureau, on travaille ? D’après la loi de Douglas, l’être humain aurait naturellement tendance à étaler ses affaires sur l’ensemble de son espace de travail. Un frein à l’efficacité professionnelle ?

Dans la sphère professionnelle, la loi de Douglas est à l’espace ce que la loi de Parkinson est au temps. Toutes deux mettent en lumière la supposée propension humaine à s’étaler pour chasser le vide.

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Qu’est-ce que la loi de Douglas ?

Le philosophe grec de l’Antiquité Aristote affirmait : « La nature a horreur du vide. » Un principe qui trouverait son prolongement au travail, au travers de la loi de Douglas. Celle-ci assure que plus un employé dispose de place au bureau, plus il a tendance à s’étaler. En corollaire, cela signifie qu’un collaborateur peu ordonné ne changera pas ses habitudes avec un espace de travail plus grand. Au contraire, il profitera de la surface supplémentaire pour y entreposer davantage de documents, papiers et autres fournitures.

Un bureau bien rangé tu garderas

Il convient de noter que la loi de Douglas ne contient aucune notion d’ordre ou de désordre. En effet, le fait d’occuper la totalité de l’espace ne présume en rien du caractère ordonné ou non d’une telle habitude. Pourtant, cette théorie sert souvent d’appui aux partisans du rangement. Ceux-ci considèrent ainsi qu’il est important de combattre cette tendance naturelle à s’étaler, afin de gagner en productivité. En conservant un bureau bien rangé, l’employé perdrait alors moins de temps en cherchant ses affaires, éviterait le stress associé à ces recherches laborieuses et améliorerait donc son efficacité. Et cela vaudrait aussi bien pour l’espace de travail physique que pour le virtuel, en ordonnant ses fichiers, ses contacts et ses mails. En somme, « un esprit sain dans un bureau sain ».

La loi de qui ?

Cependant, la loi de Douglas paraît loin d’être incontestable. Premièrement, il est légitime de s’interroger sur son auteur. Qui est ce Douglas, théoricien éponyme de cette règle ? En réalité, son identité reste mystérieuse. Y a-t-il un lien avec Douglas Hofstadter et la loi du même nom ? Impossible de répondre catégoriquement. Personne ne sait qui est à l’origine de ce précepte, ni même quand celui-ci a véritablement été formulé pour la première fois.

De plus, à l’instar de la loi de Parkinson, celle de Douglas ne repose que sur une démarche empirique. Aucune démonstration possible donc : seules des observations au sein de diverses organisations seraient à l’origine de la théorie. Mais cette conclusion est-elle si évidente ? Tous les bureaux sont-ils vraiment occupés à 100 % par des affaires étalées ? Au sein de la sphère professionnelle, comme dans la vie quotidienne, n’y a-t-il pas plutôt des individus naturellement organisés et d’autres plus désordonnés ?

Désordre et préjugés

Par ailleurs, les injonctions au rangement qui découlent de la loi de Douglas rappellent les consignes données aux enfants : « Va ranger ta chambre ! » Si une telle demande peut faire sens dans le cadre de l’éducation (quoique cela reste sujet à controverse), le contexte paraît bien différent au sein d’une entreprise. La relation manager-employé ne doit en effet absolument pas s’apparenter à un lien parent-enfant. Il convient, au contraire, de respecter la personnalité de chacun, tant que cela n’influe évidemment pas sur la qualité de son travail. Ce n’est que dans le cas où un collaborateur paraîtrait freiné par son manque d’organisation qu’il pourrait être pertinent d’essayer de trouver avec lui des pistes d’amélioration. Sans chercher à refaire son éducation.

D’autant que, contrairement à des idées reçues, le désordre ne serait pas nécessairement néfaste au travail. C’est du moins l’avis d’Eric Abrahamson, professeur de management à la Columbia Business School (États-Unis). Dans son livre Un peu de désordre = beaucoup de profit(s), il affirme qu’un bureau mal rangé peut en réalité être source de créativité, voire contribuer à une plus grande efficacité professionnelle. À l’inverse, l’ordre pourrait être un frein à l’innovation, serait coûteux et pèserait donc sur la rentabilité. L’auteur rappelle d’ailleurs que le désordre a joué un rôle majeur dans certaines avancées scientifiques majeures, à l’image de la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming. Il n’existe donc pas de vérité absolue : un bureau bien rangé ne vaut pas forcément mieux qu’un espace désordonné. C’est à chacun d’aménager et d’entretenir son environnement de travail selon ce qui lui permet d’être le plus à l’aise et efficace. En d’autres termes, « bureau bien ordonné commence par soi-même ».

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