La santé mentale en entreprise, toujours taboue

La crise inédite actuelle, qui oblige certains professionnels à travailler sur site et d'autres en télétravail, réveille la question de l'équilibre mental en entreprise.

La crise inédite actuelle, qui oblige certains professionnels à travailler sur site et d’autres en télétravail, réveille la question de l’équilibre mental en entreprise. Le sujet a néanmoins été soulevé bien avant cela, d’abord timidement s’agissant du stress, puis à l’aune de suicides dans les entreprises, de la dénonciation du harcèlement moral et sexuel, et du burn-out.

Selon l’OMS, 264 millions de personnes souffrent de dépression ou de troubles anxieux au travail. Au total, cela coûte à l’économie mondiale 1000 milliards de dollars chaque année, en perte de productivité. Le travail des soignants vient aujourd’hui nous rappeler cette évidence loin des chiffres : aucune structure, publique ou privée, ne peut mettre de côté les aspects humains du travail et leurs limites, physiques et morales.

Mais qu’en est-il réellement aujourd’hui du degré d’intérêt des entreprises sur ce sujet, avant même que des troubles ne surviennent ? Le bien-être et les « chief happiness officers » s’avèrent-ils suffisants pour s’en assurer ? La réponse est dans la question, tant la sémantique cherche à gommer l’aspect de la santé pour ne rester qu’en surface. Car la santé mentale, énoncée comme telle, est un sujet tabou, sûrement pas glamour et qui ne répond surtout pas aux codes de l’entreprise. Aussitôt après le décès d’un proche, il faut rebondir dans son poste. Le cafouillage à l’Assemblée sur le temps accordé à des parents endeuillés nous en a donné un exemple frappant.

Le Covid-19 laissera des traces indélébiles et invisibles que les entreprises auront aussi à gérer. D’autant plus que, toujours selon l’OMS, 1$ investi dans l’amélioration de la santé mentale des travailleurs entraîne un gain global de 4$.